Voir le Projet II.
Toutes les bonnes volontés sont les bienvenues,
ne fût-ce que pour un petit sujet !

Pour le moment, cette page regroupe les sujets de compositions françaises et les sujets de thèmes et de version grecque de l’Agrégation externe de Grammaire. La page est progressivement complétée et compte actuellement 43 sujets in extenso et de nombreux corrigés.

Les programmes, sujets et rapports des quelques dernières années se retrouvent aussi, au format PDF, sur le site du ministère de l’Éducation nationale, tout comme le descriptif des épreuves. Le site Arrête ton char propose, au format PDF, de nombreux programmes, sujets et rapports, sur plusieurs décennies. Une partie des programmes des sessions antérieures se trouve sur Wikipédia, à partir de ceux de l’agrégation externe de Lettres classiques. On peut aussi en trouver de plus anciens dans les Bulletins officiels de l’Éducation nationale. Voir également cette page pour quelques anciens rapports du jury (2004-2007).

Les sujets de 2008 à 2020 sont regroupés, en format PDF, sur le site du Département des Sciences de l’Antiquité de l’École normale supérieure de Paris, avec les rapports du jury. Les sujets de 1983 à 1999 et ceux de 2000 à 2019 ont fait l’objet d’une publication au format papier qui les regroupe tous. Afin de ne pas faire de tort aux Publications de l’Université de Saint-Étienne avec lesquelles j’ai collaboré pour les annales, susmentionnées, des agrégations externes de Lettres classiques et de Grammaire, les sujets de 2000 à 2019 ne seront présentés ici que sous la forme de liens vers les sujets en question.

Quelques copies de concours se trouvent sur cette page (voir le Projet I).

Lorsque le jury propose un corrigé pour les versions de langues anciennes, nous les reproduisons ici. Ces textes appartiennent évidemment à leurs autrices et auteurs et à https://www.devenirenseignant.gouv.fr. Les explications plus détaillées se trouvent dans les rapports de jury.

Les synopsis des sujets en début de page permettent de se faire une idée des auteurs et des textes qui tombent.

Cette agrégation est devenue mixte lors de la session 1974.

SYNOPSIS DES SUJETS

 Composition française

1974 : Montherland
1975 : Prévost
1976 : Pascal
1977 : Molière
1978 : Giono
1979 : Balzac
1980 : Saint-Simon
1981 : Ronsard
1982 : ?
1983 : Sévigné
1984 : Rimbaud
1985 : Rousseau
1986 : Montaigne
1987 : Zola
1988 : Claudel
1989 : Corneille
1990 : Rousseau
1991 : Musset
1992 : La Fontaine
1993 : Valéry
1994 : Céline
1995 : Hugo
1996 : Racine
1997 : Stendhal
1998 : Nerval
1999 : Laclos
2000 : Molière
2001 : Proust
2002 : Marivaux
2003 : Montaigne
2004 : Balzac
2005 : Beaumarchais
2006 : Retz
2007 : Prévost
2008 : Rotrou
2009 : Voltaire
2010 : Fénelon
2011 : Montaigne
2012 : La Fontaine
2013 : Gide
2014 : Montesquieu
2015 : Baudelaire
2016 : Beaumarchais
2017 : Montaigne
2018 : Flaubert
2019 : Marivaux
2020 : Cendras
2021 : Boileau

Thème latin 

POÉSIE : 3/47
PROSE : 44/47

1974 : Alain (prose)
1975 : Vauvenargues (prose)
1976 : Marivaux (prose)
1977 : Valéry (prose)
1978 : Fourier (prose)
1979 : Caillois (prose)
1980 : Yourcenar (prose)
1981 : Montherland (prose)
1982 : ?
1983 : Guez de Balzac (prose)
1984 : France (prose)
1985 : Mably (prose)
1986 : Diderot (prose)
1987 : Pascal (prose)
1988 : Buffon (prose)
1989 : Boileau (prose)
1990 : Diderot (prose)
1991 : Perrault (prose)
1992 : Sainte-Beuve (prose)
1993 : Caillois (prose)
1994 : Pascal (prose)
1995 : Bossuet (prose)
1996 : Valéry (prose)
1997 : Diderot (prose)
1998 : Rousseau (prose)
1999 : Bossuet (prose)
2000 : Montesquieu (prose)
2001 : Gide (prose)
2002 : Du Plaisir (prose)
2003 : Fernandez (prose)
2004 : Molière (prose)
2005 : Diderot (prose)
2006 : Damilaville (prose)
2007 : Vigny (prose)
2008 : Perrault (prose)
2009 : Laclos (prose)
2010 : Lesage (prose)
2011 : Alain (prose)
2012 : Racine (poésie)
2013 : Voltaire (prose)
2014 : Rousseau (prose)
2015 : Ronsard (poésie)
2016 : Perrault (prose)
2017 : Sévigné (prose)
2018 : Stendhal (prose)
2019 : Perrault (prose)
2020 : Boileau (poésie)
2021 : Voltaire (prose)

Thème grec

POÉSIE : 0/47
PROSE : 47/47

1974 : Anouilh (prose)
1975 : Voltaire (prose)
1976 : Rousseau (prose)
1977 : Courier (prose)
1978 : Retz (prose)
1979 : Montaigne (prose)
1980 : Gide (prose)
1981 : La Mothe Le Vayer (prose)
1982 : ?
1983 : Sénac de Meilhan (prose)
1984 : Leiris (prose)
1985 : Fontenelle (prose)
1986 : Rousseau (prose)
1987 : Rousseau (prose)
1988 : Racine (prose)
1989 : Perrault (prose)
1990 : Marivaux (prose)
1991 : Champollion (prose)
1992 : Labé (prose)
1993 : Michaux (prose)
1994 : Voltaire (prose)
1995 : Boileau (prose)
1996 : Rollin (prose)
1997 : Montesquieu (prose)
1998 : Diderot (prose)
1999 : Gide (prose)
2000 : Caillois (prose)
2001 : Marivaux (prose)
2002 : Racine (prose)
2003 : Fénelon (prose)
2004 : Montesquieu (prose)
2005 : Rousseau (prose)
2006 : Proust (prose) 
2007 : Balzac (prose)
2008 : Baudelaire (prose)
2009 : Molière (prose)
2010 : Rousseau (prose)
2011 : La Fontaine (prose)
2012 : De Salles (prose)
2013 : Montaigne (prose)
2014 : Molière (prose)
2015 : Cocteau (prose)
2016 : Chateaubriand (prose)
2017 : Montesquieu (prose)
2018 : Fontenelle (prose)
2019 : Pascal (prose)
2020 : Voltaire (prose)
2021 : Molière (prose)

Compositions principales de grammaire

Compositions complémentaires de grammaire

Version latine

POÉSIE : 21/47
PROSE : 26/47

1974 : Horace (poésie)
1975 : Ovide (poésie)
1976 : Cicéron (prose)
1977 : Tite Live (prose)
1978 : Silius Italicus (poésie)
1979 : Quintilien (prose)
1980 : Ovide (poésie)
1981 : Jérôme (prose)
1982 : ?
1983 : Cicéron (prose philosophique)
1984 : Sénèque le Jeune (prose philosophique)
1985 : Tibulle (poésie élégiaque)
1986 : Suétone (prose historique)
1987 : Tacite (prose historique)
1988 : Lucain (poésie épique)
1989 : Cicéron (prose philosophique)
1990 : Pline l’Ancien (prose philosophique)
1991 : Juvénal (poésie satirique)
1992 : Minucius Félix (prose théologique)
1993 : Manilius (poésie didactique)
1994 : Vitruve (prose didactique)
1995 : Claudien (poésie épique)
1996 : Cicéron (prose philosophique)
1997 : Ovide (poésie élégiaque)
1998 : Sénèque le Jeune (prose philosophique)
1999 : Silius Italicus (poésie épique)
2000 : Cicéron (prose épistolaire)
2001 : Horace (poésie satirique)
2002 : Tacite (prose historique)
2003 : Stace (poésie épique)
2004 : Cicéron (prose rhétorique)
2005 : Pétrone (poésie)
2006 : Varron (prose didactique)
2007 : Plaute (poésie dramatique – comédie)
2008 : Tite Live (prose historique)
2009 : Lucrèce (poésie didactique)
2010 : Sénèque le Jeune (prose philosophique)
2011 : Lucain (poésie épique)
2012 : Catulle (poésie épique)
2013 : Cicéron (prose épistolaire)
2014 : Pline le Jeune (prose épistolaire)
2015 : Salluste (prose historique)
2016 : Stace (poésie épique)
2017 : Tacite (prose historique)
2018 : Aulu-Gelle (prose)
2019 : Silius Italicus (poésie épique)
2020 : Tite Live (prose historique)
2021 : Properce (poésie élégiaque)

A. FEMMES

Session 1960

Thème latin

UN PRISONNIER ENIVRE SON GARDIEN

Je finis par trouver un moyen de fuir sans éveiller mon gardien et sans l’égorger. J’avais remarqué que Vasile (1) aimait à boire et qu’il portait mal le vin. Je l’invitai à dîner avec moi. Hadgi-Stavros (2), qui ne m’avait pas honoré d’une visite depuis que je n’avais plus son estime, se conduisait encore en hôte généreux. Ma table était mieux servie que la sienne. Vasile, admis à prendre part à ces magnificences, commença le repas avec une humilité touchante. Il se tenait à trois pieds de la table comme un paysan invité chez son seigneur. Peu à peu le vin rapprocha les distances. À huit heures du soir, mon gardien m’expliquait son caractère. À neuf heures, il me racontait en balbutiant les aventures de sa jeunesse, et une série d’exploits qui auraient fait dresser les cheveux d’un juge d’instruction. À dix heures, il tomba dans la philanthropie : ce cœur d’acier trempé fondait dans le rhaki (3), comme la perle de Cléopâtre dans le vinaigre. Il me jura qu’il s’était fait brigand par amour de l’humanité ; qu’il voulait faire sa fortune en dix ans, fonder un hôpital avec ses économies et se retirer ensuite dans un couvent du Mont Athos. Je profitai de ces bonnes dispositions pour lui ingérer une énorme tasse de rhaki. Bientôt il perdit la voix ; sa tête pencha de droite à gauche et de gauche à droite ; il me tendit la main, rencontra un restant de rôti, le serra cordialement, se laissa tomber à la renverse, et s’endormit du sommeil des sphinx d’Égypte.

Edmond About (1828-1885),
Le Roi des montagnes (1857)
(278 mots)

(1) Basilius, ii, m.
(2) Hadgi-Stavrus, i, m.
(3) Traduire conventionnellement comme s’il y avait « absinthe ».

Session 1963

Thème latin

LES DÉBATS SUSCITÉS EN GRÈCE PAR LE RAPT D’HÉLÈNE

La plupart se trouvant dans ces dispositions, la guerre eût été bien déclarée : mais Ulysse fit remarquer qu’il était inouï qu’on eût décidé une affaire de cette importance sans consulter les vieillards. « Car, après tout, pourquoi tant de précipitation ? Nous ne pouvons rien entreprendre avant la saison favorable. S’il s’agissait de quelque chasse, de jeux qu’on voulût célébrer, nous écouterions nos anciens, nous suivrions les avis de ceux qui ont acquis avec le temps la connaissance de ces choses ; et pour aller si loin, à travers tant de mers, chercher une guerre dont l’issue peut être fatale à toute la Grèce, nous ne prenons aucun conseil ! »
Malgré la fougue de cette jeunesse qui n’avait de pensée que pour la guerre, Ulysse pourtant fut écouté. On convint que ce qu’il disait était conforme à la raison et à l’usage de tous les temps ; il fut résolu d’une commune voix qu’on assemblerait les vieillards le plus tôt possible. Philoctète, Ulysse, Eumèle, Antiloque et plusieurs autres allèrent quérir leurs pères, et, partout où l’on connaissait des hommes que l’expérience et le don de la parole rendaient propres au conseil, on envoya des hérauts leur dire de venir à Argos […]. Dès que Nestor et Pélée furent arrivés, on se mit à délibérer : alors on vit dans l’assemblée une grande contrariété de sentiments et de volontés. Car les vieux étaient tous d’avis de laisser Ménélas et son frère démêler eux seuls leur querelle avec le Troyen […]. Mais les jeunes gens ne pouvaient souffrir ce langage et demandaient la guerre à grands cris.

Paul-Louis Courier de Méré (1772-1825),
Œuvres complètes (1828)
(282 mots)

B. HOMMES

Session 1960

Thème latin

EFFETS DE LA SÉPARATION

Nos concitoyens, ceux du moins qui avaient le plus souffert de cette séparation, s’habituaient-ils à la situation ? Il ne serait pas tout à fait juste de l’affirmer. Il serait plus exact de dire qu’au moral comme au physique, ils souffraient de décharnement. Au début de la peste, ils se souvenaient très bien de l’être qu’ils avaient perdu et ils le regrettaient. Mais s’ils se souvenaient nettement du visage aimé, de son rire, de tel jour dont ils reconnaissaient après coup qu’il avait été heureux, ils imaginaient difficilement ce que l’autre pouvait faire à l’heure même où ils l’évoquaient et dans des lieux désormais si lointains. En somme, à ce moment-là, ils avaient de la mémoire, mais une imagination insuffisante. Au deuxième stade de la peste, ils perdirent aussi la mémoire. Non qu’ils eussent oublié ce visage, mais, ce qui revient au même, il avait perdu sa chair, ils ne l’apercevaient plus à l’intérieur d’eux-mêmes. Et alors qu’ils avaient tendance à se plaindre, les premières semaines, de n’avoir plus affaire qu’à des ombres dans les choses de leur amour, ils s’aperçurent par la suite que ces ombres pouvaient encore devenir plus décharnées, en perdant jusqu’aux infimes couleurs que leur gardait le souvenir. Tout au bout de ce long temps de séparation, ils n’imaginaient plus cette intimité qui avait été la leur, ni comment avait pu vivre près d’eux un être sur lequel, à tout moment, ils pouvaient poser la main.

De ce point de vue, ils étaient entrés dans l’ordre même de la peste, d’autant plus efficace qu’il était plus médiocre. Personne, chez nous, n’avait plus de grands sentiments. Mais tout le monde éprouvait des sentiments monotones. « Il est temps que cela finisse », disaient nos concitoyens, parce qu’en période de fléau, il est normal de souhaiter la fin des souffrances collectives, et parce qu’en fait, ils souhaitaient que cela finisse.

Albert Camus (1913-1960),
La Peste (1947)
(343 mots)

Session 1962

Thème latin

THÉÂTRE ET COMÉDIE

Quand on fait réflexion que la tragédie affecte, qu’elle occupe plus une grande partie des hommes que la comédie, il n’est plus permis de douter que les imitations ne nous intéressent qu’à proportion de l’impression plus ou moins grande que l’objet imité aurait faite sur nous. Or il est certain que les hommes en général ne sont pas autant émus par l’action théâtrale, qu’ils ne sont pas aussi livrés au spectacle durant les représentations des comédies, que durant celles des tragédies. Ceux qui font leur amusement de la poésie dramatique parlent plus souvent et avec plus d’affection des tragédies que des comédies qu’ils ont vues… Nous souffrons plus volontiers le médiocre dans le genre tragique que dans le genre comique, qui semble n’avoir pas le même droit sur notre attention que le premier. Tous ceux qui travaillent pour notre théâtre parlent de même, et ils assurent qu’il est moins dangereux de donner un rendez-vous au public pour le divertir en le faisant pleurer, que pour le divertir en le faisant rire.

Il semble cependant que la comédie dût attacher les hommes plus que la tragédie. Un poète comique ne dépeint pas aux spectateurs des héros ou des caractères qu’ils n’aient jamais connus que par les idées vagues que leur imagination peut en avoir formées sur le rapport des historiens : il n’entretient pas le parterre des conjurations contre l’État, d’oracles ni d’autres événements merveilleux, et tels que la plupart des spectateurs, qui jamais n’ont eu part à des aventures semblables, ne sauraient bien connaître si les circonstances et les suites de ces aventures sont exposées avec vraisemblance. Au contraire le poète comique dépeint nos amis et les personnes avec qui nous vivons tous les jours. Le théâtre, suivant Platon, ne subsiste, pour ainsi dire, que des fautes où tombent les hommes, parce qu’ils ne se connaissent pas bien eux-mêmes. Les uns s’imaginent être plus puissants qu’ils ne sont, d’autres plus éclairés, et d’autres enfin plus aimables.

Jean-Baptiste Dubos (1670-1742),
Réflexions critiques sur la poésie et sur la peinture (1719)
(352 mots)

C. MIXTE

Session 1974

Composition française

De

Session 1975

Composition française

Session 1976

Composition française

Thème grec

LE RECOURS À LA FORCE N’EST PAS LE MEILLEUR MOYEN D’OBTENIR L’OBÉISSANCE (1)

Si les politiques étoient moins aveuglés par leur ambition, ils verroient combien il est impossible qu’aucun établissement quel qu’il soit puisse marcher selon l’esprit de son institution, s’il n’est dirigé selon la loi du devoir ; ils sentiroient que le plus grand ressort de l’autorité publique est dans le cœur des citoyens, et que rien ne peut suppléer aux mœurs pour le maintien du gouvernement. Non seulement il n’y a que des gens de bien qui sachent administrer les lois, mais il n’y a dans le fond que d’honnêtes gens qui sachent leur obéir. Celui qui vient à bout de braver les remords ne tardera pas à braver les supplices, châtiment moins rigoureux, moins continuel, et auquel on a du moins l’espoir d’échapper ; et, quelques précautions qu’on prenne, ceux qui n’attendent que l’impunité pour mal faire ne manquent guère de moyens d’éluder la loi ou d’échapper à la peine. Alors, comme tous les intérêts particuliers se réunissent contre l’intérêt général qui n’est plus celui de personne, les vices publics ont plus de force pour énerver les lois que les lois n’en ont pour réprimer les vices ; et la corruption du peuple et des chefs s’étend enfin jusqu’au gouvernement, quelque sage qu’il puisse être.

Jean-Jacques Rousseau,
Discours sur l’économie politique
(242 mots)

(1) Le titre doit être traduit.

Session 1977

Composition française

Commentez en les étendant aux Femmes savantes et au Malade imaginaire, ces réflexions de Copeau sur l’auteur des Fourberies de Scapin :

« L’émule et l’égal des plus purs anciens, auteur du Misanthrope et du Tartuffe, observateur parfait des mœurs et des caractères, il reste hanté – c’est son mérite singulier – par une poésie comique dont la vérité n’est que le support, dont la fantaisie, voire le paroxysme, iraient toucher dans leur élan les virtualités clandestines, et contraindre l’homme, âme et corps, aux postures extrêmes. »

Session 1978

Composition française

Commentez en vous référant au Chant du monde et à Un roi sans divertissement, cette remarque de Giono dans ses Carnets de 1946 :

« Mes compositions sont monstrueuses et c’est le monstrueux qui m’attire. »

Session 1979

Composition française

Commentez ce jugement d’un contemporain de Balzac : « L’auteur de La Peau de chagrin a voulu […] formuler la vie humaine et résumer son époque dans un livre de fantaisie, épopée, satire, roman, conte, histoire, drame, folie aux mille couleurs. »

Session 1980

Composition française

Michelet écrit au sujet de saint Simon :

« Son plus grave défaut, c’est d’étendre, enfler, exagérer de petites choses éphémères, en abrégeant, rapetissant des choses vraiment grandes et durables. […] Il tourne la lorgnette et tour à tour regarde par un bout ou par l’autre, mais presque toujours pour grossir l’infiniment petit. »

Que pensez-vous de ce jugement porté par un historien sur le mémorialiste ?

Session 1981

Composition française

 « Ce parti pris de gaîté, cette recherche passionnée de l’euphorie, de la lumière, du printemps, de l’amour, cet appel au cosmos, aux forces de la vie, chez un poète anxieux et seul, il ne faut pas oublier que c’est une sorte de conjuration, et c’est le caractère quasi magique de cette démarche qui donne à la poésie de Ronsard sa puissance de radiation, et lui confère, au sens profond du mot, son charme. »

Vous direz, en vous fondant sur les œuvres inscrites au programme, ce que vous pensez de ce jugement formulé par un critique contemporain.

Session 1982

Composition française

Selon un critique contemporain, « l’action des Liaisons dangereuses est double, d’un côté, une action réelle, faite de plusieurs intrigues et d’épisodes secondaires, de l’autre une action verbale, qui est le récit de la précédente, et qui en est la véritable fin ».

Que pensez-vous de ce jugement ?

Session 1983

Composition française

« Mme de Sévigné, observe un critique récent, est en perpétuelle représentation, et c’est là qu’elle trouve son naturel ».

Expliquez et appréciez ce jugement.

Thème grec

LETTRE D’UNE FEMME À DEUX AMIES

Dans peu, les vains discours des hommes me seront indifférents, ô mes chères amies ! mais ce sera pour moi une satisfaction, avant de quitter cette terre souillée de tant d’horreurs, que de m’être fait connaître entièrement à deux personnes que je me plais à ne pas séparer dans mon affection, et de leur laisser de moi un tendre souvenir. Vous avez souvent été étonnées de quelques mots qui me sont échappés, et qui indiquaient quelque chose de mystérieux dans mon existence ; vous m’entendiez parler de malheurs, et vous cherchiez ce qui pouvait avoir causé ceux d’une femme jeune, riche et libre depuis longtemps ; il est bien vrai, et vous allez en être convaincues, que peu de femmes ont été aussi malheureuses. Si je ne rendais pas justice à votre discernement, aux généreuses dispositions du cœur de mes amies, si je ne croyais pas être connue d’elles, je n’entreprendrais pas de leur raconter les tristes événements de ma vie. La crainte qu’elles ne prennent un récit simple et ingénu pour un roman artificieusement inventé pour me justifier m’arrêterait, et j’aimerais mieux emporter avec moi un secret qui n’intéresse qu’une seule personne que d’être suspecte du plus léger détour, et même d’une réticence. Vous allez voir au reste que je n’ai aucun intérêt à me justifier, car celle dont je vais vous parler a disparu du monde et de la mémoire des hommes depuis longtemps et qu’en vous parlant de moi, je vous parlerai d’une autre. Voilà une énigme, elle va se développer.

Sénac de Meilhan,
L’Émigré, Lettre 94
(274 mots)

Session 1984

Composition française

L’œuvre de Rimbaud, écrit un poète contemporain, « est faite tout entière de ruptures avec la création de la veille, de recommencements, de ce qu’il nommait des départs ».

Commentez ce jugement.

Thème grec

POURQUOI ÉCRIRE, AUJOURD’HUI ?

Après s’être demandé, très jeune, comment il devait écrire (par où faire passer les mots, et quels mots, pour arriver à produire, poème ou prose, quelque chose qui ait autant de pouvoir qu’un chant), il se demanda ce qu’il devait écrire (qu’est-ce qui valait d’être communiqué). Plus tard, une question dont, d’abord, il ne s’était pas embarrassé se posa avec une cruelle précision : pour quelle raison écrire ? Quand le monde se porte socialement si mal que la saine morale invite à tout braver (dangers immédiats et persécution) pour aider à l’asseoir sur d’autres bases, qu’est-ce que cela veut dire que travailler à donner un tour envoûtant à ce qu’on a dans la tête et qui, divulgué sans intention de prosélytisme, mais comme pure expression d’une sensibilité, ne pourra changer que peu à ce que contient la tête des autres ? Et si, chance heureuse, on modifie légèrement ce contenu, qu’est-ce que cela changera pour le monde et pour vous ? Au reste, quels autres exactement veulent bien vous écouter ? Sont-ils des étrangers dont vous forcez les retranchements ou n’étaient-ils pas déjà si voisins que vous faire écouter revenait à enfoncer une porte ouverte ? De surcroît, si vos prétentions vont plus profond que celles du baladin ou du maître d’école, autrement dit que simplement séduire ou enseigner, est-ce un authentique besoin de communion qui vous pousse à rédiger des textes et à les publier ou n’est-ce pas, plutôt, la louche envie de vous faire, à travers eux, l’objet d’une louche adhésion ? Aussi, paralysé par ces doutes accumulés, en vint-il à ne plus écrire.

Michel Leiris,
Le ruban au cou d’Olympia
(290 mots)

Session 1985

Composition française

Baudelaire, dans la dédicace qui précède Le Spleen de Paris, écrit :

« Quel est celui de nous qui n’a pas, dans ses jours d’ambition, rêvé le miracle d’une prose poétique, musicale sans rythme et sans rime, assez souple et assez heurtée pour s’adapter aux mouvements lyriques de l’âme, aux ondulations de la rêverie, aux soubresauts de la conscience ? »

Dans quelle mesure, selon vous, ces propos pourraient-ils s’appliquer aux textes de Rousseau inscrits au programme ?

Thème grec

DES MÉFAITS DE LA JALOUSIE

CANDAULE (1). — Plus j’y pense et plus je trouve qu’il n’était point nécessaire que vous me fissiez mourir.

GYGÈS. — Que pouvais-je faire ? Le lendemain que vous m’eûtes fait voir les beautés cachées de la reine, elle m’envoya quérir, me dit qu’elle s’était aperçue que vous m’aviez fait entrer le soir dans sa chambre et me fit, sur l’offense qu’avait reçue sa pudeur, un très beau discours, dont la conclusion était qu’il fallait me résoudre à mourir, ou à vous tuer, et à l’épouser en même temps : car, à ce qu’elle prétendait, il était de son honneur ou que je possédasse ce que j’avais vu, ou que je ne pusse jamais me vanter de l’avoir vu. J’entendis bien ce que tout cela voulait dire. L’outrage n’était pas si grand que la reine n’eût bien pu le dissimuler, et son honneur pouvait vous laisser vivre, si elle eût voulu ; mais franchement elle était dégoûtée de vous et elle fut ravie d’avoir un prétexte de gloire pour se défaire de son mari. Vous jugez bien que, dans l’alternative qu’elle me proposait, je n’avais qu’un parti à prendre.

CANDAULE. – Je crains fort que vous n’eussiez pris plus de goût pour elle qu’elle n’avait de dégoût pour moi. Ah ! que j’eus tort de ne pas prévoir l’effet que sa beauté ferait sur vous et de vous prendre pour un trop honnête homme !

Fontenelle,
Dialogues des morts
(261 mots)

(1) Roi de Lydie de 735 à 708 avant Jésus-Christ, le dernier de la dynastie des Héraclides. Vain de la beauté de sa femme, il la fit voir au bain au berger Gygès. La reine indignée força Gygès à tuer Candaule et le prit ensuite pour époux.

Session 1986

Composition française

« La force de Montaigne vient de ce qu’il écrit toujours au moment même, et que la grande défiance qu’il a de sa mémoire, qu’il croit mauvaise, le dissuade de réserver rien de ce qui lui vient à l’esprit, en vue d’une présentation plus savante et mieux ordonnée. »

Quelles réflexions vous suggère cette phrase d’André Gide sur la facture et la substance même des Essais ?

Thème grec

Au fond, quand un homme est allé admirer de belles actions dans des fables, et pleurer des malheurs imaginaires, qu’a-t-on encore à exiger de lui ? N’est-il pas content de lui-même ? Ne s’applaudit-il pas de sa belle âme ? Ne s’est-il pas acquitté de tout ce qu’il doit à la vertu par l’hommage qu’il vient de lui rendre ? Que voudrait-on qu’il fît de plus ? Qu’il la pratiquât lui-même ? Il n’a point de rôle à jouer : il n’est pas comédien.

Plus j’y réfléchis, et plus je trouve que tout ce qu’on met en représentation au théâtre, on ne l’approche pas de nous, on l’en éloigne… Le théâtre a ses règles, ses maximes, sa morale à part, ainsi que son langage et ses vêtements. On se dit bien que rien de tout cela ne nous convient, et l’on se croirait aussi ridicule d’adopter les vertus de ses héros que de parler en vers, et d’endosser un habit à la romaine. Voilà donc à peu près à quoi servent tous ces grands sentiments et toutes ces brillantes maximes qu’on vante avec tant d’emphase : à les reléguer à jamais sur la scène, et à nous montrer la vertu comme un jeu de théâtre, bon pour amuser le public, mais qu’il y aurait de la folie à vouloir transporter sérieusement dans la société. Ainsi la plus avantageuse impression des meilleures tragédies est de réduire à quelques affections passagères, stériles et sans effet tous les devoirs de l’homme, à nous faire applaudir de notre courage en louant celui des autres, de notre humanité en plaignant les maux que nous aurions pu guérir, de notre charité en disant au pauvre : Dieu vous assiste.

Jean-Jacques Rousseau,
Lettre à M. d’Alembert, sur son article « Genève »
(303 mots)

Session 1987

Composition française

Zola écrit dans Le Roman expérimental : « Décrire n’est plus notre but ; nous voulons simplement compléter et déterminer […]. Il y aurait là une nécessité de savant et non un exercice de peintre. Cela revient à dire que nous ne décrivons plus pour décrire, par un caprice et un plaisir de rhétoriciens. Nous estimons que l’homme ne peut être séparé de son milieu, qu’il est complété par son vêtement, par sa maison, par sa ville, par sa province ; et, dès lors, nous ne noterons pas un seul phénomène de son cerveau ou de son cœur sans en chercher les causes ou le contrecoup dans le milieu. De là ce qu’on appelle nos éternelles descriptions. »

Ce texte permet-il, selon vous, de rendre compte de la place et du rôle de la description dans La Curée ?

Thème grec

La plus utile et la moins avancée de toutes les connaissances humaines me paraît être celle de l’homme, et j’ose dire que la seule inscription du temple de Delphes contenait un précepte plus important et plus difficile que tous les gros livres des moralistes. Aussi je regarde le sujet de ce Discours comme une des questions les plus intéressantes que la philosophie puisse proposer, et malheureusement pour nous comme une des plus épineuses que les philosophes puissent résoudre. Car comment connaître la source de l’inégalité parmi les hommes, si l’on ne commence par les connaître eux-mêmes ? et comment l’homme viendra-t-il à bout de se voir tel que l’a formé la nature, à travers tous les changements que la succession des temps et des choses a dû produire dans sa constitution originelle, et de démêler ce qu’il tient de son propre fonds d’avec ce que les circonstances et ses progrès ont ajouté ou changé à son état primitif ? Semblable à la statue de Glaucus que le temps, la mer et les orages avaient tellement défigurée qu’elle ressemblait moins à un dieu qu’à une bête féroce, l’âme humaine altérée au sein de la société par mille causes sans cesse renaissantes, par l’acquisition d’une multitude de connaissances et d’erreurs, par les changements arrivés à la constitution des corps, et par le choc continuel des passions, a, pour ainsi dire, changé d’apparence au point d’être presque méconnaissable.

Jean-Jacques Rousseau, 
Discours sur l’origine de l’inégalité
(252 mots)

Session 1988

Composition française

Évoquant, dans ses Mémoires improvisés, les circonstances de la composition du Soulier de salin, Paul Claudel déclarait :

« Le comique pour moi est l’extrême pointe du lyrisme inspiré par cette joie dans laquelle je baignais, par ce sentiment de triomphe dans le bien, le bien qui est venu complètement par-dessus le mal, qui l’a complètement éliminé. »

Vous direz en quoi cette confidence permet de définir la nature du rire que peuvent engendrer la lecture et la représentation du Soulier de satin.

Thème grec

Iphigénie vient avec une captive grecque, qui s’étonne de sa tristesse. Elle demande si c’est qu’elle est affligée de ce que la fête de Diane se passera sans qu’on lui immole aucun étranger.

« Tu peux croire, dit Iphigénie, si c’est là un sentiment digne de la fille d’Agamemnon. Tu sais avec quelle répugnance j’ai préparé les misérables que l’on a sacrifiés depuis que je préside à ces cruelles cérémonies. Je me faisais une joie de ce que la fortune n’avait amené aucun Grec pour cette journée, et je triomphais seule de la douleur commune qui est répandue dans cette île, où l’on compte pour un présage funeste de ce que nous manquons de victimes pour cette fête. Mais je ne puis résister à la secrète tristesse dont je suis occupée depuis le songe que j’ai fait cette nuit. J’ai cru que j’étais à Mycènes, dans la maison de mon père : il m’a semblé que mon père et nia mère nageaient dans le sang, et que moi-même je tenais un poignard à la main pour en égorger mon frère Oreste. Hélas ! mon cher Oreste ! »

LA CAPTIVE

« Mais, madame, vous êtes trop éloignés l’un de l’autre pour craindre l’accomplissement de votre songe. »

IPHIGÉNIE

« Et ce n’est pas aussi ce que je crains ; mais je crains avec raison qu’il n’y ait de grands malheurs dans ma famille : les rois sont sujets à de grands changements. »

Jean Racine,
Plan du 1er acte d’Iphigénie en Tauride
(253 mots)

Session 1989

Composition française

Jean Schlumberger écrit de l’œuvre dramatique de Pierre Corneille :

« Nul théâtre où l’on mente autant. On y ment, non point par peur ou faiblesse, mais par politesse ou diplomatie ; et l’on y ment beaucoup par courage. On ment moins pour cacher ses sentiments que pour les nier et commencer à les détruire. On se ment beaucoup à soi-même, et dans le même sens, non pour se flatter ou s’épargner des difficultés, mais d’une manière active et créatrice, pour imposer une loi au désordre intérieur. » (Tableau de la littérature française, 1939)

Vous examinerez dans quelle mesure les diverses manifestations du mensonge que l’on peut relever dans le Cid, Othon et Suréna permettent aux héros de Corneille d’inventer leur vérité.

Thème grec

Comme il ne savait pas les violences que l’on venait de faire à la princesse, il attendait l’heure de la revoir avec mille impatiences ; il voulut parler d’elle à ceux que le roi avait mis auprès de lui pour lui faire plus d’honneur ; mais par l’ordre de la reine, ils lui en dirent tout le mal qu’ils purent : […] qu’elle tourmentait ses amis et ses domestiques ; qu’on ne pouvait être plus malpropre, et qu’elle poussait si loin l’avarice qu’elle aimait mieux être habillée comme une petite bergère que d’acheter de riches étoffes de l’argent que lui donnait le roi son père. À tout ce détail, Charmant souffrait et se sentait des mouvements de colère qu’il avait de la peine à modérer.

« Non, disait-il en lui-même, il est impossible que le Ciel ait mis une âme si mal faite dans le chef-d’œuvre de la nature. […] Quoi ! elle serait mauvaise avec cet air de modestie et de douceur qui enchante ? Ce n’est pas une chose qui me tombe sous le sens ; il m’est bien plus aisé de croire que c’est la reine qui la décrie ainsi : l’on n’est pas belle-mère pour rien ; et la princesse Truitonne est une si laide bête qu’il ne serait point extraordinaire qu’elle portât envie à la plus parfaite de toutes les créatures. »

Charles Perrault,
L’Oiseau bleu
(240 mots)

Session 1990

Composition française

Bernard Guyon écrit dans un article des Cahiers du Sud à propos de La Nouvelle Héloïse :

« Si vous êtes sensible à ce moyen d’expression des sentiments qu’est la voix humaine, alors écoutez ce roman comme vous feriez d’un disque. Car il est cela d’abord : un ample recueil d’airs, de récitatifs, de chœurs, entremêlés de fragments de musique pure. Monologues tumultueux ou mélancoliques, ardents ou méditatifs ; dialogues dramatiques où les cœurs s’affrontent, s’écartent, se répondent ; ensembles polyphoniques où les personnages rassemblés communient dans une même ferveur de joie et de douleur. »

À partir de ce conseil, comment présenteriez-vous votre écoute musicale du roman de Jean-Jacques Rousseau ?

Thème grec

Me voyant enfin si maltraité des hommes et, du côté du bien, de moitié moins à mon aise que je ne l’avais été d’abord, il me prit un jour une si grande colère contre mon philosophe, pour la tromperie que je croyais qu’il m’avait faite quand j’avais été le consulter, que je partis tout d’un coup pour aller lui témoigner mon ressentiment. J’arrivai bientôt chez lui et je frappai avec emportement à sa porte ; il se présenta d’un air aussi froid que s’il avait eu affaire à l’homme le plus tranquille. « Me reconnaissez-vous ? lui dis-je. — Oui, reprit-il ; que me voulez-vous ? — Vous reprocher, répondis-je, la fourberie de vos conseils. — Dites plutôt mon ignorance, s’il est vrai que tous mes conseils vous aient fait tort, repartit-il. — Non, non, m’écriai-je, vous vous êtes joué de ma jeunesse. Je vous ai demandé ce qu’il fallait faire pour être aimé des hommes, vous avez eu la cruauté de me dire que je n’avais qu’à être bon, et c’est cette bonté que vous m’avez conseillée qui m’a perdu près d’eux, loin qu’elle m’ait conduit à la fortune, comme je l’espérais, et peu s’en faut qu’elle n’ait causé ma ruine entière. — Vouloir faire fortune est une autre chose que de souhaiter d’être aimé des hommes, me répondit-il. Que ne vous expliquiez-vous mieux, quand vous m’avez interrogé ! »

Marivaux,
Le Scythe et le Solitaire
(255 mots)

Session 1991

Composition française

« Le théâtre de Musset nous propose des personnages dont le visage se dérobe. Les silhouettes nocturnes errant dans les jardins y côtoient les amants dissimulés dans l’ombre, les bourgeois déguisés en bouffons des princes travestis. Sur ce monde fictif le masque se déploie comme une figure obsédante. Il ordonne le temps car nombreux sont les êtres qui, pour courir les mascarades, « font de la nuit le jour ». Il occupe l’espace en y faisant surgir une multitude d’accessoires […]. Le masque modèle donc le visage du monde. »

En analysant ce jugement de Bernadette Bricourt, extrait d’un article de 1977, vous réfléchirez au rôle du masque, dans son acception la plus large, chez Musset dramaturge, grâce aux deux pièces inscrites au programme.

Thème grec

Je le répète encore ; l’art égyptien ne doit qu’à lui-même tout ce qu’il a produit de grand, de pur et de beau et, n’en déplaise aux savants qui se font une religion de croire fermement à la génération spontanée des arts en Grèce, il est évident pour moi, comme pour tous ceux qui ont bien vu l’Égypte ou qui ont une connaissance réelle des monuments égyptiens existant en Europe, que les arts ont commencé en Grèce par une imitation servile des arts de l’Égypte, beaucoup plus avancés qu’on ne le croit vulgairement, à l’époque où les premières colonies égyptiennes furent en contact avec les sauvages habitants de l’Attique ou du Péloponnèse.

La vieille Égypte enseigna les arts à la Grèce, celle-ci leur donna le développement le plus sublime, mais, sans l’Égypte, la Grèce ne serait probablement point devenue la terre classique des beaux-arts. Voilà ma profession de foi tout entière sur cette grande question. Je trace ces lignes presque en face des bas-reliefs (1) que les Égyptiens ont exécutés, avec la plus grande finesse de travail, mille sept cents ans avant l’ère chrétienne. Que faisaient les Grecs alors ?

Jean-François Champollion
(202 mots)

(1) Bas-relief : ἀναγλυφή, ῆς (ἡ).

Session 1992

Composition française

Pierre Clarac écrit, à propos de « la pensée de La Fontaine » :

« À cette pensée, « partout hôtesse passagère », assignerons-nous une demeure unique, fût-elle plus variée et plus vaste que le palais de Psyché ? La distinction, chère à Thibaudet, entre esprits du monologue et esprits du dialogue, aide peut-être à comprendre la liberté avec laquelle le papillon du Parnasse « va de fleur en fleur » et « vole à tout sujet ». À prêter l’oreille au dialogue des Fables, on croit y discerner bien des voix différentes et qui parfois se contredisent. »

Vous direz, en vous appuyant sur votre lecture des livres VII à XII des Fables, ce que vous pensez de ce jugement.

Thème grec

DÉBAT DE FOLIE ET D’AMOUR (1)

FOLIE : « Je suis déesse, comme tu es dieu : mon nom est Folie. Je suis celle qui te fait grand et abaisse à mon plaisir. Tu lâches l’arc et jettes tes flèches en l’air : mais je les assois aux cœurs que je veux. Quand tu te penses plus grand qu’il est possible d’être, alors par quelque petit dépit je te range et remets avec le vulgaire. Tu t’adresses contre Jupiter : mais il est si puissant et grand que, si je ne dressais ta main, si je n’avais bien trempé ta flèche, tu n’aurais aucun pouvoir sur lui. Et quand toi seul ferais aimer, quelle serait ta gloire, si je ne faisais paraître cet amour par mille inventions ? Tu as fait aimer Jupiter : mais je l’ai fait transmuer en cygne, en taureau, en or, en aigle : en danger des plumassiers (2), des loups, des larrons et des chasseurs. […] Qu’eût-ce été, si Pâris n’eût fait autre chose qu’aimer Hélène ? Il était à Troie, l’autre à Sparte : ils n’avaient garde d’eux assembler. Ne lui fis-je dresser une armée de mer, aller chez Ménélas, faire la cour à sa femme, l’emmener par force, et puis défendre la querelle injuste contre toute la Grèce ? […] Tu n’as rien que le cœur, le demeurant est gouverné par moi. »

Louise Labé,
Débat de Folie et d’Amour
(233 mots)

(1) Traduire le titre.
(2) On traduira « plumassier » par « oiseleur » (ὁ ὀρνιθευτής, οῦ).

Session 1993

Composition française

En 1927, Valéry est à Grasse. Un matin, au lever du jour, il note dans ses Cahiers :

« À l’aurore. Ce cyprès offre. Cette maison dorée apparaît – que fait-elle ? Elle se construit à chaque instant. – Ces monts se soulèvent et ces arbres semblent offrir et attendre. Sous la lumière naissante, tout chante et les choses divisées de l’ombre désignant la direction du soleil sont à l’unisson… Comme je sens à cette heure… la profondeur de l’apparence (je ne sais l’exprimer) et c’est ceci qui est poésie. Quel étonnement muet que tout soit et que moi je sois. Ce que l’on voit alors prend valeur symbolique du total des choses. »

L’expérience ici rapportée éclaire-t-elle à vos yeux la « poésie » des œuvres de Valéry inscrites à votre programme ?

Version latine

Manilius (Les Astronomiques, IV, v. 1-36)

Session 1994

Composition française

Saluant la publication de Voyage au bout de la nuit, Bernanos parle de « ce langage inouï, comble du naturel et de l’artifice, inventé, créé de toutes pièces à l’exemple de celui de la tragédie, aussi loin que possible d’une reproduction servile du langage des misérables, mais fait justement pour exprimer ce que le langage des misérables ne saura jamais exprimer, leur âme puérile et sombre, la sombre enfance des misérables ».

Que pensez-vous de ce jugement ?

Session 1995

Composition française

 « Le roman qui a pour objet la peinture d’une époque présente cette époque dans sa complexité, de façon à donner une impression de vie multiple, de force inépuisable, d’un rythme de vie sociale qui déborde toute représentation individuelle, toute existence individuelle, et que l’on ne peut réduire au développement d’un organisme individuel sans le défaire ou le dénaturer. »

Réflexions sur le roman, p. 18, éd. Gallimard, 1938.

Cette réflexion d’Albert Thibaudet sur Les Misérables correspond-elle à votre analyse des livres au programme ?

Session 1996

Composition française

Selon Jacques Scherer (1), dans la dramaturgie de Racine…, « la tension des mécanismes du drame est poussée aussi loin que le permet leur précision. Il ne suffit pas de dire, comme on l’a souvent fait, que Racine applique aisément et sans effort les préceptes d’une esthétique que son temps considère comme efficace. Il pousse cette esthétique à ses limites, il la somme de multiplier ses tours et ses prestiges au-delà du raisonnable. La dramaturgie classique pouvait être, et a parfois été, équilibre, sérénité, raison. Par une inversion perverse, Racine en fait un instrument de torture. Le paradoxe de la cérémonie est que cette dynamisation forcenée, loin de donner des résultats grinçants où l’énergie paraît se vanter et qu’on appellera plus tard, souvent pour les critiquer de façon fort injuste, baroques ou romantiques, revêt au contraire les aspects d’une célébration paisible et d’autant plus puissante que ses redoutables ressorts sont mieux dissimulés ».

Dans quelle mesure, à votre avis, cette analyse convient-elle à Britannicus, Bérénice et Mithridate ?

(1) Scherer (J.), Racine et/ou la cérémonie, Paris, P.U.F., 1982, p. 78-79.

Session 1997

Composition française

« Le bonheur est ce qu’il y a de plus difficile à communiquer, dans la mesure où le bonheur est précisément une sorte de silence, d’absence d’illusion, de légèreté immatérielle, dans la mesure où être heureux est le seul état injustifiable de l’homme, dans la mesure enfin où le bonheur peut se définir mieux par ce qu’il n’est pas, que par ce qu’il est. » (1)

Dans quelle mesure, à votre avis, ce propos de Claude Roy rend-il compte des intentions et de l’écriture de Stendhal dans La Chartreuse de Parme ?

(1) Claude Roy, Stendhal par lui-même, éd. du Seuil, coll. « Écrivains de toujours », 1951, p. 55 dans l’éd. de 1962.

Session 1998

Composition française

« Pour répondre aux postulations de l’esprit nervalien, le fantastique ne devait pas seulement prendre en charge, à travers des personnages de fiction, les conflits, les manques et les contradictions du scripteur – phénomène habituel dans les œuvres fantastiques, et qui est sans doute la clé de leur réussite ; il aurait fallu de surcroît qu’il offrît à ces conflits une voie de résolution, une structure d’accord et d’unification. Mais ces deux conditions ne sont-elles pas contradictoires ? Une structure unifiante, conciliant les oppositions et par là rassurante pour l’esprit, correspond à une orientation inverse de celle du fantastique, qui tend toujours à lézarder la surface tranquille des apparences : sous le monde stable régi par des lois intelligibles surgît l’inconnaissable, l’inquiétante étrangeté, vestige inintelligible d’un passé ou d’un ailleurs déplacés. »

Cette analyse d’un critique actuel vous paraît-elle éclairer la lecture des œuvres de Gérard de Nerval au programme ?

Session 1999

Composition française

André Malraux écrivait en 1958, en préface à une édition des Liaisons dangereuses :

« Les personnages significatifs de Laclos […] imitent leur propre personnage. Fait nouveau en littérature : ils se conçoivent […]. Les deux personnages essentiels agissent avec d’autant plus de virulence qu’ils le font à deux degrés, sous leur image mythique et leur image vivante ; celle-ci devenant son modèle en action, confronté à la vie, incarné ; l’œuvre d’art bénéficiant à la fois de la méthode nécessaire à cette image incarnée pour agir, et du prestige permanent de l’image mythique. Comme le destin de tous les personnages des Liaisons est, à des degrés divers, gouverné par ces deux-là, ils ont exactement une situation de démiurges, ils sont descendus de l’Olympe de l’intelligence pour tromper des mortels. […]

Mais si le rêve de Laclos est mythologique, son roman ne l’est pas. […] La matière des Liaisons […] est la plus opposée au mythe : celle d’une expérience humaine. Et nous sentons bien que c’est dans le rapport entre les deux domaines du livre, entre sa mythologie et sa psychologie, que se cache le secret des Liaisons. »

Ces propos rejoignent-ils votre propre lecture du roman de Laclos au programme ?

Tous les sujets de l’Agrégation externe de Grammaire (2000-2019) en livre papier

Rapports du jury et sujets 2004-2007

Rapports du jury et sujets 2008-2019

Session 2006

Thème latin

Damilaville, Encyclopédie, article « Paix »

Corrigé proposé par le jury

Ratione si homines gubernarentur, si imperio ei debito nationum duces (principes) submitterentur, belli furori (furoribus) eos se temere dedentes non videremus, neque ii ea ferocitate quae ferarum est uterentur. Qui, animo intenti sibi ad servandam eam tranquillitatem in qua vita beata tota ponitur, omnem facultatem aliorum turbandi non arriperent, et bonis natura omnibus eius liberis datis contenti, iis quae aliis populis tribuit non inviderent ; principes ipsi urbes populosque armis domitos, sanguine populorum suorum emptos, quanti constitissent tanti numquam valere sentirent. Nunc misero fato impulsae, nationes inter se mutua diffidentia utuntur, quae, ad aliorum coepta injusta repellenda vel ad sua fingenda semper intentae, e causis vel levissimis arma capiunt, ita ut commodis providentia vel industria (arte) sibi paratis se privari velle credas. Principes quoque, caecis libidinibus moti, adducuntur ut imperii sui fines extendant, qui, de commodis populorum suorum parum laborantes, de augendo numero hominum quos miseros efficiunt tantum curant. Ex eis autem libidinibus, ab ambitiosis ministris vel ducibus (vel iis qui bella gerere solent) quorum negotium otio repugnat, incensis vel alitis, omni tempore (omni in aetate) hominibus eventus (effectus) quam perniciosissimi orti sunt (facti sunt). In annalibus enim rerum gestarum, nulla exempla nisi pacis violatae (ruptae), iniustorum crudeliumque bellorum, agrorum vastatorum, urbium exustarum invenimus.

Session 2008

Version latine

Tite Live,
XXXVI, 39, 6 – 40, 10

Corrigé proposé par le jury

Le tribun de la plèbe P. Sempronius Blaesus exprimait l’opinion qu’il ne fallait pas refuser à Scipion l’honneur d’un triomphe, mais le renvoyer à plus tard : les guerres contre les Ligures avaient toujours été liées à celles menées contre les Gaulois ; ces peuples se prêtaient mutuellement secours l’un à l’autre, en raison de leur proximité géographique. Si P. Scipio, après avoir défait les Boiens en bataille rangée, était passé en personne en territoire ligure avec son armée victorieuse ou avait envoyé une partie de ses troupes à Q. Minucius, qu’une guerre à l’issue incertaine retenait là depuis deux ans, on aurait pu mettre un terme à la guerre contre les Ligures. Mais en fait on avait détourné de la guerre, pour augmenter le nombre des participants à un triomphe, des soldats qui auraient pu agir avec une remarquable efficacité au service de l’État, qui pouvaient même le faire encore si le sénat voulait remettre en vigueur, en différant le triomphe, une mesure que l’on avait négligé de prendre par empressement à le célébrer. Qu’ils donnassent au consul l’ordre de s’en retourner dans sa zone de compétence avec ses légions et de se consacrer à la soumission des Ligures. Si ceux-ci n’étaient pas contraints à passer sous la sujétion et la domination du peuple romain, même les Boiens ne se tiendraient pas en paix : il était inévitable d’avoir soit la paix, soit la guerre sur les deux fronts. Une fois les Ligures définitivement vaincus, P. Cornelius célébrerait le triomphe en qualité de proconsul dans quelques mois, à l’exemple de nombreux généraux qui n’ont pas célébré le triomphe pendant la période de leur magistrature.

En réponse à ces arguments, le consul déclare que ce n’est pas la Ligurie que le tirage au sort lui a attribuée comme zone de compétence, que ce n’est pas contre les Ligures qu’il a conduit la guerre et que ce n’est pas pour une victoire remportée sur eux qu’il sollicite un triomphe. Il est persuadé que Q. Minucius les soumettra rapidement, puis sollicitera et obtiendra un triomphe mérité. Pour lui, c’est sur les Gaulois Boiens qu’il sollicite un triomphe, pour les avoir vaincus en bataille rangée, privés de leur camp, avoir reçu en deux jours après le combat la soumission complète du peuple tout entier, leur avoir pris et emmené des otages en gage d’une paix future. Mais en fait, un point de loin plus important est qu’il a tué en bataille rangée un nombre de Gaulois supérieur aux milliers de Boiens (pour ce qui concernait cette tribu) qu’avant lui aucun général en chef n’avait affrontés. A été tuée plus de la moitié d’une armée de cinquante mille hommes, plusieurs milliers ont été faits prisonniers ; il ne reste aux Boiens que des vieillards et des enfants. Aussi quelqu’un peut-il s’étonner et se demander pourquoi une armée victorieuse est venue à Rome afin d’assister en foule au triomphe du consul, après n’avoir laissé aucun ennemi dans sa zone de commandement ? Et si le sénat veut utiliser les services de ces soldats dans une autre zone également, dans quelles conditions, enfin, croit-il que les soldats seront le plus disposés à affronter des nouveaux périls et des peines renouvelées : si on les a pleinement récompensés des périls et des peines encourus auparavant, sans faire d’objection, ou si les sénateurs les renvoient porteurs d’espérances en lieu et place de récompenses tangibles, après les avoir déçus une fois déjà dans leurs espérances premières ? De fait, en ce qui le concerne personnellement, il a acquis suffisamment de gloire pour toute sa vie le jour où le sénat l’avait envoyé recevoir la Mère de l’Ida, parce qu’il avait été jugé l’homme le plus vertueux. L’image funéraire de P. Scipio Nasica sera suffisamment honorée et illustrée par cette inscription, même si on n’y ajoute ni le consulat ni le triomphe.

Session 2009

Thème latin

Laclos, Discours des femmes et de leur éducation

Corrigé proposé par le jury

O mulieres ! Ad uerba mea audidienda/Verba quidem mea auditum adite et uenite ! Ad utilia autem, haud ut soletis (1), intentae, curiose considerate commoda quae uobis dederat natura eaque homines rapuerunt ! Acceptum enim uenite quomodo, quamquam uiris aequales ortae/natae (eratis), istorum tamen seruae factae sitis ; quodomo deinde uos, quae in istum ignobilem statum lapsae sitis, eo iam tandem delectemini atque eum uideatis uelut natura datum uestrum ; quomodo denique, quoniam, diu seruiendo adsuefactae, magis magisque deformatae estis, ex propriis seruitudinis rebus sordida at facilia uitia grauioribus liberi honestique alicuius uirtutibus praetuleritis. Quod si quae plane depinxi placide audietis ac sedate considerabitis, uacua negotia uestra iterum gerite quia nulla remedia malis uestris sunt et uitia in mores mutata. Sin autem in audiendis rebus aduersis damniisque uestris ob pudorem atque iram erubescetis (2), et propter obirationem ex oculis lacrimae profluent, et si insigni commodorum recuperandorum atque uos in condicionem integram restituendi studio flagrabitis, nolite iam falli eis rebus quas falso uiri polliciti sunt ! Nolite (3) quidem ex uiris auxilia aliqua ullo modo exspectare quippe qui malorum uestrorum artifices sint ! Quae tollere nec uolunt nec possunt : quid enim mulieres educare uellent ante quas erubescere cogerentur (4) ? Itaque hoc accipite, quod nullo alio modo nisi nouis rebus seruire desinitur/Scite non exiri e seruitute nisi…/Scite nullo modo e seruitute exiri posse nisi… . Illaene (nouae res) euenire possunt ? Vobis autem solis id dicendum est cum in animis uestris eae constent.

(1) ou primum pour dire « pour la première fois ».
(2) système éventuel (idem dans la phrase suivante), à mettre au futur ou au futur antérieur.
(3) la tournure par ne + subjonctif parfait est une autre solution.
(4) ou mulieres ob quas eis pudendum sit/esset ? (pudere étant le plus idiomatique et le plus opérant).

Version latine

Lucrèce,
De la nature des choses, II, v. 1122-1174

Corrigé proposé par le jury

De fait, tous les organismes que tu vois grandir en une joyeuse croissance et gravir peu à peu les échelons de l’âge adulte, s’incorporent davantage d’éléments qu’ils n’en émettent d’eux, aussi longtemps que la nourriture est reçue dans toutes leurs veines et qu’ils ne se sont pas si largement distendus qu’ils en rejettent en grand nombre et effectuent une dépense supérieure à ce que leur âge absorbe d’aliments. Car il faut en convenir en toute certitude : de nombreux éléments s’écoulent et se détachent des organismes ; mais il est nécessaire qu’une quantité supérieure vienne s’ajouter aux organismes jusqu’à ce qu’ils aient atteint le sommet absolu de leur croissance. Puis, par toutes petites étapes, l’âge diminue les forces et la résistance maximales atteintes et s’écoule dans un sens moins positif. C’est que, de fait, plus un organisme est considérable et plus il est étendu, plus, une fois interrompue sa croissance, il disperse partout, dans toutes les directions, et émet davantage d’éléments, les aliments ne se distribuent pas aisément dans toutes ses veines, et ils ne suffisent pas, par rapport au flot abondant qu’il expulse, à lui fournir de quoi se régénérer et se reconstituer. Il est donc normal que les organismes périssent, lorsqu’ils ont perdu leur densité du fait de l’écoulement, et que tous succombent aux chocs venus de l’extérieur, puisque justement, pour finir, la nourriture fait défaut au grand âge, et que les éléments, frappant de l’extérieur, accablent sans cesse tous les organismes et en viennent à bout, dans leur acharnement, à force de coups. C’est donc ainsi que les remparts qui ceignent le vaste univers, eux aussi, pris d’assaut, s’effondreront et tomberont en ruines pulvérulentes. En effet, il est nécessaire que les aliments assurent l’intégrité de tous les organismes en les renouvelant, que les aliments les réparent, que les aliments les maintiennent en état : en vain, puisque les veines n’en supportent plus une quantité suffisante, et que la nature ne fournit pas autant qu’il est besoin. Et voici qu’à présent notre époque est affaiblie et que la terre épuisée crée avec peine de petits êtres, elle qui a créé toutes les espèces et a enfanté les corps énormes des bêtes sauvages. Car ce n’est pas, selon moi, une corde d’or qui a fait descendre d’en haut dans nos terres, depuis le ciel, les espèces mortelles, ni la mer ni les flots battant les rochers qui les ont créées, mais ce qui leur a donné naissance, c’est la même terre qui à présent les nourrit de sa substance. En outre elle a d’abord créé elle-même, de son propre mouvement, les brillantes moissons, les vignes riantes, elle-même a donné les doux fruits de la terre et les grasses pâtures, qui, de nos jours poussent avec peine malgré nos efforts pour les faire croître. Et nous épuisons nos bœufs et les forces de nos paysans, nous y usons le fer, bien qu’à peine fournis du nécessaire par nos champs, tant ils donnent chichement leurs produits et augmentent notre peine. Et désormais, hochant la tête, le laboureur chargé d’ans soupire assez souvent que son immense effort n’a abouti à rien, et quand il compare le temps présent au temps passé, souvent il vante le bonheur de son père De même, le planteur d’une vigne vieillissante et flétrie s’en prend au passage du temps, incrimine son époque, et déplore la manière dont l’humanité des premiers temps, emplie de piété, a si aisément pourvu à son existence grâce à des terres de faible étendue, alors qu’autrefois la part de terre par tête était bien moindre. Et il oublie que, peu à peu, tous les organismes se corrompent et vont au tombeau, épuisés par la longue durée de leur existence.

Session 2011

Thème latin

Alain, Système des Beaux-Arts

Corrigé proposé par le jury

Tragicis rebus ut fatum intersit

Res adflictas tragoediae nobis adhibent quas quidem pati soleamus omnes, at easdem e longinquo tamen prospectas, et velut ea quae obiecta sint oculis. Quibus in fabulis quod fatum habeatur, etsi res tum magis tum minus perspicue est proposita, ea quae in scaena agenda essent semper compegit. Quare qui haec adspectant timore illud genus soluuntur, qui pessimus, isque ne quid consilii sibi sit capiendum timor est. Itaque rem oportet iam peractam euasisse eo tempore quo a poeta nobis eadem renouatur, unde fit ut res olim gestae in scaenam inductae probentur. Clari enim casus nobis praenoti sane sunt, et, tempore addito, omnia aboleta ita sunt quae ex eis euenerunt ut quo agamus satis nouerimus atque ex aetate nostro et nobismet ut ita dicam ipsis exempti esse uideamur. Quem ad modum quietis uidelicet tum satis apparent animis esse spectatores cum sedem in gradibus capiunt. Itaque est ut in omni tragoedia dum (accurate) composita sit tempus primam agat partem. Constat igitur, ut dixerunt, tragicis rebus opus esse tempore uno, accipe haud soluto nempe, neque sine modo, atque id etiam adtendo tempus demensum, sole praecipue atque sideribus, talibus rebus aptius uideri. Nam commodum est gladio stellas Cassium designare inclinantes, illa in nocte quae una in omni memoria clarissima sit, et semper quidem sentiendum est horas progredientes, quodque necesse fuit animos externum urgere eosque citius quam uellent maturare. Quod enim cum procedit quae exspectemus timeamusue tempus non uidet dum eadem perficit, en hoc nimirum quo sustinentur quae modo tragica sint. At tragicis poetis neglegendi etiam sunt libidinis isti leues motus quos effectus nullus consequitur neque ullum ei exspectant. Refert ergo libidines conformari tamquam temporis catenis circumscriptas. Nam tragoediae cuiusuis materiam dixeris libidinibus, formam tempore fieri.

Version latine

Lucain, 
Pharsale, II, 3, v. 3-46

Corrigé proposé par le jury

Lorsque l’Auster poussa la flotte en avant, pressant sur ses voiles qui cédaient sous lui, et que les esquifs agitèrent la haute mer, chaque matelot avait les yeux fixés sur les flots de la mer Ionienne. Seul, Magnus ne détacha pas ses regards de la terre d’Hespérie, aussi longtemps qu’il voyait s’effacer les ports de sa patrie, les rivages qui ne s’offriraient jamais plus à ses regards, une cime couverte de nuages et des collines indistinctes. Puis les membres las du général s’abandonnèrent à la torpeur du sommeil. C’est alors qu’il lui sembla que Julie, apparition pleine d’une terrible horreur, dressait sa tête sinistre au travers d’une crevasse de la terre et se tenait, telle une Furie, au- dessus de son bûcher ardent. Chassée des demeures élyséennes, plaines des mânes irréprochables, je suis entraînée, depuis la guerre civile, vers les ténèbres du Styx et les mânes coupables. J’ai vu de mes yeux les Euménides tenir en main des torches pour les agiter dans vos rangs. Le nocher de l’Achéron enflammé prépare d’innombrables esquifs ; on élargit le Tartare pour de nombreux châtiments ; c’est à peine si les Sœurs toutes réunies, bien que leur dextre s’affaire à la tâche, font face à la besogne et les fils de trame épuisent les Parques qui les tranchent. Durant notre union, Magnus, tu as célébré de joyeux triomphes. Une couche nouvelle a changé ta Fortune : Cornelia, ma rivale, condamnée à entraîner toujours ses puissants maris à leur perte, t’a épousé sur mon bûcher encore tiède. Qu’elle s’attache à tes enseignes dans les guerres, sur les flots, soit, pourvu qu’il me soit permis d’interrompre ton sommeil troublé, qu’il n’y ait nul instant libre pour vos amours et que César obsède tes jours, et Julie tes nuits. L’oubli que donnent les rives du Léthé ne m’a pas fait perdre le souvenir de ta personne, mon époux, et les souverains des morts silencieux m’ont permis de te suivre. Je viendrai au milieu des combats, quand tu feras la guerre. Jamais, Magnus, les Ombres ni mes mânes ne te permettront de cesser d’être un gendre. C’est en vain que tu essaies de trancher de ton arme les liens de famille : la guerre civile te rendra à moi. » Telles furent ses paroles, puis son ombre, échappant aux embrassements de son époux tremblant, s’enfuit. Quant à lui, bien que les dieux et les mânes le menacent d’une défaite, plus Grand encore, il court à la guerre, en pleine conscience des malheurs qui l’attendent, et dit : « Pourquoi suis-je terrifié par la vision d’une apparition sans réalité ? Ou bien après la mort il ne reste aux âmes aucune forme de conscience, ou bien la mort elle-même n’est rien. » Titan déjà, inclinant sa course, pénétrait dans les ondes et avait fait plonger une part de son globe incandescent égale à celle qui manque toujours à la lune quand elle va être pleine ou a déjà cessé de l’être. Alors une terre hospitalière offrit aux vaisseaux un accès aisé. On enroula les drisses, on coucha le mât, puis on gagna le rivage à force de rames. Quand on lança les esquifs, que les vents les entraînèrent, que la mer eut ôté la vue de la flotte et que César resta le seul général sur le sol de l’Hespérie, la gloire d’avoir mis Magnus en fuite ne le réjouit pas : il déplore que ses ennemis lui tournent le dos, en toute sécurité, sur la mer. Car aucun succès ne suffit plus désormais à ce héros dans son élan et il n’accordait pas grand prix à la victoire, pour peu qu’elle différât la guerre.

Session 2012

Thème latin

Racine, Britannicus, IV, 2

Corrigé proposé par le jury

De quibus rebus Nero Agrippinam obiurget
ou De quibus fingatur Nero Agrippinam quondam obiurgauisse

Tu quidem, dum me in suspicione tenes et adsidue quereris, effecisti ut omnes qui te audiuissent id crediderint, quod hic inter nos tibi dicere audeo, te olim nomine meo tibi uni fauendae studuisse. Tot honores, aiebant, totque obsequia, matris beneficiorum, num parua sunt praemia ? Quod facinus filius parare potuit qui tam seuere damnatus esset ? Num diadema illi imposuit ut pareret? Num imperium suum apud se tamquam depositum accepit ? Non quin ego, si usque ad ea uenire potuissem, ut tibi fauerem, libentissime, domina, hoc imperium concessissem, quod clamoribus tuis repetere uidebaris. Sed dominum, haud dominam Roma requirit. Et ad aures peruenit tuas fama haec, quam imbecillus ego concitaui : cottidie enim senatus populusque, cum irate audirent uoce mea tua praescripta sibi dictari, morientem Claudium pronuntiare solebant mihi cum imperio simplicem oboedientiam suam reliquisse. Ac centies uidisti milites nostros aquilas ad te ferentes dum mussant : nam eos pudebat illo indigno usu aliquid de uirorum magnitudine minuere, quorum etiam nunc imagines in eis inscribuntur. Quibus uocibus auditis, quaeuis alia cessisset. Sed tu, quippe quae regnum ipsa non obtinueris, semper quereris. Ipsaque cum Britannico aduersus me coniurata, eumdem auges Iuniae partibus, ac Pallas scilicet stas coniurationes omnes manu sua moliri aperte uidetur. Quod si inuitus efficio ut quies mea certior fiat, omnes te uident ira et odio commotam. Fit quidem ut aduersarium meum exercitui praebere pares : de quo fama usque ad castra percurrit.

Version latine

Catulle, 
Poésies, LXIII, v. 44-90

Corrigé proposé par le jury

Donc, après un doux repos, débarrassé de la fureur qui l’entraînait, dès qu’Attis eut repassé dans son cœur ce qu’il avait fait, et qu’il eut constaté, l’esprit clair, ce qu’il avait perdu et où il était, l’âme bouillonnante, il revint sur ses pas vers le rivage. Là, contemplant la vaste mer de ses yeux pleins de larmes, il adressa à sa patrie, d’une manière touchante, ces paroles douloureuses : « Ô ma patrie, toi qui m’as créé, ô ma patrie, toi, ma mère, que j’ai abandonnée dans mon malheur, comme d’ordinaire les esclaves fugitifs le font avec leurs maîtres, j’ai porté mes pas vers les bois de l’Ida, pour être au pays des neiges, des tanières glacées des bêtes sauvages, et hanter tous leurs repaires furieux, où donc, en quels lieux dois-je imaginer, ma patrie, que tu te trouves ? Ma pupille d’elle-même désire diriger son regard vers toi, pendant que mon âme, pour un bref moment, est délivrée de sa rage farouche. Est-ce que moi, éloigné de ma maison, je serai emporté dans ces bois ? De ma patrie, de mes biens, de mes amis, de mes parents je serai loin ? Je serai loin du forum, de la palestre, du stade et des gymnases ? Malheureux, ah ! malheureux, il faut se plaindre encore et encore, mon cœur. En effet, de quel genre que je n’aie pas assumé est ma personne ? Moi femme, moi jeune homme, moi éphèbe, moi enfant, moi, j’ai été la fleur du gymnase, moi j’étais la gloire des athlètes frottés d’huile. Ma porte était fréquentée, mon seuil était tiède, ma maison était ornée de couronnes de fleurs, chaque fois qu’il me fallait, au lever du jour, quitter ma chambre. Moi maintenant je serai considéré comme une prêtresse des dieux et une servante de Cybèle ? Moi je serai une ménade, une partie de moi-même, un homme stérile ? Moi j’habiterai les contrées froides vêtues de neige de l’Ida verdoyant ? Moi je passerai ma vie au pied des hautes cimes de Phrygie, là où vivent la biche, l’habitante des forêts, et le sanglier, nomade des bois ? Dès maintenant je souffre de ce j’ai fait, dès maintenant, je le regrette ». Dès que de ses petites lèvres roses est sorti le son rapide, apportant aux deux oreilles des dieux ce message étonnant, aussitôt Cybèle, dénouant le joug attaché à ses lions, et aiguillonnant celui de gauche, ennemi du bétail, parle ainsi : « Eh bien allez, dit-elle, allez, va farouche, fais que le délire le harcèle, fais que sous les coups du délire il retourne dans les bois, lui qui, trop audacieusement, désire échapper à mes commandements, allez, frappe ton dos de ta queue, supporte tes propres coups, fais que tout le pays renvoie le tonnerre de ton grondement rugissant ; agite, farouche, ta crinière ardente sur ton cou musculeux ». C’est ainsi que parle Cybèle, menaçante, et elle délie le joug de sa main. Le fauve, s’encourageant lui-même, se pousse dans son cœur à l’impétuosité. Il va, il rugit, il brise de sa patte vagabonde les arbrisseaux. Mais lorsqu’il a atteint les espaces humides du rivage blanchi, et vu le tendre Attis près de la mer de marbre, il attaque ; celle-là, privée de raison, s’enfuit dans les bois sauvages, et c’est là que pour toujours, pour toute la durée de sa vie, elle fut une servante.

Session 2013

Thème latin

Voltaire, Candide ou L’Optimisme, chapitre 25

Corrigé proposé par le jury

Et Candidus : « Audeamne, Domine, inquit, a te quaerere nonne magna cum uoluptate Horatii legas opera ? » Quibus uerbis Contemptor haec respondit : « Sunt quidem apud eum sententiae nonnullae quae uiro bono prodesse possint et, in firmis uersibus constrictae, in memoria facilius imprimantur. Sed quod istud iter Brundisinum fecit, quod malam cenam descripsit, quod nescio qui Pupilius cuius uerba pus atque uenenum esse cum altero quodam balatrone contendit cuius uerba Italo perfusa aceto dixit, omnia denique haec minimo momento aestimo ; neque eos uersus sordidos quos aduersus anus ueneficasque fecit legi nisi maximo cum taedio. Neque intellego cur laus ei tribuenda sit quod Maecenati suo dixerit, si ab eo in lyricos uates insereretur, astra se sublimi uertice percussurum. Vt enim stulti apud scriptorem probatum omnia mirari solent, ita ego ad me ipsum solum delectandum lego nec quicquam probo nisi quod ad usum meum adtinet. Candidus autem quippe qui ita educatus esset ut de nulla re unquam per se iudicaret, quae audiebat, ea uehementer mirabatur. Martinus uero censebat Contemptorem mente saniore sentire. Candidus librum quemdam admirans : « Vide, inquit, hoc est Tullianum ! Illum uidelicet nonne sine ullo fastidio legere soles ? » Quibus Padanus : « Numquam eum lego. Nam quid mihi prodest eum pro Rabirio Cluentioue causam egisse ? Immo uero mihi eae causae sufficiunt quas ipse agere soleo. Mihi quidem commodiora fuissent opera quae de philosophia scripsit, nunc autem, cum eum omnibus de rebus dubitare uidi, concludi tandem tantum me scire quantum istum nec ullo alio homine mihi opus esse ut indoctus euaderem.

Version latine

Cicéron, 
Aux familiers, XV, 4, 11-13

Corrigé proposé par le jury

À présent, je voudrais donc que tu sois bien persuadé de ceci : si on soumet ces événements au sénat, j’estimerai avoir reçu la plus haute marque de considération si, toi-même, tu donnes ton accord pour que cet honneur me soit décerné ; quoique, je le sais, les hommes les plus importants dans de telles affaires sollicitent et soient sollicités d’ordinaire, pourtant, j’estime devoir simplement t’en informer et non pas te solliciter. En effet, c’est bien toi qui, en de très nombreuses occasions, m’as fortifié de tes approbations, toi qui, par le discours, par la prise de parole en public, par les plus grands éloges au sénat et dans les assemblées, m’as porté aux nues. Du reste, tu es pour moi celui dont les paroles m’ont toujours paru d’un si grand poids que, quand un seul de tes mots venait s’associer à mon éloge, je pensais réaliser tous mes désirs. Enfin, je me le rappelle, comme tu refusais d’accorder une action de grâces à un homme très illustre et de la plus grande qualité, tu disais que tu l’accorderais si on soumettait cette requête eu égard à ce qu’il avait accompli comme consul dans la Cité. C’est donc toi aussi qui m’as accordé une action de grâces quand j’étais magistrat civil, non pas comme dans beaucoup de cas, « pour avoir bien gouverné la république », mais, comme jamais auparavant, « pour avoir sauvé la république ». Je passe sur le fait que tu aies enduré non seulement la jalousie, les périls et toutes les tempêtes que j’ai traversées mais que tu aies aussi été absolument déterminé à en endurer bien plus encore, si je l’avais permis, et, qu’enfin, tu aies considéré comme le tien mon adversaire personnel ; tu as été jusqu’à entériner sa disparition, alors même qu’il m’était aisé de comprendre quelle haute estime tu avais pour moi, en défendant au sénat la cause de Milon.

Tu demanderas peut-être pourquoi j’attache tant de prix à une simple marque de reconnaissance et d’honneur. Je vais désormais t’ouvrir mon cœur, comme le requièrent nos liens d’attachement et nos obligations mutuels, notre immense amitié ainsi que les liens qui unissaient nos pères. S’il y eut jamais quelqu’un qui, par sa nature et, plus encore – à mon avis du moins – par sa conviction rationnelle et son savoir, fût indifférent à toute vaine gloire et aux propos du peuple, c’est bien moi. Mon consulat l’atteste : pendant mon mandat, comme dans le reste de mon existence, je l’avoue, j’ai poursuivi avec zèle tout ce qui pouvait susciter une gloire authentique, sans penser, du reste, que la gloire en elle-même devait être recherchée pour elle-même. C’est pourquoi j’ai renoncé à une province de prestige et à l’espoir quasi certain d’un triomphe ; c’est pourquoi enfin je n’ai pas brigué de sacerdoce alors que, comme tu le penses, à mon avis, je pouvais l’obtenir sans grande difficulté. Cependant, après avoir essuyé l’injustice dont toi, tu fais un désastre pour la république – pour moi, loin d’en faire un désastre, tu vas jusqu’à en faire un titre de gloire – j’ai souhaité que les jugements les plus honorables possibles du sénat et du peuple romain portés sur mon compte viennent me protéger. C’est pourquoi, par la suite, j’ai voulu être nommé augure, ce qu’auparavant j’avais négligé, et cet honneur, qui, d’ordinaire, est accordé par le sénat pour des exploits guerriers, après l’avoir négligé autrefois, je crois à présent devoir le rechercher.

Session 2014

Thème latin

Rousseau, Correspondance

Corrigé proposé par le jury

Regis apud Lastigos comiti Iohannes Iacobus Rufus (1) salutem dat.

Tibi quanquam uidelicet, domine, ignobilis eram, id tamen certum habebam (2) has litteras a te aegre ferri nequire, quae nihil ad te traderent nisi facinoris cuiusdam patrati excusationem, cum pecunia. Modo enim Clericam puellam audiui (3) aniculae cuidam, Vauassae nomine, eidemque tam pauperi ut apud me domi maneret, e Blesensibus sportulam misisse quamdam ; qua in sportula butyro plenum inter alia uasculum positum esse, uiginti pondo ; quibus omnibus deinde in culinam, nescio quo pacto, aduectis tuam, hanc bonam anum tam simpliciter tecum egisse ut filiam suam statim, re modo cognita, cum litteris ad id tibi certius faciendum scriptis misisset, quae uel butyrum ipsum uel pretium saltem eius a te repeteret ; quibus auditis, te et uxorem tuam, cum a uobis, ut mos est, multum anus mulier ista derisa esset, nihil respondisse aliud nisi ut a seruis tuis ui foras pulsa esset. Cui mulieri maerenti cum solaciam praebere studuissem, et procerum usum et hominum politissimo cultu mores demonstrauissem (4), eamque docuissem famulos haud magno fore usui nisi saltem pauperes domo exigerent qui a dominis repetere sua ausi essent, dum denique ostendo quam rustica sint illa uerba fidei pietatisque, huic miserae tandem ita persuasi eam scilicet satis superque (5) honoratam se sibi habendam, quippe cuius butyrum edere inter regis comites unus dignatus esset, ut hoc a me petierit, domine, ut gratias uellem suas agere tibi, utpote qui honorem tantum sibi praebuisses, et item ad te referrem quantum tibi oneri fuisse se paeniteret, quantumue butyrum aueret suum tibi suavem gustu fuisse cibum. Quod si quid pro sportula missa et e cursoribus accepta pependisses, eius etiam detrimenti se uelle extemplo pretium tibi reddi, ut aequum est. De quibus nihil exspecto ad huius consilium perficiendum nisi iussa tua, et hoc tantum oro ut fas tibi uideatur quod optare audeo ut ualeas.

(1) ou Rufulus.
(2) Pour employer un imparfait épistolaire, qui n’a certes rien d’obligatoire.
(3) ou audiueram.
(4) ou procerum usu hominumque politissimo cultu moribus demonstrandis
(5) « assez, et même trop », pour remployer un tour cicéronien.

Version latine

Pline le Jeune,
Lettres, VII, 9, 1-12

Corrigé proposé par le jury

Caius Plinius salue son cher Fuscus

Tu demandes à quelles études, selon moi, tu dois consacrer la retraite dont tu jouis depuis longtemps déjà. Voici ce qui est utile au premier chef, et nombreux sont ceux qui le recommandent : traduire du grec en latin ou du latin en grec. Ce genre d’exercice permet d’acquérir de l’exactitude et de l’éclat dans l’emploi des mots, des figures en grand nombre, de la vigueur pour développer et, de surcroît, en imitant les meilleurs, on apprend à faire preuve d’une inventivité semblable à la leur. Dans le même temps, ce que le lecteur aurait pu manquer ne peut échapper au traducteur. On y affûte son intelligence et son jugement. Cela ne saurait te nuire en rien, quand tu n’as lu des textes que pour en retenir le thème et l’argumentation, de les réécrire avec émulation, de comparer le résultat avec ce que tu as lu et de peser scrupuleusement en quoi tu as été le meilleur et en quoi c’est ton modèle qui te surpasse. Tu en tireras une grande fierté si c’est toi à quelques endroits et un grand sentiment de honte si c’est lui qui est partout le meilleur. Tu pourras également, de temps en temps, choisir les ouvrages les plus réputés et rivaliser avec ceux que tu as choisis. C’est certes osé de rivaliser avec eux, quoique en rien impudent, car cela reste un secret ; du reste nous constatons que beaucoup se sont tirés avec les honneurs de pareilles joutes et ceux qu’ils se contentaient de suivre, en refusant de perdre espoir, ils les ont dépassés. Tu pourras aussi retravailler tes discours, une fois que l’oubli aura fait son œuvre : en retenir beaucoup d’éléments, en omettre plus encore, introduire de nouveaux passages, en réécrire d’autres. C’est un travail de longue haleine et très ennuyeux, mais fécond par sa difficulté même, que de retrouver intacte sa première ardeur et de retrouver son élan, après qu’il a été brisé et perdu, et enfin de réarticuler des membres en quelque sorte nouveaux sur un corps achevé sans pourtant venir troubler les anciens.

Je sais qu’aujourd’hui tu te consacres tout spécialement à l’art oratoire ; mais je ne saurais pour autant te conseiller uniquement ce style agressif et en quelque sorte belliqueux. En effet, comme on renouvelle la culture des terres grâce à des semences variées et inédites, il en va de même pour nos talents si l’on varie les exercices. Je veux que parfois tu t’empares d’un sujet tiré de l’histoire, je veux que tu composes une épître avec un soin tout particulier. En effet, souvent, dans un discours aussi se fait sentir la nécessité de descriptions inspirées non seulement des historiens mais je dirais presque des poètes et c’est dans la correspondance que l’on peut acquérir un style concis et épuré. Il est également permis de se détendre en composant un poème, je ne dis pas continu et long (car on ne peut en venir à bout que dans le calme), mais du genre de ceux qui, subtils et brefs, sont propres à entrecouper les affaires et les soucis, si grands qu’ils soient. On les nomme « divertissements » mais ces divertissements obtiennent parfois une gloire qui n’est en rien inférieure à celle qui va aux ouvrages sérieux. Et, bien plus (pourquoi en effet ne pas t’appeler aux vers par des vers ?)

Comme la cire reçoit nos éloges chaque fois que, souple, elle s’abandonne,
     Obéit aux doigts experts et accomplit l’œuvre qu’on lui a commandée
Et tantôt figure Mars ou la chaste Minerve,
     Tantôt représente Vénus, et tantôt son fils ;
Et comme les sources sacrées n’éteignent pas seulement les flammes,
     Mais réjouissent aussi les fleurs et les prés printaniers,
Ainsi en est-il de l’esprit des hommes qui, par des arts sans raideur,
     Doit être infléchi et conduit avec une savante souplesse.

C’est pourquoi les plus grands orateurs, et même les plus grands hommes faisaient ainsi ces exercices et leurs délices, ou plutôt leurs délices et ces exercices.

Session 2015

Thème latin

Ronsard, Hymnes

Corrigé proposé par le jury

Cur mors collaudanda sit

Quam gratum hoc nobis uideatur si iam mortui simus existimemusque nos nihil esse nisi et argillam agitatam et uiuam umbram et materiam dolori, miseriis incommodisque subiectam ; immo nos cetera animalia malis miserabilibus (rem miseram dictu !) superare. Qua de causa ipsa, nos cum foliis quae hieme ex arboribus decidunt comparat Homerus quod tam imbecilli sumus et tam miseram uitam cottidie agimus dum nullo tempore intermisso sescenta mala suscipimus quasi e mole leui atque debili ficti. Itaque ualde miror cur Achilles in inferis dixerit se longius malle miserum esse famulum ac solis lumine frui quam regem mortuorum. Qui, hoc quidem concedendum est, iram aduersus Agamemnonem amiserat nec Briseidis iam meminerat nec iam Patroclum carissimum suum diligebat, cum isti saepissime, dum uiuit, ei ira moto studium moriendi praebuissent. Quod si audiuisset unum e Sapientibus cum diceret homines, dum aetatem agerent, nihil esse nisi animos semper inconstantes ac mutabiles, tempore oppressos ac Fortuna iactatos, noluisset apud mortales iterum ita renasci ut famulus uel etiam maximus rex fieret.

Version latine

Salluste, 
La Guerre de Jugurtha, XVI, 18-XV, 3

Corrigé proposé par le jury

Enfin, Massinissa nous a élevés, Pères Conscrits, de telle sorte que nous n’entretenions nulle amitié, si ce n’est avec le peuple romain et que nous n’acceptions ni alliances ni traités nouveaux ; nous trouverions des secours bien assez grands dans votre amitié ; si la chance venait à tourner pour votre empire, il faudrait vous suivre dans la mort. Grâce à votre valeur et au bon vouloir des dieux, vous êtes puissants et prospères ; tout vous sourit et vous obéit : il vous est donc d’autant plus aisément loisible de remédier aux injustices dont sont victimes vos alliés.

Je ne crains qu’une seule chose : que certains ne soient égarés par les relations personnelles d’amitié, restées superficielles, qui les unissent à Jugurtha. En effet, ce sont eux, je l’entends dire moi-même, qui mettent tout leur pouvoir dans la balance, qui circonviennent, qui harcèlent chacun d’entre vous pour que vous vous absteniez de toute décision, en l’absence de celui-ci et sans avoir pris connaissance de sa cause ; selon eux, c’est moi qui fabule et qui simule un exil, alors qu’il m’était permis de rester dans le royaume. Or cet individu, puissè-je le voir, lui dont le forfait impie m’a jeté dans les souffrances qui sont les miennes, simuler les mêmes épreuves ; puissent aussi, un jour, vos cœurs et ceux des dieux immortels se soucier des affaires humaines : assurément cet individu, aujourd’hui enhardi et devenu célèbre par ses crimes, serait tourmenté par mille maux et subirait le lourd châtiment de son manque de respect envers notre père, du meurtre de mon frère et des misères qu’il me fait endurer. Actuellement, frère si cher à mon cœur, quoique la vie t’ait été arrachée bien avant le temps et par la dernière personne qui aurait dû le faire, il faut pourtant, selon moi, te réjouir de ton malheur plutôt que de t’en affliger. En effet, ce n’est pas un royaume, mais la condition de fugitif, d’exilé, d’indigent et tous les tourments qui m’accablent que tu as perdus en même temps que la vie. Moi, en revanche, infortuné, précipité du royaume de mon père dans de si grands malheurs, j’offre le spectacle des vicissitudes humaines, puisque j’ignore ce que je dois faire, si je dois venger les injustices commises à ton encontre, quand je suis moi-même privé de secours ou si je dois veiller sur mon trône, alors que c’est du pouvoir d’autrui que dépend l’éventualité de ma vie et de ma mort. Plût aux dieux que la mort pût constituer une issue honorable aux malheurs qui me frappent, que je ne parusse pas mériter à bon droit qu’on me méprisât, pour le cas où, harassé par mes maux, j’aurais cédé devant l’injustice ! En réalité je n’ai nul goût à la vie ni possibilité de mourir sans infamie.

Pères Conscrits, je vous en conjure, en votre nom, en celui de vos enfants et de vos pères, au nom de la majesté du peuple romain, venez à mon secours, infortuné que je suis, barrez la route à l’injustice, ne souffrez pas que le royaume de Numidie, qui est le vôtre, se corrompe dans le crime et le sang répandu par notre famille. »

Après que le roi eut fini de parler, les envoyés de Jugurtha, confiants dans leurs largesses plus que dans la justesse de leur cause, firent une réponse brève : Hiempsal avait été tué par les Numides, par suite de sa cruauté, alors qu’Adherbal déclenchait la guerre de son propre mouvement, après avoir été vaincu, il se plaignait de ce qu’il n’avait pu commettre d’injustice ; Jugurtha demandait aux sénateurs de ne pas le croire différent de celui qu’ils avaient connu à Numance et de ne pas préférer à ce qu’il avait accompli les paroles d’un ennemi personnel. Ensuite, les deux camps sortent de la curie. Aussitôt on consulte le sénat. Les partisans des envoyés, puis une grand partie du sénat, corrompue par des faveurs, tenaient les propos d’Adherbal pour négligeables et portaient aux nues, au contraire, la valeur de Jugurtha ; ils usaient de leur crédit, de leur parole et enfin de tous les moyens possibles pour défendre le crime et l’ignominie d’un autre comme s’il s’agissait de défendre leur propre gloire. Mais quelques-uns, en revanche, auxquels le bien et le juste tenaient plus à cœur que les richesses, pensaient qu’il fallait secourir Adherbal et tirer une sévère vengeance de la mort de Hiempsal.

Session 2016

Thème latin

Perrault, Contes, « La Barbe bleue »

Corrigé proposé par le jury

Fuit olim uir quidam cui fuerunt pulchrae domus et in urbe et ruri, aureum et argenteum uas, supellex eodem textili ornata, perfecteque auratae raedae ; at, accidit ut illi uiro fuerit caerula barba ; qua e re, tam deformis et tam terribilis fuit, ut non esset nec femina nec puella quae non fugeret ab eo. Quaedam uero ex eius uicinis, optima matrona, habebat duas filias pulcherrimas. Ille autem ex ea petiuit ut alteram in matrimonium daret, et ei optionem eligendi dedit utram uellet sibi dare. Sed ambae nolebant ei nubere et altera ad alteram eum remittebat, quae non possent animum inducere ut nuberent uiro cui esset caerulea barba. Quas etiam taedebat huius rei, ut ille multas puellas uxores iam duxisset neque quisquam sciret quid de illis feminis factum esset. Caeruleobarbus igitur, quo melius se nouerint, eas duxit cum matre et tribus uel quattuor earum amicissimis puellis et aliquot adulescentibus e uicinia, in aliquam ex uillis ubi manserunt octo dies. Nihil autem agebant nisi ambulabant, uenabantur et piscabantur, saltabant et magnifice cenabant, omnibus temporibus gustabant : Nemo enim dormiebat et omnes agebant totas noctes in secum cauillando ; itaque, res tam prospere se habuit ut filia minor natu paulatim coeperit existimare domino non esse barbam tam caeruleam et illum esse optimum uirum. Vbi igitur primum in urbem reditum est, matrimonium factum est.

Version latine

Stace, 
Thébaïde, I, v. 401-446

Corrigé proposé par le jury

Or voici que, contraint par le destin d’abandonner l’antique Calydon, Tydée d’Olène – le remords horrible d’avoir répandu le sang fraternel le chasse loin de chez lui – parcourt les mêmes landes sous la nuit propice au sommeil ; il endure péniblement les mêmes bourrasques et les mêmes averses et, alors qu’il sent l’eau glacée lui couler dans le dos, qu’il sent son visage et ses cheveux ruisseler de pluie, il s’approche de l’unique abri, que s’était déjà approprié en partie un précédent occupant, étendu sur le sol glacé. Or c’est ici que le hasard suscita chez tous deux en même temps une rage sanguinaire : comme ils ne supportent pas d’écarter les dangers de la nuit en partageant le même toit, ils temporisent un peu en alternant paroles et menaces ; puis dès que leur courroux se fut suffisamment enflé des propos qu’ils se sont jetés à la face, tous deux se dressent, dénudent leurs épaules et, dans leur nudité, engagent le combat. Le premier, aux jambes plus longues, aux membres élancés, est dans la fleur de l’âge ; mais son courage anime Tydée, au demeurant nullement inférieur par ses forces, et une vaillance plus grande, répandue dans tous ses membres, dominait ce corps plus court. Acharnés maintenant, ils font pleuvoir et redoublent les coups partout sur leurs visages et au creux de leurs tempes, comme des flèches ou de la grêle sur les monts Riphées et, le genou plié, ils assènent des coups sur leurs flancs nus. C’est en tout point pareil à ce qui se passe quand le Tonnant de Pise voit, dans la cinquième année, revenir les fêtes qui lui sont consacrées et que le sable s’embrase de l’âpre sueur versée par les hommes ; mais là les encouragements contradictoires du public galvanisent les jeunes éphèbes, et les mères, tenues à l’écart, attendent des trophées : ainsi, stimulés par leur haine, sans qu’aucun désir de gloire ne les enflamme, ils fondent l’un sur l’autre, l’ongle de leur main fouaille jusqu’au fond de leur visage et s’y enfonce profondément, repoussant les yeux dans leurs orbites. Peut-être seraient-ils allés jusqu’à dégainer les épées qu’ils avaient attachées au côté – la fureur les y poussait – et, ce qui aurait mieux valu, jeune homme de Thèbes, tu serais resté au sol, tué par des armes ennemies, et ton frère aurait eu à te pleurer, si le roi, étonné́ par ces cris inhabituels et ces gémissements aigus, tirés du fond de la poitrine, poussés au milieu des ombres de la nuit, ne s’était pas déplacé, lui dont la vieillesse sage, au sommeil désormais moins bon, demeurait en alerte sous le lourd poids des soucis. Quand celui-ci, qui s’avance avec des flambeaux en grand nombre par les hautes salles, après avoir ouvert les battants, aperçoit, sur le seuil devant lui, vision terrible à dépeindre, des faces lacérées et des joues souillées par des ruisseaux de sang, [il s’écrie] : « Quelle est la cause de votre fureur, jeunes étrangers ? Car aucun de mes concitoyens n’oserait pareille violence ; quelle est cette ardeur implacable à troubler par vos déchaînements de haine les silences tranquilles de la nuit ? Le jour est-il trop bref et est-il si pénible d’accorder, ne serait- ce que momentanément, trêve et sommeil à l’esprit ? Mais révélez-moi enfin de quelle cité vous êtes issus, où vous conduit votre route, quelle est votre querelle. Car un courroux si grand m’apprend que vous n’êtes pas d’une humble condition et le sang répandu m’apparaît un indice incontestable et éclatant d’une naissance altière.

Session 2020

Rapport du jury 2020

Composition française

« Est-ce une autobiographie ? Est-ce une hagiographie ? Est-ce un feuilleton populaire ? Cendrars brouille les pistes et produit une autobiographie qui ne s’affirme jamais complètement comme telle. Le texte revendique une réception malaisée et subtilise au lecteur les indices formels qui lui permettent ordinairement de se saisir du sens. C’est en amant du secret des choses que Cendrars conduit son lecteur sur des pistes multiples et enchevêtrées, qui ne cessent de le surprendre et de le dérouter. » (Laurence Guyon, Cendrars en énigme. Modèles mystiques, écritures poétiques, Paris, Honoré Champion, 2007, p. 143)

Ce jugement se trouve-t-il confirmé par votre lecture de L’Homme foudroyé ?

Thème latin

Dans Florence jadis vivait un médecin,
Savant hâbleur, dit-on, et célèbre assassin.
Lui seul y fit longtemps la publique misère :
Là le fils orphelin lui redemande un père ;
Ici le frère pleure un frère empoisonné.
L’un meurt vide de sang, l’autre plein de séné ;
Le rhume à son aspect se change en pleurésie,
Et par lui la migraine est bientôt frénésie.
Il quitte enfin la ville, en tous lieux détesté.
De tous ses amis morts un seul ami resté
Le mène en sa maison de superbe structure :
C’était un riche abbé, fou de l’architecture.
Le médecin d’abord semble né dans cet art,
Déjà de bâtiments parle comme Mansart :
D’un salon qu’on élève il condamne la face ;
Au vestibule obscur il marque une autre place,
Approuve l’escalier tourné d’autre façon.
Son ami le conçoit, et mande son maçon.
Le maçon vient, écoute, approuve et se corrige.
Enfin pour abréger un si plaisant prodige,
Notre assassin renonce à son art inhumain ;
Et désormais, la règle et l’équerre à la main,
Laissant de Galien la science suspecte,
De méchant médecin devient bon architecte.
Son exemple est pour nous un précepte excellent.
Soyez plutôt maçon, si c’est votre talent,
Ouvrier estimé dans un art nécessaire,
Qu’écrivain du commun et poète vulgaire.
Il est dans tout autre art des degrés différents,
On peut avec honneur remplir les seconds rangs ;
Mais dans l’art dangereux de rimer et d’écrire,
Il n’est point de degrés du médiocre au pire.

Nicolas Boileau (1636-1711), 
Art Poétique (1674), IV, v. 1-32
(32 vers – 257 mots)

Corrigé proposé par le jury

Florentiae quondam uiuebat medicus quidam qui dicebatur esse homo loquacissimus et clarus interfector. Solus enim diu ciuibus suis exitio fuit : illic enim orbus filius ex eo repetit patrem, hic frater flet fratrem ueneficio interfectum. Namque alter mortuus est sanguine hausto, alter plenus casiae ; ac grauedo, ubi primum is aduenit, euadit dolor lateris et, eius opera, capitis dolor fit mox furor. Et tandem relinquit urbem, quippe qui omnibus odio sit. Cuius ex omnibus amicis unus remanet uiuus qui eum ducit in domum suam mirifice aedificatam. Fuit enim ille diues abbas, in architectura cupidissimus. Medicus autem, qui statim uidetur ad hanc artem natus esse, iam de aedificiis ut Mansartius loquitur. Itaque quomodo oecus aedificetur compareturque reprehendit, iubet caecas fauces alio loco constitui probatque scalas aliter dispositas. Cuius amicus haec concipit et arcessit structorem suum. Structor igitur uenit, eum audit, approbat consiliumque mutat. At denique, ne plura dicamus de tam iucundo prodigio, interfector de quo dicimus desinit suam sceleratam artem. Qui iam, dum relinquit suspiciosam Galeni scientiam, regula et norma in manus sumpta, ex malo medico bonus architectus fit. Cuius exemplum nobis egregium praeceptum est. Age uero, es structor, si ingenium tuum in hac re est, probatus opifex quidam in necessaria arte uersatus, potius quam popularis scriptor et uulgaris poeta. Sunt enim in ceteris artibus uarii gradus, quorum possumus honeste tenere secundum locum. At, in periculosa uersuum faciendorum et componendi arte, non sunt gradus inter mediocrem et pessimum.

Thème grec

LE VIEUX ROI DE BABYLONE, BÉLUS, DEMANDE CONSEIL À SES MINISTRES
POUR LE MARIAGE DE SA FILLE (1)

« Je suis vieux, je ne sais plus que faire, ni à qui donner ma fille. Celui qui la méritait n’est qu’un vil berger. Le roi des Indes et celui d’Égypte sont des poltrons ; le roi des Scythes me conviendrait assez, mais il n’a rempli aucune des conditions imposées. Je vais encore consulter l’oracle. En attendant, délibérez, et nous conclurons suivant ce que l’oracle aura dit ; car un roi ne doit se conduire que par l’ordre exprès des dieux immortels. »

Alors il va dans sa chapelle ; l’oracle lui répond en peu de mots suivant sa coutume : « Ta fille ne sera mariée que quand elle aura couru le monde. » Bélus, étonné, revient au conseil et rapporte cette réponse.

Tous les ministres avaient un profond respect pour les oracles ; tous convenaient ou feignaient de convenir qu’ils étaient le fondement de la religion ; que la raison doit se taire devant eux ; que c’est par eux que les rois règnent sur les peuples, et les mages sur les rois ; que sans les oracles il n’y aurait ni vertu ni repos sur la terre. Enfin, après avoir témoigné la plus profonde vénération pour eux, presque tous conclurent que celui-ci était impertinent, qu’il ne fallait pas lui obéir ; que rien n’était plus indécent pour une fille, et surtout pour celle du grand roi de Babylone, que d’aller courir sans savoir où ; […] qu’en un mot cet oracle n’avait pas le sens commun.

Jean-Marie Arouet, dit Voltaire (1694-1778),
La Princesse de Babylone (1768)
(251 mots)

(1) Ne pas traduire le titre.

Corrigé proposé par le jury

« Γηραιὸς ὢν, ἔφη, οὐκέτ’ ἔχω ὅ τι πράξω οὐδ’ ὅτῳ τὴν θυγατέρα ἐκδῶμαι. Ὁ μὲν γὰρ αὐτῆς ἄξιος ὢν οὐδεὶς ἄλλος ἢ ἀγεννὴς ποιμήν ἐστιν. Ὁ δὲ τῶν Ἰνδῶν βασιλεὺς καὶ ὁ τῶν Αἰγυπτίων δειλοὶ τυγχάνουσιν ὄντες· ὁ δὲ τῶν Σκυθῶν ἐπιεικῶς ἀρέσκοι ἄν μοι, ὅμως δ’ οὐδὲν τῶν προσταχθέντων ἐξεπλήρωσε. Πάλιν οὖν αὖθις χρήσομαι τῷ μαντείῳ. Ὑμῶν δὲ μεταξὺ βουλευσαμένων διαγνωσόμεθα [Ἐν δὲ τῷ μεταξὺ βουλεύσασθε καὶ διαγνωσόμεθα] καθ’ ἃ ἂν ὁ θεὸς εἴπῃ [κατὰ τὰ ὑπὸ τοῦ θεοῦ ῥηθέντα]· βασιλέα γὰρ δεῖ πάντα πρᾶξαι οὐδενὶ ἄλλῳ πειθόμενον ἢ τοῖς ὑπὸ τῶν ἀθανάτων θεῶν σαφέστατα κελευομένοις. »

Τότε δὲ πρὸς τοῦτον εἰς τὸ ἑαυτοῦ ἱερὸν ἐλθόντα ἀναιρεῖ ὁ θεὸς διὰ βραχέων ὥσπερ εἴωθε· « Ἡ θυγάτηρ σου, ἔφη, οὐ πρότερον γαμεῖται πρὶν ἂν ἀποδημήσασα διὰ τῆς γῆς πορεύηται. » Ἐκπεπληγμένος δ’ ὁ Βῆλος ἐπὶ τὴν βουλὴν ἐπανέρχεται ἀπαγγελῶν τοῦτον τὸν χρησμόν.

Πάντες δ’ οἱ βουλευταὶ πολὺ ᾐδοῦντο τοὺς χρησμούς· πάντες δ’ ὡμολόγουν ἢ προσεποιοῦντο ὁμολογῆσαι αὐτοὺς μὲν κρηπῖδας εἶναι τῆς περὶ τοὺς θεοὺς θεραπείας· διανοηθῆναι δὲ περὶ αὐτοὺς οὐ προσήκειν· διὰ δ’ αὐτοὺς τοὺς μὲν βασιλέας τῶν δήμων ἄρχειν, τοὺς δὲ μάγους τῶν βασιλέων· τῶν δὲ χρησμῶν μὴ ὄντων οὔτ’ ἀρετὴν οὐθ’ ἡσυχίαν παρὰ πᾶσιν ἀνθρώποις ἂν ὑπάρχειν. Τέλος δέ, καίπερ μάλιστα σεβόμενοι αὐτοὺς, σχεδὸν πάντες ἐλογίσαντο τοῦτον μὲν ἄλογον εἶναι, πιθέσθαι [πείθεσθαι] δ’ αὐτῷ οὐ δεῖν· οὐδ’ ἀπρεπέστερον οὐδὲν εἶναι παρθένῳ τινί, μάλιστα δὲ τῇ τοῦ μεγάλου βασιλέως τῶν Βαβυλωνίων θυγατρί, ἢ ἀποδημησάσῃ πορεύεσθαι μὴ εἰδυίᾳ ὅποι ἔλθοι· οὐδὲ συνελόντι φρονίμως ἔχειν τοῦτον τὸν χρησμόν.

Version latine

RÉACTION DE PHILIPPE V À L’ANNONCE DU DÉSASTRE
SUBI PAR CHALCIS, VILLE ALLIÉE DE LA MACÉDOINE

Demetriade tum Philippus erat. Quo cum esset nuntiata clades sociae urbis, quamquam serum auxilium perditis rebus erat, tamen, quae proxima auxilio est, ultionem petens, cum expeditis quinque milibus peditum et trecentis equitibus extemplo profectus cursu prope Chalcidem contendit, haudquaquam dubius opprimi Romanos posse. A qua destitutus spe nec quicquam aliud quam ad deforme spectaculum semirutae ac fumantis sociae urbis cum uenisset, paucis uix qui sepelirent bello absumptos relictis aeque raptim ac uenerat transgressus ponte Euripum per Boeotiam Athenas ducit, pari incepto haud disparem euentum ratus responsurum. Et respondisset, ni speculator – hemerodromos uocant Graeci, ingens die uno cursu emetientes spatium – contemplatus regium agmen ex specula quadam, praegressus nocte media Athenas peruenisset. Idem ibi somnus eademque neglegentia erat quae Chalcidem dies ante paucos prodiderat. Excitati nuntio trepido et praetor Atheniensium et Dioxippus, praefectus cohortis mercede militantium auxiliorum, conuocatis in forum militibus tuba signum ex arce dari iubent, ut hostes adesse omnes scirent. Ita undique ad portas, ad muros discurrunt. Paucas post horas Philippus, aliquanto tamen ante lucem, adpropinquans urbi, conspectis luminibus crebris et fremitu hominum trepidantium, ut in tali tumultu, exaudito sustinuit signa et considere ac conquiescere agmen iussit, ui aperta propalam usurus quando parum dolus profuerat. Ab Dipylo accessit. Porta ea, uelut in ore urbis posita, maior aliquanto patentiorque quam ceterae est, et intra eam extraque latae uiae sunt, ut et oppidani derigere aciem a foro ad portam possent et extra limes mille ferme passus longus, in Academiae gymnasium ferens, pediti equitique hostium liberum spatium praeberet. Eo limite Athenienses cum Attali praesidio et cohorte Dioxippi acie intra portam instructa signa extulerunt. Quod ubi Philippus uidit, habere se hostes in potestate ratus et diu optata caede – neque enim ulli Graecarum ciuitatium infestior erat – iram expleturum, cohortatus milites ut se intuentes pugnarent scirentque ibi signa, ibi aciem esse debere ubi rex esset, concitat in hostes equum non ira tantum sed etiam gloria elatusquod ingenti turba completis etiam ad spectaculum muris conspici se pugnantem egregium ducebat.

Tite Live,
Histoire romaine, XXXI, 3, 24,
(323 mots)

Corrigé proposé par le jury

Philippe était alors à Démétrias. C’est pourquoi, alors qu’avait été annoncé le désastre subi par la ville alliée, bien qu’il fût trop tard pour lui porter secours – la situation était désespérée – néanmoins, poursuivant un but très proche du secours, la vengeance, prenant avec lui cinq mille hommes d’infanterie légère et trois cents cavaliers, il partit sur-le-champ presque au pas de course pour atteindre Chalcis, sans le moindre doute sur le fait que les Romains pussent être écrasés. Mais déçu dans cet espoir et n’étant venu que pour être confronté à l’affreux spectacle d’une ville alliée à demi ruinée et partant en fumée, après y avoir laissé juste quelques hommes pour ensevelir ceux qui avaient été massacrés au combat, aussi précipitamment qu’il était venu, il prit le pont pour franchir l’Euripe puis il marche sur Athènes en passant par la Béotie, dans l’idée qu’à une entreprise semblable répondrait un succès qui ne serait pas dissemblable. Et il y eût répondu, si un observateur – un hemerodromos, comme les Grecs appellent ces hommes qui parcourent une distance immense en un seul jour au pas de course – n’avait porté son attention, depuis un certain poste d’observation, sur la marche de la colonne royale et ne l’avait devancé en parvenant à Athènes en pleine nuit. Là régnaient le même sommeil et la même insouciance que ceux qui avaient livré Chalcis quelques jours plus tôt. Réveillés par le messager tout agité, le préteur des Athéniens ainsi que Dioxippe, à la tête d’une cohorte de troupes auxiliaires constituée de mercenaires, une fois les soldats rassemblés sur le forum, ordonnent qu’au son de la trompette soit donné un signal depuis la forteresse, afin que tous sachent que les ennemis étaient là. Dès lors, de toutes parts on accourt aux portes, aux remparts. Quelques heures plus tard, mais néanmoins sensiblement avant le lever du jour, Philippe, qui s’approchait de la ville, après avoir observé de nombreux flambeaux et prêté l’oreille au fracas de gens qui s’agitaient, comme cela advient en pareil tumulte, fit une halte et ordonna à la colonne de s’arrêter et de se reposer ; il avait l’intention de faire ouvertement usage d’une force manifeste, puisque la ruse n’avait pas été assez profitable. Il lança les hostilités du côté de la porte Dipyle. Cette porte, placée comme à l’entrée de la ville, est sensiblement plus grande et plus praticable que toutes les autres, et à l’intérieur comme à l’extérieur se trouvent de larges voies, de sorte que les habitants pouvaient ranger leur armée en ligne de bataille depuis le forum jusqu’à la porte, tandis qu’à l’extérieur une route longue de mille pas environ, conduisant au gymnase de l’Académie, offrait un espace libre à l’infanterie et à la cavalerie des ennemis. Sur cette route, les Athéniens, avec la garnison d’Attale et la cohorte de Dioxippe, formèrent leur ligne de bataille à l’intérieur de la porte puis sortirent pour attaquer. Or, lorsque Philippe vit ce mouvement, dans l’idée qu’il tenait ses ennemis en son pouvoir et qu’il était à deux doigts d’assouvir sa colère en un massacre depuis longtemps souhaité – et, de fait, il n’était pas une cité grecque à qui il fût plus hostile –, il exhorta ses soldats : qu’ils combattent les yeux fixés sur lui et qu’ils sachent que les enseignes, que la ligne de bataille devaient être où le roi serait ; puis il lance son cheval sur les ennemis, emporté non seulement par la colère, mais encore par le désir de gloire : être observé en train de combattre, une foule immense amassée sur les remparts pour assister aussi au spectacle, était à ses yeux un insigne honneur.

Session 2021

Rapport du jury 2021

Composition française

« Il [Boileau] joue avec talent de l’ambiguïté entre le jugement moral et le jugement de goût, entre l’exigence éthique qui tend à l’universel et l’évaluation esthétique qui, elle, apparaît beaucoup plus problématique. Boileau voudrait donner à ses jugements de goût la même autorité et la même universalité que des jugements moraux. » (Pascal Debailly, « Le droit à la satire chez les poètes », article paru dans les actes du colloque Morales du poème à l’âge classique, Paris, Classiques Garnier, 2019, p. 36).

Ce jugement se trouve-t-il confirmé par votre lecture des Satires et de l’Art poétique de Boileau ?

Thème latin

UNE BIEN ÉTRANGE MESSE (1)

On était déjà assemblé lorsque j’entrai avec mon conducteur. Il y avait environ quatre cents hommes dans l’église et trois cents femmes : les femmes se cachaient le visage avec leur éventail, les hommes étaient couverts de leurs larges chapeaux ; tous étaient assis, tous dans un profond silence. Je passai au milieu d’eux sans qu’un seul levât les yeux sur moi. Ce silence dura un quart d’heure. Enfin un d’eux se leva, ôta son chapeau et, après quelques grimaces et quelques soupirs, débita moitié avec la bouche, moitié avec le nez, un galimatias tiré de l’Évangile, à ce qu’il croyait, où ni lui ni personne n’entendait rien. Quand ce faiseur de contorsions eut fini son beau monologue et que l’assemblée se fut séparée tout édifiée et toute stupide, je demandai à mon homme pourquoi les plus sages d’entre eux souffraient de pareilles sottises. « Nous sommes obligés de les tolérer, me dit-il, parce que nous ne pouvons pas savoir si un homme qui se lève pour parler sera inspiré par l’esprit ou par la folie ; dans le doute, nous écoutons tout patiemment, nous permettons même aux femmes de parler. Deux ou trois de nos dévotes se trouvent souvent inspirées à la fois et c’est alors qu’il se fait un beau bruit dans la maison du Seigneur ! — Vous n’avez donc point de prêtres ? lui dis-je. — Non, mon ami, dit le quaker (2), et nous nous en trouvons bien ».

François-Marie Arouet, dit Voltaire (1694-1778),
Lettres philosophiques, Seconde Lettre, « Sur les Quakers »
(255 mots)

(1) Ne pas traduire le titre.
(2) quaker : traduire minister.

Corrigé proposé par le jury

Tum erat iam conuentum cum ingressus eo sum una cum duce meo. Quo in templo, prope quadringenti uiri ac trecentae mulieres inerant, quorum hae flabellis suis uultus suos abscondebant, illi latis petasis capita sua operuerant, omnesque sedebant, omnes admodum taciti. Tum, me ita inter eos progresso ut nemo eorum ad me oculos suos sustulerit, postquam haud breue tempus siluerunt, postremo unus eorum de sella surgens, petaso sublato, ore torto, haud sine suspiriis, partim ex ore, partim ex naribus confuse quaedam uerba recitauit quae sibi ex Euangelio excerpsisse uidebatur, neque ipse neque ullus quicquam intelligebat. At simul atque ille contortae orationis inuentor illius splendentis secum sermonis finem fecerat, omnesque a contione abierant perdocti atque omnino stupentes, meum comitem rogaui cur sapientissimi eorum talia ferrent. « Nobis, inquit, ideo haec sunt ferenda quod scire non possumus utrum futurum sit ut quisquam surgens ad loquendum spiritu infletur an furore inflammetur ; itaque dubitantes, patienter omnia audimus et mulieres ipsas sinimus loqui. Atque cum saepe accidat ut duae uel tres nostrarum piarum comitum simul inflentur, tum quantus in Domini aede fit tumultus ! » « Nonne uobis, aio, ulli sunt sacerdotes ? » « Minime, amice, ait minister, sed hoc bene nobis euenit. »

Thème grec

OCTAVE – Ah ! fâcheuses nouvelles pour un coeur amoureux ! Dures extrémités où je me vois réduit ! Tu viens, Silvestre, d’apprendre au port que mon père revient ?
SILVESTRE – Oui.
OCTAVE – Qu’il arrive ce matin même ?
SILVESTRE – Ce matin même.
OCTAVE – Et qu’il revient dans la résolution de me marier ?
SILVESTRE – Oui.
OCTAVE – Avec une fille du seigneur Géronte ?
SILVESTRE – Du seigneur Géronte.
OCTAVE – Et que cette fille est mandée de Tarente ici pour cela ?
SILVESTRE – Oui.
OCTAVE – Et tu tiens ces nouvelles de mon oncle ?
SILVESTRE – De votre oncle.
OCTAVE – À qui mon père les a mandées par une lettre ?
SILVESTRE – Par une lettre.
OCTAVE – Et cet oncle, dis-tu, sait toutes nos affaires.
SILVESTRE – Toutes nos affaires.
OCTAVE – Ah ! parle, si tu veux, et ne te fais point, de la sorte, arracher les mots de la bouche.
SILVESTRE – Qu’ai-je à parler davantage ? Vous n’oubliez aucune circonstance, et vous dites les choses tout justement comme elles sont.
OCTAVE – Conseille-moi, du moins, et me dis ce que je dois faire dans ces cruelles conjonctures.
SILVESTRE – Ma foi, je m’y trouve autant embarrassé que vous, et j’aurais bon besoin que l’on me conseillât moi-même.
OCTAVE – Je suis assassiné par ce maudit retour.
SILVESTRE – Je ne le suis pas moins.
OCTAVE – Lorsque mon père apprendra les choses, je vais voir fondre sur moi un orage soudain d’impétueuses réprimandes.
SILVESTRE – Les réprimandes ne sont rien, et plût au Ciel que j’en fusse quitte à ce prix ! Mais, j’ai bien la mine, pour moi, de payer plus cher vos folies, et je vois se former de loin un nuage de coups de bâton qui crèvera sur mes épaules.
OCTAVE – Ô Ciel ! par où sortir de l’embarras où je me trouve ?

Jean-Baptiste Poquelin (1622-1673), dit Molière,
Les Fourberies de Scapin, Acte I, scène 1
(273 mots)

Corrigé proposé par le jury

ΝΕΑΝΙΑΣ – Φεῦ· ὡς γὰρ ἀηδεῖς αὗται αἱ ἀγγελίαι ἐκ καρδίας ἐρῶντι· ὡς δ’ ἔσχαται ἀπορίαι εἰσίν, εἰς ἃς ἐνέπεσον· ἄρτι γὰρ ἐν τῷ λιμένι ἐπύθου, ὦ οἰκέτα, τὸν πατέρα μου ἐπανιόντα ;
ΟΙΚΕΤΗΣ – Ἐπυθόμην γε.
ΝΕ. – Ἀφικνούμενον δ’ αὐτὸν τῷδε τῷ ὄρθρῳ αὐτῷ ;
ΟΙ. – Τῷδε δὴ τῷ ὄρθρῳ αὐτῷ.
ΝΕ. – Ἐπανιόντα δ’ αὐτὸν ἵνα με συζεύξῃ γάμῳ (συζεύξοντά με γάμῳ) ;
ΟΙ. – Ναί.
ΝΕ. – Ἐμέ τε καὶ θυγατέρα τινὰ τοῦ Γέροντος τοῦ δεσπότου ;
ΟΙ. – Τοῦ Γέροντός γε τοῦ δεσπότου.
ΝΕ. – Ταύτην δὲ τὴν θυγατέρα δεῦρο ἀπὸ τοῦ Τάραντος ἐπὶ τούτῳ μεταπεμπομένην ;
ΟΙ. – Ναί (Πάνυ γε).
ΝΕ. – Ταῦτα δὲ παρὰ τοῦ θείου μου ἤκουσας ;
ΟΙ. – Παρά γε δὴ τοῦ θείου σου.
ΝΕ. – Πρὸς ὅνπερ ὁ πατήρ μου ἐπέστειλε ταῦτα ἐπιστολῇ ;
ΟΙ. – Ἐπιστολῇ γε.
ΝΕ. – Καὶ οὗτος ὁ θεῖος, φῄς, πάντα τὰ ἡμέτερα (πάντα τὰ πράγματα ἡμῶν) οἶδεν ;
ΟΙ. – Πάντα γε τὰ ἡμέτερα (Πάντα γε τὰ πράγματα ἡμῶν).
ΝΕ. – Ἀλλ’ ἄγε δή, εἰπέ, ἐὰν βούλῃ, καὶ μὴ οὕτω ποιήσῃς ὥστε δεῖν σοι τὸ στόμα λύειν.
ΟΙ. – Τί δὲ πλείω εἴπω ; Οὐδενὸς γὰρ ἐπιλανθάνει τῶν παρόντων, ἀλλ’ ἅπαντα ὀρθῶς λέγεις καὶ οὕτως ὥσπερ ἔχει.
ΝΕ. – Ἐμοὶ γοῦν συμβουλεῦσον καὶ εἰπὲ ὅ τι πράξω (χρή με πράττειν) ἐν τούτοις τοῖς χαλεποῖς πράγμασιν.
ΟΙ. – Νὴ Δία, τυγχάνω τοσοῦτον ἀμήχανος ὢν ἐγὼ ἐν τούτοις ὅσον σύ· καὶ μὴν πάνυ γε δέοι ἄν τινα συμβουλεῦσαι ἔμοιγ’ αὐτῷ.
ΝΕ. – Ἀποθνῄσκω γοῦν ἅτε τούτου παρὰ καιρὸν ἐπανελθόντος.
ΟΙ. – Οὐχ ἧττον ἔγωγε.
ΝΕ. – Ὅταν ὁ πατήρ μου τὰ πράγματα πύθηται, αὐτίκα ὄψομαι χειμῶνα σφοδρῶν ψόγων πρὸς ἐμὲ προσβαλόντα.
ΟΙ. – Φαῦλοι εἰσὶν οἱ ψόγοι· διὰ δὲ τοιῶνδε (ποινῶν) ἀπαλλαγείην ἐκ τῶν κινδύνων· ἔγωγε μέντοι σφόδρα κινδυνεύω ζημιοῦσθαι δεινοτέραις ζημίαις διὰ τὴν ἄνοιάν σου (ἅτε σου ἠλιθίως πεπραγότος) καὶ ῥαπισμάτων νέφος ὁρῶ πόρρωθεν συνιστάμενον, ὅπερ μέλλει ἐπὶ τοὺς ὤμους μου διαρραγῆναι.
ΝΕ. – Ὦ Ζεῦ, πῶς ποτε σωθῶ ἐκ τῆς παρούσης ἀπορίας ;


Version latine

AFFLICTION DE TARPEIA

Vidit (1) harenosis Tatium proludere campis
     pictaque per flauas arma leuare iubas :
obstupuit regis facie et regalibus armis,
     interque oblitas excidit urna manus.
Saepe illa immeritae causata est omina lunae,
     et sibi tingendas dixit in amne comas :
saepe tulit blandis argentea lilia Nymphis,
     Romula ne faciem laederet hasta Tati :
dumque subit primo Capitolia nubila fumo,
     rettulit hirsutis bracchia secta rubis,
et sua Tarpeia residens ita fleuit ab arce
     uulnera uicino non patienda Ioui :
« Ignes castrorum et Tatiae praetoria turmae
     et formosa oculis arma Sabina meis,
o utinam ad uestros sedeam captiua Penates,
     dum captiua mei conspicer esse Tati !
Romani montes, et montibus addita Roma,
     et ualeat probro Vesta pudenda meo !
Ille equus, ille meos in castra reponet amores,
     cui Tatius dextras collocat ipse iubas !
Quid mirum patrios Scyllam secuisse capillos,
     candidaque in saeuos inguina uersa canes ?
Prodita quid mirum fraterni cornua monstri,
     cum patuit lecto stamine torta uia ?
Quantum ego sum Ausoniis crimen factura puellis,
     improba uirgineo lecta ministra foco !
Pallados exstinctos si quis mirabitur ignes,
     ignoscat : lacrimis spargitur ara meis.
Cras, ut rumor ait, tota pigrabitur urbe :
     tum cape spinosi rorida terga iugi.
Lubrica tota uia est et perfida : quippe tacentis
     fallaci celat limite semper aquas.
O utinam magicae nossem cantamina Musae !
     Haec quoque formoso lingua tulisset opem. 
Te toga picta decet, non quem sine matris honore
     nutrit inhumanae dura papilla lupae.
Sic, hospes, pariamne tua regina sub aula ?
     Dos tibi non humilis prodita Roma uenit.
Si minus, at raptae ne sint impune Sabinae,
     me rape et alterna lege repende uices !
Commissas acies ego possum soluere nupta :
     uos medium palla foedus inite mea.
Adde, Hymenaee, modos ; tubicen, fera murmura conde :
     credite, uestra meus molliet arma torus.
Et iam quarta canit uenturam bucina lucem,
     ipsaque in Oceanum sidera lapsa cadunt.
Experiar somnum, de te mihi somnia quaeram :
     fac uenias oculis umbra benigna meis. »

Properce, Élégies, IV, 4, v. 19-66
(48 vers – 302 mots)

(1) Le sujet est Tarpeia.

Corrigé proposé par le jury

(Tarpeia) vit Tatius s’exercer au combat sur la plaine sablonneuse et brandir son bouclier peint au-dessus de la crinière fauve de son cheval : elle fut frappée de stupeur par la beauté du roi et par les armes royales et l’urne tomba d’entre ses mains oublieuses. Souvent elle prit injustement pour prétexte les présages de la lune et dit qu’elle devait plonger sa chevelure dans le fleuve ; souvent elle apporta des lys argentés aux Nymphes séduisantes, afin que la lance de Romulus ne blessât pas la beauté de Tatius ; et en remontant le Capitole obscurci par les premières fumées, elle ramena à elle ses bras écorchés par les piquants des ronces et assise, du haut de la citadelle tarpéienne, elle déplora en ces termes ses blessures, insupportables à Jupiter voisin :

« Ô feux du camp, tente de commandement de l’escadron de Tatius, armes sabines belles à mes yeux, oh !, puissé-je m’asseoir, captive, auprès de vos Pénates, pourvu que l’on me voie captive de mon cher Tatius ! Collines romaines, Rome posée sur ces collines et Vesta qui doit rougir de mon crime, adieu ! Ce cheval, oui !, ce cheval, dont Tatius dispose lui-même la crinière à droite, ramènera dans le camp mon amour ! Quoi d’étonnant à ce que Scylla ait coupé les cheveux de son père, à ce que son aine blanche ait été transformée en chiens cruels ? Quoi d’étonnant à ce que les cornes d’un frère monstrueux aient été trahies, quand le chemin plein de détours s’ouvrit grâce à une pelote de fil ? Quel grand déshonneur vais-je infliger aux filles d’Ausonie, moi, servante criminelle choisie pour le foyer virginal ! Si quelqu’un s’étonne de voir le feu de Pallas éteint, qu’il me pardonne : l’autel est inondé de mes larmes.Demain, comme le dit la rumeur, on fera trêve dans toute la ville : prends alors le flanc arrière, couvert de rosée, de cette crête pleine d’épines. Le chemin tout entier est glissant et traître : en effet, il cache toujours sous un sentier trompeur des eaux silencieuses. Ah ! si seulement j’avais appris les incantations de la Muse de la magie ! Ma langue aussi aurait apporté de l’aide au beau guerrier. C’est à toi que convient la toge brodée, non à celui qui, privé de l’honneur d’une mère, est nourri par la dure mamelle d’une louve inhumaine. Deviendrai-je mère ainsi, mon hôte, reine dans ton palais ? Ce n’est pas une humble dot – la trahison de Rome – qui vient à toi. Sinon, du moins, que l’enlèvement des Sabines ne demeure pas impuni : enlève-moi et fais payer les Romains en retour, par compensation ! C’est moi, si tu m’épouses, qui peux séparer les armées aux prises l’une avec l’autre : quant à vous, concluez un traité grâce à mon manteau nuptial. Ajoute ta musique, Hymen ; trompette, dissimule tes grondements sauvages ; croyez-moi, mon mariage adoucira vos armes. Et déjà, la trompette de la quatrième veille chante le jour à venir, et les étoiles elles-mêmes glissent et tombent dans l’Océan. Je tenterai de trouver le sommeil, je réclamerai des songes où tu m’apparais : fais en sorte de venir en ombre bienveillante pour mes yeux. »