Pour les sujets d’études littéraires, voir cette page.
Voici les conseils méthodologiques proposés par les rapports de jury.
Remarques globales
[AELC-2023]
Qu’il s’agisse de la leçon à proprement parler ou de l’étude littéraire, plusieurs compétences sont évaluées dans cette épreuve, dont la maîtrise est attendue de futurs enseignants de lettres. Même si l’agrégation externe ne comporte que des épreuves considérées comme disciplinaires par comparaison avec les autres concours de recrutement des professeurs qui évaluent explicitement aussi des compétences didactiques et pédagogiques, ce serait se leurrer sur les enjeux d’un tel concours que de penser que le jury ne prend pas en considération dans son appréciation des prestations des agrégatifs leur capacité à communiquer, voire à se faire pédagogue. Vos qualités d’actio, elocutio et memoria sont donc examinées aussi bien lors de votre prise de parole en continu que lors de l’entretien : regarder le jury, ne pas se contenter de lire ses notes, appuyer une remarque d’un geste, montrer le plaisir pris sans tomber dans un excès de conviction, s’exprimer dans un français correct, montrer sa connaissance du texte dans ses réponses sont des attendus de l’épreuve. L’entretien vous donne l’occasion de rectifier certains propos, de les nuancer, d’explorer d’autres aspects possibles du sujet et sollicite donc vos qualités d’écoute et d’argumentation, donne à voir votre posture intellectuelle, votre capacité à penser par vous-même, à vous positionner comme lecteur et à entrer dans l’échange.
[AELC-2019]
1) Premier point important à souligner, leçon et étude littéraire ne sont pas le prétexte à un ensemble de généralités, peut-être tirées de lectures et d’articles que le candidat s’est évertué à présenter hors de propos.
2) Deuxième point : nos deux exercices ne peuvent pas se déployer sans une très forte structuration, à savoir un fil directeur précisément adossé au texte.
3) Cette distance délicate à trouver dans l’approche et la problématisation des œuvres va de pair avec un autre point, qui n’est paradoxal qu’en apparence : leçon et étude littéraire ne sont pas des exposés focalisés sur un unique objet.
Qu’est-ce à dire ? Sans attendre des candidats une érudition historique, littéraire ou sociologique complexe, le jury s’est plus d’une fois étonné que des œuvres figurant au programme ne soient pas éclairées par leur contexte.
4) Il est intéressant de préciser que, contrairement à ce que peuvent croire beaucoup de candidats, la leçon et l’étude littéraire ne sont pas des épreuves à sens unique et crypté.
Expliquons-nous : les sujets donnés à chacun n’attendent pas, loin s’en faut, une résolution univoque, et les candidats sont libres de construire toute interprétation de leur choix, pourvu que celle-ci soit bien entendu étayée par le texte.
5) Un ultime élément à mentionner concerne les leçons ou études littéraires portant sur des textes antiques et médiévaux. Nous rappelons, dans la lignée de maints autres rapports, que la prestation du candidat ne doit pas être la simple lecture de l’édition traduite qui lui est fournie. Ainsi, il est essentiel que lorsqu’un passage est mentionné, celui-ci soit lu dans sa langue d’origine puis aussitôt traduit d’une manière personnelle : toute lecture paresseuse de l’édition a été – et sera – sévèrement sanctionnée.
Nous rappelons également qu’en matière de citations, il est vivement recommandé aux candidats d’opter pour des passages qui ne soient pas trop longs ; lesquels passages doivent au demeurant être présentés de la manière la plus claire possible. L’agrégation étant un concours de recrutement d’enseignants, le jury est sensible aux qualités de communication de la personne qu’il a en face de lui : comme il devra le faire devant sa classe, le candidat doit amener les citations en mentionnant la page, si possible la ligne (quand il s’agit d’une page de roman), où commence la référence.
Un point a concerné peu de candidats mais mérite néanmoins d’être également souligné : sans tomber dans une expression pédante, les agrégatifs doivent s’exprimer avec élégance, en bannissant toute faute de français et tout propos familier ; à cet égard, entendues lors de la session, des formules comme « là c’est pas pareil » ou « rester dans les clous » sont évidemment à bannir d’un oral d’agrégation.
AELM 2023
Les études littéraires représentent environ 20% des sujets.
Le rapport du jury de la session 2022 fait un point plus spécifique sur deux types de sujets : les études littéraires et les sujets citations. Nous nous permettons d’y renvoyer sans reprendre en détail tous les conseils auxquels chacun est en mesure de se reporter. Rappelons cependant que ces types de sujets ne dispensent pas d’élaborer une problématique. Tout au contraire : l’étude littéraire doit être l’occasion d’un questionnement sur la place du passage dans l’économie générale de l’oeuvre (ce qui veut dire, entre autres, le situer précisément, le remettre en contexte), sur sa cohérence interne (ce qui suppose de prêter attention à la manière dont il se déroule), et sur ses enjeux esthétiques. Ces points ne sont pas une grille à appliquer aveuglément à tous les extraits donnés en étude littéraire, il n’y a pas de plan prêt à l’emploi, ni de plan attendu par le jury pour tel ou tel texte spécifique. C’est le texte dans sa singularité, et dans la délimitation particulière qui a été retenue par les interrogateurs du concours, qui doit dicter l’approche problématique à la lumière de laquelle le candidat ou la candidate choisit de l’éclairer. Il est donc indispensable de replacer le passage proposé dans son contexte, puis d’étudier précisément la structure de ce passage, en s’interrogeant sur son point de départ et son terme, et le cas échant, sur l’effet de bouclage qui peut accompagner ce terme.
AELM 2022
Ce type de leçon est souvent peu apprécié des candidats, à tort sans doute – sur le plan purement
statistique, il ne semble pas les desservir, bien au contraire. Reste que l’esprit de l’étude littéraire semble plus délicat à saisir et que certains candidats ont tendance à esquiver l’exercice pour se réfugier, souvent dès la deuxième partie de leur propos, dans une forme de récitation convenue des principaux enjeux de l’œuvre envisagée. Rappelons que la longueur de l’étude littéraire, bien que variable (huit sonnets de du Bellay pour la moins étendue, une petite dizaine de pages des Contes ou de La Nouvelle Héloïse, souvent un peu plus pour Sartre ou pour Rostand, sans jamais dépasser vingt pages), permet d’envisager une étude rapprochée du passage durant les six heures de la préparation. Si l’on attend du candidat qu’il ne se limite pas à un commentaire organisé des pages soumises à sa sagacité, pour aller vers une prise en charge des enjeux esthétiques de l’œuvre tels que ce passage les cristallise (ou les inquiète, parfois), il faut néanmoins en passer par là. Il est souvent dommage d’expédier l’étude de la composition du passage en quelques phrases, dès l’introduction, sans réfléchir sur les articulations, les effets de seuils, de basculement ou de contraste, qui peuvent éventuellement menacer la cohésion du passage choisi par le jury. La dimension composite de certains passages était pourtant très remarquable : des scènes en fin d’acte et en début d’acte, un groupe de sonnets, plusieurs lettres… Il est également essentiel d’en interroger les bornes : étudier la fin d’une nouvelle ou le début d’un conte oblige à envisager la question du dénouement ou celle d’un programme narratif singulier.
Comme pour la leçon, l’étude littéraire doit se fonder sur des micro-lectures avisées, qui en sont tout le sel. Il était indispensable de prendre le temps de déplier la prose de Rousseau, de faire sentir la verve et la puissance dramatique des vers de Rostand, d’expliciter les ressorts de l’ironie chez Sartre. Tout cela n’était possible qu’à condition de prendre le temps de lire et de détailler, pas à pas, les procédés mis en œuvre. Une leçon qui ne restitue pas la puissance proprement esthétique de l’œuvre qu’elle envisage a largement manqué son but. Dans cette perspective, il faut se garder de la tentation de se réfugier prudemment dans la restitution (ou la récitation) d’un savoir trop surplombant pour composer son plan, ou de s’en tenir à des considérations doxiques qu’on suppose attendues par le jury. La réflexion doit rester sinon personnelle – il est bien évident qu’elle se nourrit nécessairement de tout le travail de préparation antérieur – du moins clairement arrimée au passage à étudier, et très naturellement associée à un geste de lecture en acte, mûri durant les six heures de préparation et restitué durant le temps de l’exposé. Il n’y a donc pas de plan « attendu » pour l’étude littéraire : l’extrait proposé le conditionne. Il faut simplement veiller à ne pas omettre de prendre en charge les entrées génériques qui s’imposent (ce qu’est une lettre dans un roman épistolaire, les considérations dramaturgiques pour Cyrano…), ne pas oublier de saisir la singularité d’un ton, d’une posture (pour qualifier l’unité d’un groupement de sonnets), les (en)jeux formels et stylistiques qui se donnent à lire dans le passage étudié, etc.
Dans cette perspective, la problématique doit elle aussi rendre compte de la singularité du passage : non pas une question trop lâche (par exemple : dans quelle mesure l’héroïsme paradoxal de Cyrano rend-il compte de l’ambivalence de Rostand lui-même par rapport à toute une tradition théâtrale et poétique ? – question qui peut à la limite être posée pour l’œuvre dans son ensemble…), mais une question fortement associée à des repérages génériques, thématiques, formels. Par exemple, toujours à propos d’un extrait de Cyrano : dans quelle mesure cet intermède comique prépare-t-il, en sourdine, le drame à venir, dans un jeu subtil avec une tradition théâtrale détournée ? – mais cela implique de tirer le meilleur parti de la notion d’intermède, sans écraser la fluidité des tons et des registres sous la catégorie du comique ou celle du drame.
AELC 2023
Une étude littéraire demande de problématiser le passage à étudier, pour éviter de tomber dans un inventaire paraphrastique, en tenant compte de sa délimitation et de sa place dans l’oeuvre de manière à montrer sa cohérence interne et sa singularité, notamment littéraire, tout en étant capable de le mettre en tension avec l’ensemble de l’oeuvre pour mieux en dégager les différentes fonctions et spécificités ainsi que ses liens avec l’oeuvre étudiée : sa problématique ne peut donc convenir pour une autre étude littéraire et le candidat se doit de présenter un travail aussi exigeant que celui d’une leçon ! Quel que soit le type de sujet que vous aurez à traiter, n’oubliez pas que vous êtes candidat à une agrégation de lettres et non de philosophie ou d’histoire : le jury attend donc que votre étude rende compte de votre sensibilité littéraire, que les enjeux esthétiques des oeuvres ne soient pas évacués et que les exemples choisis ne soient pas ceux d’un catalogue préétabli, mais que, dûment choisis et analysés, ils fassent progresser la réflexion.
AELC 2022
C’est peut-être dans le cas des études littéraires, qui constituent, on le rappelle, un nombre non
négligeable des sujets donnés (un tiers, voire davantage, en fonction des aléas du tirage) que le jury a détecté le plus de problèmes méthodologiques lors de cette session. Même si rien n’est absolument gravé dans le marbre et que le jury reste toujours ouvert à toute organisation intellectuellement justifiée, il est de bonne méthode de faire connaître dans une première sous-partie ou dans une première partie le contenu du passage et sa composition, orientés par la problématique envisagée. Cela clarifie d’emblée l’exposé et pose les jalons pour la suite de l’étude. Or certains exposés ont eu du mal à dégager la cohérence même de l’extrait proposé : tel ensemble de poèmes de Catulle pouvait être relié par une forme d’unité métrique qui n’a pas été vue ; l’ensemble des sonnets 151 à 192 des Regrets a été envisagé dans une perspective d’apothéose encomiastique quand il aurait fallu nuancer cette approche quelque peu téléologique pour aborder les revendications poétiques de Du Bellay en cette fin de recueil. Le jury regrette que, trop souvent, la structure de l’extrait ne soit pas préalablement dégagée. Dans le passage de la prise de Véies, la candidate n’a pas repéré suffisamment la position centrale qu’occupe le butin, position qui permettait d’éclairer les intentions de Tite-Live dans son articulation de la légende et de l’Histoire. Cette structure doit en outre avoir du sens : le candidat ou la candidate ne doivent pas s’en tenir à l’énumération successive de parties, ou de mouvements, du texte ; l’enjeu est de comprendre la cohérence du passage et, déjà, de problématiser cette structure en vue de son interprétation. Catulle, par exemple, peut à l’occasion donner l’impression de sauter d’un sujet à l’autre, mais il faut dépasser cette impression première pour reconnaître une composition en réalité très étudiée. Tel extrait narratif de La Mort le Roi Artu pouvait aussi sembler très foisonnant, mais c’est au candidat de dégager les lignes principales et les fils annexes, les effets et enjeux de l’entrelacement, et d’éclairer des choix là aussi très concertés.
On rappelle que si les citations sont indispensables dans la leçon, elles sont peut-être attendues en nombre plus important encore pour l’étude littéraire. Les candidats se doivent non seulement de citer le texte, mais aussi de proposer de petites analyses précises de passages choisis. Il ne faut négliger ni la métrique dans le cas des textes poétiques (cet aspect a bien souvent été trop délaissé par les candidats dans les études sur Catulle ou Du Bellay), ni la stylistique. Redisons-le : l’étude du style a toute sa place et est même hautement souhaitable pour éclairer la réflexion littéraire ; on en a entendu de beaux exemples, ainsi dans l’étude des scènes 8 à 11 de l’acte II de Cyrano de Bergerac, avec l’analyse de chiasmes et de parallélismes soutenant l’idée que Cyrano entretient une rêverie sur des identités parallèles à sa propre vie, ou encore à travers l’étude de l’agencement des protase/apodose destinée à montrer comment Rostand façonne Cyrano en maître de la parole. C’est un aspect qui a cependant fait défaut de manière générale cette année, et nous attirons l’attention sur ce point.
On attend de l’étude littéraire qu’elle progresse selon un plan bien pensé qui ne doit laisser de côté aucun des thèmes ou enjeux majeurs du passage. À l’évidence, tout ne peut être dit, et la problématique doit orienter vers un angle d’étude majeur repéré, mais il ne faut pas pour autant rester aveugle à des thématiques ou des enjeux importants en réduisant trop la portée du texte. Par exemple, pour un extrait des Perses composé de l’épisode de l’apparition de l’ombre de Darios et du stasimon qui suit, ce stasimon a été mentionné dans la structure mais pratiquement oublié ensuite durant tout l’exposé, alors qu’il mettait en lumière une réflexion essentielle à l’ensemble du passage sur l’exercice du pouvoir. De même, dans l’incipit de la Mort du roi Arthur, perdre de vue la mention de Gautier Map et partant la référence implicite aux « nugae curialium », a pu occulter la présence d’aspects romanesques liés à un véritable plaisir de lecture, voire à un jeu sur les attentes du lecteur, qui viennent s’affronter à l’engrenage tragique.
Il s’agit en outre de ne pas considérer l’étude littéraire comme la seule explication d’un passage long ; l’enjeu est conjointement de le faire résonner avec l’ensemble du texte : étudier le passage ne signifie donc pas s’y enfermer. Il faut savoir prendre garde à la fois aux liens avec les épisodes qui précèdent et suivent, mais aussi avec les résonances et systèmes d’échos que le passage peut entretenir avec tout le reste de l’œuvre. Sans vouloir à tout prix en faire la clé de lecture incontournable, ou son centre névralgique, il est bon de jauger la juste place du passage dans l’économie du récit, du recueil ou de la pièce. De trop nombreux candidats ont mal démontré l’intérêt du passage au regard de l’œuvre. Plutôt que de voir, de manière très convenue, dès l’entrée en matière de la Mort du Roi Arthur, le roman se « précipiter vers sa fin », on pouvait examiner comment l’auteur retarde le récit promis et initie d’emblée le lecteur, par de subtils indices, aux contradictions à venir. L’étude littéraire, qui est jugée au même titre que la leçon, doit pouvoir faire montre d’une connaissance extensive de l’œuvre, que l’on exploite au maximum en vue d’analyser le passage. Les lignes de force, les thèmes qu’il partage avec d’autres parties du texte ou qui l’opposent à celles-ci doivent être mis en lumière. Ainsi, la parodos des Perses a été annoncée comme préfigurant l’œuvre mais cet effet d’anticipation n’a pas été suffisamment mis en lumière au cours de l’étude. Pour étudier « Intimité », il n’était pas inutile de s’interroger sur la place qu’elle occupait au sein du recueil sartrien ni de la mettre en rapport avec « La Chambre ». Quand celle-ci fait de son personnage, Pierre, une énigme, la première donne au contraire accès aux pensées de Lulu et de Rirette. D’une nouvelle à l’autre, on franchit cette fois – « les murs, ça se traverse », disait Pierre – l’espace intérieur de l’intime. De même, dans une étude littéraire portant sur plusieurs poèmes, le candidat doit pouvoir en dégager les spécificités et caractéristiques, mais aussi les faire dialoguer avec le reste du recueil.
AELC 2021
Une étude littéraire n’est ni une explication de texte grand format, ni un prétexte à parler de l’œuvre tout entière. Elle nécessite, comme la leçon, une problématisation et un plan. Les candidats s’attacheront donc à présenter en détail la structure de l’extrait proposé et à en faire apparaître la cohérence, afin de justifier les axes de leur étude littéraire. Ils se garderont de recourir à des stratagèmes rhétoriques pour réintroduire dans l’étude d’un passage précis des développements généraux sur l’œuvre. Il est capital en effet de conserver un regard aigu sur le texte lui-même, sans que les connaissances acquises par ailleurs ne créent un effet de myopie critique. Un candidat, par exemple, a affirmé que l’épisode de l’arrivée de Casanova à Paris cristallisait tous les grands thèmes de l’œuvre, alors que la quête érotique et le libertinage sont singulièrement absents de ces pages. Une candidate commentant la huitième satire de Boileau, dans laquelle le poète soutient le paradoxe de la bêtise humaine et de la sagesse animale, a replacé des développements tout faits sur la persona du satiriste et sur la polyphonie théâtrale du poème, sans jamais aborder la question centrale de la critique de la raison sous la plume de cet écrivain classique : « Il est vrai de tout temps, la raison fut son lot : / Mais de là je conclus que l’homme est le plus sot » (v. 13-14). Lorsque le jury lui a demandé pourquoi Boileau dénonçait les faiblesses et les contradictions de la raison, la candidate n’a pas su indiquer l’origine janséniste de cet antirationalisme, ni expliquer en quoi il prolongeait le thème de l’éloge de la folie présent dans la quatrième satire.
Certains textes littéraires, précisément comme les Satires de Boileau, demandent un minimum de recontextualisation pour en apprécier tout le sel. Or le jury a constaté que les candidats avaient souvent des déficiences en matière d’histoire littéraire. Par exemple, l’étude littéraire des huitième et neuvième satires de Boileau, dans lesquelles le poète fait de Charles Cotin et de Jean Chapelain ses cibles privilégiées, nécessitait que le candidat sache qui étaient ces deux poètes et quels étaient les griefs que Boileau avaient contre eux. En 1667, Cotin avait attaqué les six premières Satires de 1666 dans La Critique désintéressée sur les satyres du temps, fustigeant notamment le jansénisme de Boileau et l’antirationalisme de la quatrième satire : la huitième satire apparaît dès lors comme une réponse directe à Cotin et comme une défense des thèses formulées dans la quatrième satire. Quant à Chapelain, chargé par Colbert d’attribuer les pensions royales aux auteurs, l’insuccès cuisant des douze premiers chants de son poème héroïque La Pucelle ou la France délivrée en 1656 avait compromis définitivement la publication des douze derniers chants : on comprend ainsi pourquoi Boileau lui reproche dans la neuvième satire de continuer à écrire en vers plutôt qu’en prose. Les allusions à Colbert et à Fouquet dans la huitième satire demandaient également à ce que les candidats soient quelque peu au courant de la retentissante disgrâce subie par le surintendant des finances de Louis XIV en 1661.
AELC 2020
Particulièrement malmené cette année, cet exercice pourtant riche est l’occasion pour le candidat de pénétrer sans doute plus avant dans le texte en mettant en évidence l’originalité de la section proposée, ses difficultés, ses beautés aussi. Quelle fonction joue-t-elle dans l’ensemble de l’œuvre ? Quelle en est la dynamique interne ? L’on doit surtout considérer que son découpage ne va pas de soi : il est important de s’interroger sur la délimitation précise du corpus : ainsi deux études littéraires, l’une sur le début, l’autre sur la fin des Ephésiaques, n’ont pas cherché à voir ce qui pouvait justifier le choix d’un chapitre précis, et pas de tel autre, pour clore ou inversement ouvrir le corpus d’étude, dans la perspective d’une détermination des frontières de l’incipit et de l’explicit romanesques. Il est ainsi fondamental de commencer par une étude de la structure et de l’unité du passage (pourquoi il a été coupé de cette façon, sur quoi il est centré, quel sens se dégage du découpage). La difficulté est ensuite de trouver des axes d’approche qui permettent de s’élever au-dessus de la description du texte (et de la paraphrase) pour arriver à poser la question du sens. De trop nombreuses études littéraires restent trop descriptives et délayent en trois parties le contenu de la première. Or, il est ici important de rappeler que les trois parties ne sont pas équivalentes et qu’elles doivent se placer à des niveaux d’analyse différents. On ne pourra enfin que déplorer l’expérience-limite de cette candidate qui, dans un manque de lucidité évident, confondit « étude littéraire » et « étude linéaire » et entreprit courageusement mais vainement une analyse ligne à ligne de …vingt pages ! Ainsi trop souvent cette immersion dans le texte qui eût pu (dû ?) constituer un véritable locus amœnus tant pour le candidat que pour les membres du jury prit peu à peu, par un défaut de préparation et de compréhension des enjeux de l’exercice, la forme et la teneur d’un locus terribilis…
Nota Bene : dans les deux exercices, leçon et étude littéraire, les membres du jury veulent attirer l’attention sur la nécessité, pour les œuvres grecques, latines et médiévale, de proposer une traduction personnelle et résultat d’une analyse précise de la langue originale, sans que le candidat se contente de reprendre la traduction de l’édition officielle. C’est ici d’ailleurs toute une relation aux textes plus anciens qui est visiblement à repenser : trop de candidats pour ces œuvres oublient de fonder l’analyse sur des études du texte détaillées et précises, des « micro-lectures » qui sont, pour ainsi dire, des mini-explications de texte des passages illustrant le plus directement la thématique étudiée et donnant lieu à une traduction personnelle par groupes de mots, comme dans l’épreuve d’explication. Cela ne doit en aucun cas être réservé (pour une raison que l’on aurait d’ailleurs bien du mal à formuler) aux œuvres d’auteurs français modernes et contemporains.
AELC 2019
C’est ici que, dans la lignée des rapports précédents qui ont très bien défini les deux exercices, nous pouvons rappeler brièvement que la leçon n’est pas autre chose qu’une composition, comparable à celle de l’écrit, quand l’étude littéraire est purement et simplement un commentaire composé. Ces correspondances doivent suffire à montrer aux candidats dans quelle perspective le jury entend qu’ils présentent leur travail. Plus précisément, il n’est pas impossible d’imaginer que des admissibles à l’agrégation, qui ont donc franchi le cap de l’écrit, doivent maîtriser l’exercice de la composition française. Cela suppose, exactement comme à l’écrit, que le candidat présente un travail organisé autour d’un projet de lecture, avec des exemples pertinents et un fil directeur qui ne perde pas le sujet dans plusieurs directions secondaires ; quant à l’étude littéraire, le parallèle avec le commentaire composé entraîne là encore une présentation de thèmes synthétisant l’ensemble du passage, et non pas une lecture linéaire du texte – défaut technique que nous avons eu la surprise d’observer lors de cette session.
