Voir le Projet II.

     Le site Arrête ton char propose, au format PDF, de nombreux programmes, sujets et rapports, sur plusieurs décennies.

     Les programmes, sujets et rapports des quelques dernières années se trouvent aussi, au format PDF, sur le site du ministère de l’Éducation nationale.

     Une partie des programmes des sessions antérieures se trouve sur Wikipédia. On peut aussi en trouver de plus anciens dans les Bulletins officiels de l’Éducation nationale.

     Les sujets de 2008 à 2020 sont regroupés, en format PDF, sur le site du Département des Sciences de l’Antiquité de l’École normale supérieure de Paris, avec les rapports du jury.

     Les sujets de 1983 à 1999 et ceux de 2000 à 2019 ont fait l’objet d’une publication au format papier qui les regroupe tous.

     Quelques copies de concours se trouvent sur cette page (voir le Projet I).

B. FEMMES

Session 1962

Thème latin

CICÉRON APOLOGISTE DE LA VERSATILITÉ POLITIQUE

Cicéron comprenait bien que tant de complaisance et de soumission, et tous ces démentis éclatants qu’il était forcé de se donner à lui-même, finiraient par soulever contre lui l’opinion publique. Aussi s’avisa-t-il d’écrire à son ami Lentulus, l’un des chefs de l’aristocratie, une lettre importante, qu’il destinait probablement à être répandue, et où il expliquait sa conduite. Dans cette lettre, après avoir raconté les faits à sa façon et assez maltraité ceux dont il abandonnait le parti, ce qui est un moyen commode et généralement employé pour prévenir leurs plaintes et les rendre responsables du mal qu’on va leur faire, il se hasarde à présenter, avec une étrange franchise, une sorte d’apologie de la versatilité politique. Sous prétexte que Platon a dit quelque part « qu’il ne faut pas faire plus violence à sa patrie qu’à son père », Cicéron pose en principe qu’un homme politique ne doit pas s’obstiner à vouloir ce que ses concitoyens ne veulent plus, ni perdre sa peine à tenter des oppositions inutiles. Les circonstances changent, il faut changer avec elles, et s’accommoder au vent qui souffle pour ne pas se briser sur l’écueil. Est-ce là, d’ailleurs, véritablement changer ? Ne peut-on pas vouloir au fond la même chose et servir son pays sous des drapeaux différents ? On n’est pas inconstant pour défendre, selon les circonstances, des opinions qui semblent contradictoires, si par des routes opposées on marche au même but, et ne sait-on pas « qu’il faut souvent changer la direction des voiles, quand on veut arriver au port » ?

Gaston Boissier (1823-1908), Cicéron et ses amis (1865)

Session 1963

Thème latin

DÉDALE EXPLIQUE À THÉSÉE COMMENT IL A CONÇU LE LABYRINTHE

Estimant qu’il n’est pas de geôle qui vaille devant un propos de fuite obstiné, pas de barrière ou de fossé que hardiesse et résolution ne franchissent, je pensai que, pour retenir dans le labyrinthe, le mieux était de faire en sorte, non point tant qu’on ne pût (tâche de me bien comprendre), mais qu’on n’en voulût pas sortir. Je réunis donc dans ce lieu de quoi répondre aux appétits de toutes sortes. Ceux du Minotaure ne sont ni nombreux ni divers ; mais il s’agissait aussi bien de tous et de quiconque entrerait dans le labyrinthe. Il importait encore et surtout de diminuer jusqu’à l’annihilation leur vouloir. Pour y pourvoir je composai des électuaires que l’on mêlait aux vins qu’on leur servait. Mais cela ne suffisait pas ; je trouvai mieux J’avais remarqué que certaines plantes, lorsqu’on les jette au feu, dégagent en se consumant des fumées semi-narcotiques, qui me parurent ici d’excellent emploi. Elles répondirent exactement à ce que j’attendais d’elles. J’en fis donc alimenter des réchauds, qu’on maintient allumés jour et nuit. Les lourdes vapeurs qui s’en dégagent n’agissent pas seulement sur la volonté, qu’elles endorment ; elles procurent une ivresse pleine de charme et prodigue de flatteuses erreurs, invitent à certaine activité vaine le cerveau qui se laisse voluptueusement emplir de mirages ; activité que je dis vaine, parce qu’elle n’aboutit à rien que d’imaginaire, à des visions ou des spéculations sans consistance, sans logique et sans fermeté. L’opération de ces vapeurs n’est pas la même pour chacun de ceux qui les respirent, et chacun, d’après l’imbroglio que prépare alors sa cervelle, se perd, si je puis dire, dans son labyrinthe particulier.

André Gide (1869-1851), Thésée (1946)

   

C. HOMMES

Session 1961

Thème latin

CE QUI ME REND PÉNIBLE LA BONNE ŒUVRE QU’ON EXIGE

Après tant de tristes expériences, j’ai appris à prévoir de loin les conséquences de mes premiers mouvements suivis, et je me suis souvent abstenu d’une bonne œuvre que j’avais le désir et le pouvoir de faire, effrayé de l’assujettissement auquel dans la suite je m’allais soumettre, si je m’y livrais inconsidérément. Je n’ai pas toujours senti cette crainte ; au contraire, dans ma jeunesse je m’attachais par mes propres bienfaits et j’ai souvent éprouvé de même que ceux que j’obligeais s’affectionnaient à moi par reconnaissance encore plus que par intérêt. Mais les choses ont bien changé de face à cet égard comme à tout autre, aussitôt que mes malheurs ont commencé. J’ai vécu dès lors dans une génération nouvelle qui ne ressemblait point à la première, et mes propres sentiments pour les autres ont souffert des changements que j’ai trouvés dans les leurs. Les mêmes gens que j’ai vus successivement dans ces deux générations si différentes, se sont pour ainsi dire assimilés successivement à l’une et à l’autre. De vrais et francs qu’ils étaient d’abord, devenus ce qu’ils sont, ils ont fait comme tous les autres, et par cela seul que les temps sont changés, les hommes ont changé comme eux. Eh ! comment pourrais-je garder les mêmes sentiments pour ceux en qui je trouve le contraire de ce qui les fit naître ! Je ne les hais point, parce que je ne saurais haïr ; mais je ne puis me défendre du mépris qu’ils méritent ni m’abstenir de le leur témoigner.

Peut-être, sans m’en apercevoir, ai-je changé moi-même plus qu’il n’aurait fallu ; quel naturel résisterait sans s’altérer à une situation pareille à la mienne ? Convaincu par vingt ans d’expérience que tout ce que la nature a mis d’heureuses dispositions dans mon cœur est tourné, par ma destinée et par ceux qui en disposent, au préjudice de moi-même ou d’autrui, je ne puis plus regarder une bonne œuvre qu’on me présente à faire que comme un piège qu’on me tend et sous lequel est caché quelque mal.

Jean-Jacques Rousseau (1712-1778),
Les Rêveries du promeneur solitaire (1782)

Session 1963

Thème latin

Qui est-ce qui remplira notre attente ? Sera-ce l’athlète que la douleur subjugue et que la sensibilité décompose ? Ou l’athlète académisé qui se possède et pratique les leçons de la gymnastique en rendant le dernier soupir ? Le gladiateur ancien, comme un grand comédien, un grand comédien, ainsi que le gladiateur ancien, ne meurent pas comme on meurt sur un lit, mais sont tenus de nous jouer une autre mort pour nous plaire, et le spectateur délicat sentirait que la vérité nue, l’action dénuée de tout apprêt serait mesquine et contrasterait avec la poésie du reste. Ce n’est pas que la pure nature n’ait ses moments sublimes, mais je pense que s’il est quelqu’un sûr de saisir et de conserver leur sublimité, c’est celui qui les aura pressentis d’imagination ou de génie et qui les rendra de sang-froid. Cependant je ne nierais pas qu’il n’y eût une sorte de mobilité d’entrailles acquise ou factice ; mais si vous m’en demandez mon avis, je la crois presque aussi dangereuse que la sensibilité naturelle. Elle doit conduire peu à peu l’acteur à la manière et à la monotonie. C’est un élément contraire à la diversité des fonctions d’un grand comédien ; il est souvent obligé de s’en dépouiller, et cette abnégation de soi n’est possible qu’à une tête de fer. Encore vaudrait-il mieux, pour la facilité et le succès des études, l’universalité du talent, et la perfection du jeu, n’avoir point à faire cette incompréhensible distraction de soi d’avec soi, dont l’extrême difficulté, bornant chaque comédien à un seul rôle, condamne les troupes à être très nombreuses, ou presque toutes les pièces à être mal jouées, à moins que l’on ne renverse l’ordre des choses et que les pièces ne se fassent pour les acteurs, qui, ce me semble, devraient tout au contraire être faits pour les pièces.

Denis Diderot (1713-1784), Paradoxe sur le comédien (1830)

D. MIXTE

Session 1991

Version latine

Silius Italicus, La Guerre punique, XIII, v. 650-686