NEOCLASSICA

Aux confluents de l'Antiquité et de la modernité

“Bibliothèque poétique des femmes”

Présentation de la « Bibliothèque poétique des femmes »

En terre de Poésie, les femmes ne sont pas seulement amantes, épouses, mères, filles, sœurs ou Muses : elles se sont également saisies de la plume et s’en sont servies pour se frayer un chemin dans les bruissements du langage. La « Bibliothèque poétique des femmes » a pour ambition de rendre à nouveau accessibles, dans une édition moderne disponible en librairie, des recueils de poétesses appartenant à notre passé littéraire, qui n’attendent que d’être éditées, lues et étudiées pour faire partie de notre présent. Il s’agit avant tout d’offrir au grand public le plaisir de lire ces poétesses, de cheminer à leurs côtés, de (re)découvrir leur contribution à l’histoire littéraire.

Chaque volume se veut une porte d’entrée vers un ailleurs trop longtemps oublié, mis à l’écart, voire déprécié. Les éditions que nous proposons sont réalisées avec tout le soin nécessaire pour faciliter une pleine compréhension des textes : c’est pourquoi une introduction nourrie, biographique et littéraire, un ensemble de notes explicatives et une bibliographie sélective les accompagnent. Nous privilégions délibérément les autrices et les recueils qui n’ont pas encore trouvé leur place dans le paysage éditorial d’aujourd’hui et nous nous intéressons principalement, pour le moment du moins, à des auteures françaises ou francophones des XIXe et XXesiècles.

Nous savons l’intérêt des anthologies et nous les estimons fort : cependant, nous souhaitons résolument proposer aux lectrices et lecteurs des recueils complets. On ne peut en effet apprécier à sa juste valeur le travail de ces femmes de lettres qu’en les lisant au sein d’un espace à elles, ordonné et réfléchi, et en ne se contentant pas de morceaux choisis, aussi charmants soient-ils.

Force est de constater que la poésie se vend peu. Tant mieux : c’est qu’elle n’a pas de prix ! Être femme et poète, c’est donc un double fardeau mais aussi une double chance : c’est être doublement mise au ban mais faire entendre une parole doublement essentielle. Quelques noms ont réussi à obtenir une place au sein du panthéon poétique : Marie de France, Christine de Pizan, Marguerite de Navarre, Louise Labé, Marceline Desbordes-Valmore, Anna de Noailles, Renée Vivien, Cécile Sauvage, Andrée Chedid… Mais ce ne sont là que les arbres, certes ô combien magnifiques, qui cachent de vastes forêts. En vérité, il ne faut pas chercher bien loin pour trouver des poétesses par dizaines et pour mettre au jour un supposé désert finalement bien peuplé, des trobairitz médiévales aux poétesses contemporaines, de la France au Québec, en passant par tous les pays de l’Afrique francophone, par la Belgique, les Caraïbes, le Luxembourg… Sans oublier toutes les autres langues, tous les autres horizons !

La poésie, fille de la mémoire, vit d’être imprimée, lue, formulée comme un enchantement enchanteur. Car poétesse rime avec richesse, liesse ou tristesse, promesse et prouesse, avec ivresse, avec jeunesse, avec tendresse, avec hardiesse… Il est donc vital d’écrire noir sur blanc les noms des poétesses, de les répéter ad libitum, tel un mantra, et, surtout, de faire vivre leurs œuvres et de connaître leurs vies singulières.

La poésie de ces éminentes poètes est une poésie hautement chamarrée, mouvante, vivante, vibrante. Or face aux écrits des « femmes poètes », il est tout aussi essentiel d’affirmer leur appartenance à l’universel de la République des Lettres que de s’intéresser à la spécificité des écrivaines. Les beaux vers n’ont assurément ni sexe ni genre, mais leur origine importe toutefois. Étudier ces artistes, c’est donc aussi poser une question fondamentale, celle d’une écriture féminine. Qu’est-ce qu’écrire lorsqu’on est une femme ? Et qu’est-ce qu’être une femme qui écrit ?

Notre projet est une étincelle dans laquelle nous mettons toutes nos espérances. Nous souhaitons qu’il amène d’autres personnes à partager notre amour de l’azur poétique et à prolonger la grande quête de sens de ces femmes qui riment, écrivent, pensent, ressentent, animent et inspirent. Faisons de la place à ces femmes libres, engagées, amoureuses, blessées, insolentes, talentueuses, combattives, uniques, puissantes, imaginatives, à ces mères de famille, à ces lesbiennes, à ces amantes, à ces penseuses, à ces rêveuses, à ces créatrices ! Bref, illustrons-les, défendons-les et explorons leurs univers poétiques !

Avec Louisa Siefert a débuté un grand voyage poétique qui se poursuit avec les Nouvelles poésies (1861) de Malvina Blanchecotte (1830-1897). Plusieurs autres rééditions de recueils, parmi la multitude qui s’offre à nous, sont déjà en cours de préparation : Ferveur (1902) de Lucie Delarue-Mardrus (1874-1945) ; Les Appels (1906) de Claudine Funck-Brentano (1863-1922) ; et Pour Axel de Missie (1923) de Marie Nizet (1859-1922). Puissent maintes autres les rejoindre sur les étagères de notre Bibliothèque !

Éléonore Rambaud, Anne Tannhof,
Adrien Bresson, Alexandre Daudon, Raphaël Lucchini et Jérémie Pinguet

Louisa Siefert, Rayons perdus, Paris, L’Harmattan, « Poésie(s) », avril 2022, 204 p., 18 €. Nouvelle édition réalisée par Adrien Bresson et Jérémie Pinguet. EAN13 : 9782140252099. Disponible en version numérique : 13,99 €. EAN13 : 9782140252105.

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Louisa Siefert (1845-1877) fait partie des grandes poétesses oubliées du XIXe siècle. En 1868 parut son premier recueil de poésie, Rayons perdus. Originalité de la voix féminine, sincérité des sentiments, profondeur de la pensée, clarté et vivacité du style, variété des formes, tout y contribue à l’élan poétique. La lecture et l’écriture apportèrent force et consolation à cette Lyonnaise frappée par la maladie : poète du souvenir, de la « remembrance », elle peint avec talent ses souffrances, ses espoirs, ses amours, ses rêves…

Appréciée de Rimbaud et louée par Hugo, Siefert est aussi l’autrice de trois autres recueils de poèmes, de pièces de théâtre, d’un roman et de nombreux articles littéraires.

Le présent volume, qui explore une vie et une œuvre tout à fait singulières, est le premier du projet collectif de la « Bibliothèque poétique des femmes », qui a pour but de rendre à nouveau accessibles des recueils de poétesses des siècles passés.

Malvina Blanchecotte, Nouvelles poésies, Paris, L’Harmattan, « Poésie(s) », juin 2022, 230 p., 18,50 €. Nouvelle édition réalisée par Éléonore Rambaud et Jérémie Pinguet. EAN13 : 9782140274428. Disponible en version numérique : 13,99 €. EAN13 : 9782140274435.

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Malvina Blanchecotte (1830-1897) est une grande poétesse et penseuse du XIXe siècle aujourd’hui tombée dans l’oubli. Née dans un milieu ouvrier, cette autodidacte, qui a été couturière et professeuse, se lie d’amitié avec les personnalités littéraires de son temps, de Lamartine à Sainte-Beuve. En 1855, elle publie son premier recueil, Rêves et Réalités, qui est couronné par l’Académie française. Une poétesse est née. Six ans plus tard, elle compose ses Nouvelles poésies impétueuses et sensibles, vives et douloureuses, où le souvenir des êtres et des choses devient obsession.

Blanchecotte est également l’autrice d’un autre ouvrage poétique, Les Militantes, de trois recueils de pensées et d’un témoignage historique sur la Commune de Paris. C’est une personnalité pleine de courage, un esprit complexe, intense et tendre tout à la fois.

Après les Rayons perdus (1868) de Louisa Siefert (1845-1877), le présent volume est le deuxième du projet collectif de la « Bibliothèque poétique des femmes », qui a pour ambition d’explorer la vie et les œuvres de poétesses des siècles passés.