Voir le Projet II.

     Le site Arrête ton char propose, au format PDF, de nombreux programmes, sujets et rapports, sur plusieurs décennies.

     Les programmes, sujets et rapports des quelques dernières années se trouvent aussi, au format PDF, sur le site du ministère de l’Éducation nationale.

     Une partie des programmes des sessions antérieures se trouve sur Wikipédia. On peut aussi en trouver de plus anciens dans les Bulletins officiels de l’Éducation nationale.

     Les sujets de 2008 à 2020 sont regroupés, en format PDF, sur le site du Département des Sciences de l’Antiquité de l’École normale supérieure de Paris, avec les rapports du jury.

     Les sujets de 1983 à 1999 et ceux de 2000 à 2019 ont fait l’objet d’une publication au format papier qui les regroupe tous.

Quelques copies de concours se trouvent sur cette page (voir le Projet I).

Cette agrégation est devenue mixte lors de la session 1976.

A. FEMMES

Session 1962

Thème latin

CICÉRON APOLOGISTE DE LA VERSATILITÉ POLITIQUE

Cicéron comprenait bien que tant de complaisance et de soumission, et tous ces démentis éclatants qu’il était forcé de se donner à lui-même, finiraient par soulever contre lui l’opinion publique. Aussi s’avisa-t-il d’écrire à son ami Lentulus, l’un des chefs de l’aristocratie, une lettre importante, qu’il destinait probablement à être répandue, et où il expliquait sa conduite. Dans cette lettre, après avoir raconté les faits à sa façon et assez maltraité ceux dont il abandonnait le parti, ce qui est un moyen commode et généralement employé pour prévenir leurs plaintes et les rendre responsables du mal qu’on va leur faire, il se hasarde à présenter, avec une étrange franchise, une sorte d’apologie de la versatilité politique. Sous prétexte que Platon a dit quelque part « qu’il ne faut pas faire plus violence à sa patrie qu’à son père », Cicéron pose en principe qu’un homme politique ne doit pas s’obstiner à vouloir ce que ses concitoyens ne veulent plus, ni perdre sa peine à tenter des oppositions inutiles. Les circonstances changent, il faut changer avec elles, et s’accommoder au vent qui souffle pour ne pas se briser sur l’écueil. Est-ce là, d’ailleurs, véritablement changer ? Ne peut-on pas vouloir au fond la même chose et servir son pays sous des drapeaux différents ? On n’est pas inconstant pour défendre, selon les circonstances, des opinions qui semblent contradictoires, si par des routes opposées on marche au même but, et ne sait-on pas « qu’il faut souvent changer la direction des voiles, quand on veut arriver au port » ?

Gaston Boissier (1823-1908), Cicéron et ses amis (1865)
(281 mots)

Session 1963

Thème latin

DÉDALE EXPLIQUE À THÉSÉE COMMENT IL A CONÇU LE LABYRINTHE

Estimant qu’il n’est pas de geôle qui vaille devant un propos de fuite obstiné, pas de barrière ou de fossé que hardiesse et résolution ne franchissent, je pensai que, pour retenir dans le labyrinthe, le mieux était de faire en sorte, non point tant qu’on ne pût (tâche de me bien comprendre), mais qu’on n’en voulût pas sortir. Je réunis donc dans ce lieu de quoi répondre aux appétits de toutes sortes. Ceux du Minotaure ne sont ni nombreux ni divers ; mais il s’agissait aussi bien de tous et de quiconque entrerait dans le labyrinthe. Il importait encore et surtout de diminuer jusqu’à l’annihilation leur vouloir. Pour y pourvoir je composai des électuaires que l’on mêlait aux vins qu’on leur servait. Mais cela ne suffisait pas ; je trouvai mieux J’avais remarqué que certaines plantes, lorsqu’on les jette au feu, dégagent en se consumant des fumées semi-narcotiques, qui me parurent ici d’excellent emploi. Elles répondirent exactement à ce que j’attendais d’elles. J’en fis donc alimenter des réchauds, qu’on maintient allumés jour et nuit. Les lourdes vapeurs qui s’en dégagent n’agissent pas seulement sur la volonté, qu’elles endorment ; elles procurent une ivresse pleine de charme et prodigue de flatteuses erreurs, invitent à certaine activité vaine le cerveau qui se laisse voluptueusement emplir de mirages ; activité que je dis vaine, parce qu’elle n’aboutit à rien que d’imaginaire, à des visions ou des spéculations sans consistance, sans logique et sans fermeté. L’opération de ces vapeurs n’est pas la même pour chacun de ceux qui les respirent, et chacun, d’après l’imbroglio que prépare alors sa cervelle, se perd, si je puis dire, dans son labyrinthe particulier.

André Gide (1869-1851), Thésée (1946)
(309 mots)

   

B. HOMMES

Session 1961

Thème latin

CE QUI ME REND PÉNIBLE LA BONNE ŒUVRE QU’ON EXIGE

Après tant de tristes expériences, j’ai appris à prévoir de loin les conséquences de mes premiers mouvements suivis, et je me suis souvent abstenu d’une bonne œuvre que j’avais le désir et le pouvoir de faire, effrayé de l’assujettissement auquel dans la suite je m’allais soumettre, si je m’y livrais inconsidérément. Je n’ai pas toujours senti cette crainte ; au contraire, dans ma jeunesse je m’attachais par mes propres bienfaits et j’ai souvent éprouvé de même que ceux que j’obligeais s’affectionnaient à moi par reconnaissance encore plus que par intérêt. Mais les choses ont bien changé de face à cet égard comme à tout autre, aussitôt que mes malheurs ont commencé. J’ai vécu dès lors dans une génération nouvelle qui ne ressemblait point à la première, et mes propres sentiments pour les autres ont souffert des changements que j’ai trouvés dans les leurs. Les mêmes gens que j’ai vus successivement dans ces deux générations si différentes, se sont pour ainsi dire assimilés successivement à l’une et à l’autre. De vrais et francs qu’ils étaient d’abord, devenus ce qu’ils sont, ils ont fait comme tous les autres, et par cela seul que les temps sont changés, les hommes ont changé comme eux. Eh ! comment pourrais-je garder les mêmes sentiments pour ceux en qui je trouve le contraire de ce qui les fit naître ! Je ne les hais point, parce que je ne saurais haïr ; mais je ne puis me défendre du mépris qu’ils méritent ni m’abstenir de le leur témoigner.

Peut-être, sans m’en apercevoir, ai-je changé moi-même plus qu’il n’aurait fallu ; quel naturel résisterait sans s’altérer à une situation pareille à la mienne ? Convaincu par vingt ans d’expérience que tout ce que la nature a mis d’heureuses dispositions dans mon cœur est tourné, par ma destinée et par ceux qui en disposent, au préjudice de moi-même ou d’autrui, je ne puis plus regarder une bonne œuvre qu’on me présente à faire que comme un piège qu’on me tend et sous lequel est caché quelque mal.

Jean-Jacques Rousseau (1712-1778),
Les Rêveries du promeneur solitaire (1782)
(379 mots)

Session 1963

Thème latin

Qui est-ce qui remplira notre attente ? Sera-ce l’athlète que la douleur subjugue et que la sensibilité décompose ? Ou l’athlète académisé qui se possède et pratique les leçons de la gymnastique en rendant le dernier soupir ? Le gladiateur ancien, comme un grand comédien, un grand comédien, ainsi que le gladiateur ancien, ne meurent pas comme on meurt sur un lit, mais sont tenus de nous jouer une autre mort pour nous plaire, et le spectateur délicat sentirait que la vérité nue, l’action dénuée de tout apprêt serait mesquine et contrasterait avec la poésie du reste. Ce n’est pas que la pure nature n’ait ses moments sublimes, mais je pense que s’il est quelqu’un sûr de saisir et de conserver leur sublimité, c’est celui qui les aura pressentis d’imagination ou de génie et qui les rendra de sang-froid. Cependant je ne nierais pas qu’il n’y eût une sorte de mobilité d’entrailles acquise ou factice ; mais si vous m’en demandez mon avis, je la crois presque aussi dangereuse que la sensibilité naturelle. Elle doit conduire peu à peu l’acteur à la manière et à la monotonie. C’est un élément contraire à la diversité des fonctions d’un grand comédien ; il est souvent obligé de s’en dépouiller, et cette abnégation de soi n’est possible qu’à une tête de fer. Encore vaudrait-il mieux, pour la facilité et le succès des études, l’universalité du talent, et la perfection du jeu, n’avoir point à faire cette incompréhensible distraction de soi d’avec soi, dont l’extrême difficulté, bornant chaque comédien à un seul rôle, condamne les troupes à être très nombreuses, ou presque toutes les pièces à être mal jouées, à moins que l’on ne renverse l’ordre des choses et que les pièces ne se fassent pour les acteurs, qui, ce me semble, devraient tout au contraire être faits pour les pièces.

Denis Diderot (1713-1784), Paradoxe sur le comédien (1830)
(331 mots)

Session 1974

Dissertation française

Voltaire écrit dans la préface du Dictionnaire philosophique :

« Les personnages de tout état trouveront de quoi s’instruire en s’amusant. Ce livre n’exige pas une lecture suivie ; mais, à quelque endroit qu’on l’ouvre, on trouve de quoi réfléchir. Les livres les plus utiles sont ceux dont les lecteurs font eux-mêmes la moitié ; ils étendent les pensées dont on leur présente le germe ; ils corrigent ce qui leur semble défectueux et fortifient par leurs réflexions ce qui leur paraît faible. »

Pensez-vous qu’une telle présentation convienne au Dictionnaire philosophique ?

Thème latin

TÉRENCE ÉTAIT-IL L’AUTEUR DE SES COMÉDIES ?

J’aimerais mieux regarder Lælius, tout grand personnage qu’on le dit, comme un fat qui enviait à Térence une partie de son mérite, que de le croire auteur d’une scène de L’Andrienne, ou de L’Eunuque. Qu’un soir, la femme de Lælius, lassée d’attendre son mari, et curieuse de savoir ce qui le retenait dans sa bibliothèque, se soit levée sur la pointe du pied, et l’ait surpris écrivant une scène de comédie ; que pour s’excuser d’un travail prolongé si avant dans la nuit, Lælius ait dit à sa femme qu’il ne s’était jamais senti tant de verve ; et que les vers qu’il venait de faire étaient les plus beaux qu’il eût faits de sa vie, n’en déplaise à Montaigne, c’est un conte ridicule dont quelques exemples récents pourraient nous désabuser, sans la pente naturelle qui nous porte à croire tout ce qui tend à rabattre du mérite d’un homme, en le partageant. 

L’auteur des Essais a beau dire que « si la perfection du bien parler pouvait apporter quelque gloire sortable à un grand personnage, certainement Scipion et Lælius n’eussent pas résigné l’honneur de leurs comédies, et toutes les mignardises et délices du langage latin, à un serf africain », je lui répondrai sur son ton, que le talent de s’immortaliser par les lettres n’est pas une qualité mésavenante à quelque rang que ce soit […].

Denis Diderot (1713-1784), Éloge de Térence (1765)
(252 mots)

Thème grec

L’HISTOIRE ET LES DISCOURS

Si l’idéal de Thucydide avait été de publier autant que possible les discours dans leur texte exact, rien ne lui était plus facile. Il nous dit qu’il s’est mis au travail dès le début de la guerre, comptant bien qu’il abordait un sujet qui surpasserait en intérêt celui d’Hérodote. S’il avait tenu à posséder les discours réels, il les aurait fait noter par un assistant qu’il eût payé : c’eût été le moindre des frais que dût lui coûter son histoire, et peut-être, après tout, avait-il en effet quelques documents de ce genre, analogues à ceux sur lesquels Xénophon écrivit les Mémorables, qui ne sont sûrement pas imaginés par lui. Mais cette besogne de critique et de grammairien est étrangère à l’Athènes de cette époque. Voici, je crois, quel est l’ordre d’idées où se meut naturellement Thucydide. Le grand inconvénient de l’écriture c’est, comme le dit Platon, qu’elle est irrévocable, qu’elle n’admet plus les modifications, l’assouplissement, la végétation de la vie, qu’elle arrête la pensée, comme la mort, en un visage définitif. Elle comporte donc un germe de fausseté, puisqu’elle immobilise le vivant et que la vie, c’est la mobilité. Un discours sténographié, c’est-à-dire dépouillé de son action, de son magnétisme, de l’auditoire qui l’inspire et qu’il inspire, de son mouvement, n’est pas reproduit au vrai.

Albert Thibaudet (1874-1936), La Campagne avec Thucydide (1922)
(251 mots)

Version grecque

Πάλιν τοίνυν ὁ αὐτὸς ποιητὴς ἐν τῷ Φοίνικι ἀποφαίνεται, ὑπὲρ τῆς γεγενημένης αὐτῷ πρὸς τὸν πατέρα διαϐολῆς ἀπολογούμενος, καὶ ἀπεθίζων τοὺς ἀνθρώπους, μὴ ἐξ ὑποψίας, μηδ’ ἐκ διαϐολῆς, ἀλλ’ ἐκ τοῦ βίου, τὰς κρίσεις ποιεῖσθαι·

Ἤδη δὲ πολλῶν ᾑρέθην λόγων κριτής,
Καὶ πόλλ’ ἁμιλληθέντα μαρτύρων ὕπο
Τἀναντί’ ἔγνων συμφορᾶς μιᾶς πάρα.
Κᾀγὼ μὲν οὕτω, χ’ ὅστις ἔστ’ ἀνὴρ σοφός,
Λογίζομαι τἀληθές, εἰς ἀνδρὸς φύσιν,
Σκοπῶν δίαιτάν ἥντιν’ ἐμπορεύεται.
Ὅστις δ’ ὁμιλῶν ἥδεται κακοῖς ἀνήρ,
Οὐ πώποτ’ ἠρώτησα, γιγνώσκων, ὅτι
Τοιοῦτός ἐσθ’ οἵοισπερ ἥδεται ξυνών.

Σκέψασθε δέ, ὦ Ἀθηναῖοι, τὰς γνώμας, ἃς ἀποφαίνεται ὁ ποιητής. Ἤδη δὲ πολλῶν πραγμάτων φησὶ γεγενῆσθαι κριτής, ὥσπερ νῦν ὑμεῖς δικασταί, καὶ τὰς κρίσεις οὐκ ἐκ τῶν μαρτυριῶν, ἀλλ’ ἐκ τῶν ἐπιτηδευμάτων καὶ τῶν ὁμιλιῶν φησι ποιεῖσθαι, ἐκεῖσε ἀποϐλέπων, πῶς τὸν καθ’ ἡμέραν βίον ζῇ ὁ κρινόμενος, καὶ ὅντινα τρόπον διοικεῖ τὴν ἑαυτοῦ οἰκίαν, ὡς παραπλησίως αὐτὸν καὶ τὰ τῆς πόλεως διοικήσοντα, καὶ τίσι χαίρει πλησιάζων· καὶ τελευτῶν οὐκ ὤκνησεν ἀποφήνασθαι τοιοῦτον εἶναι οἷσπερ ἥδεται ξυνών. Οὐκοῦν δίκαιον καὶ περὶ Τιμάρχου τοῖς αὐτοῖς ὑμᾶς Εὐριπίδῃ χρήσασθαι λογισμοῖς. Πῶς διῴκηκε τὴν ἑαυτοῦ οὐσίαν ; κατεδήδοκε τὰ πατρῷα, καὶ τὰ τῶν φίλων, μεμισθαρνηκὼς τῷ σώματι καὶ δωροδοκῶν δημοσίᾳ, πάντ’ ἠφάνικεν, ὥστε μηδὲν ἄλλ’ ἢ τὰς αἰσχύνας αὐτῷ περιεῖναι. Χαίρει δὲ τῷ συνών ; Ἡγησάνδρῳ. Ὁ δ’ Ἡγήσανδρος ἐκ τίνων ἐστὶν ἐπιτηδευμάτων ; ἐκ τούτων, ἃ τὸν πράξαντα οἱ νόμοι ἀπαγορεύουσι μὴ δημηγορεῖν. Ἐγὼ δὲ τί λέγω κατὰ Τιμάρχου, καὶ τίνα ποτ’ ἐστὶν ἃ ἀντιγέγραμμαι ; μὴ δημηγορεῖν Τίμαρχον πεπορνευμένον, καὶ τὴν πατρῴαν οὐσίαν κατεδηδοκότα. Ὑμεῖς δὲ τί ὀμωμόκατε ; ὑπὲρ αὐτῶν ψηφιεῖσθαι, ὧν ἂν ἡ δίωξις ᾖ.

Eschine, Contre Timarque, 152-154
(259 mots)

Version latine

APRÈS UNE CAPITULATION ET UNE PAIX HONTEUSES

Après le désastre des Fourches Caudines, les consuls chefs de l’armée vaincue (Spurius Postumius et Titus Veturius) ont été invités par leurs successeurs (Q. Publilius Philo et L. Papirius Cursor) à se prononcer, devant le Sénat, sur l’exécution du traité qu’ils ont personnellement passé avec leurs vainqueurs.

Quo die creati sunt consules, eo – sic enim placuerat patribus – magistratum inierunt sollemnibusque senatus consultis perfectis de pace Caudina rettulerunt ; et Publilius, penes quem fasces erant : « Dic, Sp. Postumi », inquit. Qui ubi surrexit, eodem illo uoltu, quo sub iugum missus erat : « Haud sum ignarus, » inquit, « consules, ignominiae, non honoris causa me primum excitatum iussumque dicere, non tamquam senatorem sed tamquam reum qua infelicis belli qua ignominiosae pacis. Ego tamen, quando neque de noxa nostra neque de poena rettulistis, omissa defensione, quae non difficillima esset apud haud ignaros fortunarum humanarum necessitatiumque, sententiam de eo de quo rettulistis paucis peragam ; quae sententia testis erit mihine an legionibus uestris pepercerim, cum me seu turpi seu necessaria sponsione obstrinxi ; qua tamen, quando iniussu populi facta est, non tenetur populus Romanus, nec quicquam ex ea praeterquam corpora nostra debentur Samnitibus. Dedamur per fetiales nudi uinctique ; exsoluamus religione populum, si qua obligauimus, ne quid diuini humaniue obstet quo minus iustum piumque de integro ineatur bellum. Interea consules exercitum scribere, armare, educere placet, nec prius ingredi hostium fines quam omnia iusta in deditione nostra perfecta erunt. Vos, di immortales, precor quaesoque, si uobis non fuit cordi Sp. Postumium T. Veturium consules cum Samnitibus prospere bellum gerere, at uos satis habeatis uidisse nos sub iugum missos, uidisse sponsione infami obligatos, uidere nudos uinctosque hostibus deditos, omnem iram hostium nostris capitibus excipientes ; nouos consules legionesque Romanas ita cum Samnite gerere bellum uelitis, ut omnia ante nos consules bella gesta sunt. »

Quae ubi dixit, tanta simul admiratio miseratioque uiri incessit homines ut modo uix crederent illum eundem esse Sp. Postumium qui auctor tam foedae pacis fuisset, modo miserarentur quod uir talis etiam praecipuum apud hostes supplicium passurus esset ob iram diremptae pacis.

Tite-Live, L’Histoire romaine, IX, 8
(282 mots)

C. MIXTE

Session 1991

Version latine

Silius Italicus (La Guerre punique, XIII, v. 650-686)

Session 2021

Dissertation française

Vous analyserez et discuterez ce propos de Georges Poulet à la lumière de votre lecture de Histoire de ma vie de Casanova :

Casanova « est l’homme de son siècle par excellence. Toutefois, alors que chez la plupart des esprits de son temps, la recherche diversifiée du plaisir est un calcul raffiné et une démarche pleine d’élégance, il y a quelque chose de grossier, de heurté, même de spasmodique, dans la façon dont Casanova varie les objets de ses passions. Il faut bien le dire, cette vie révèle à qui la regarde ou s’efforce de la regarder dans son ensemble, une déplorable absence de “fondu”. Vie qui passe incessamment de la mascarade à l’orgie et de l’orgie à la catastrophe. » (Georges Poulet, Études sur le temps humain, « De l’instant éphémère à l’instant éternel », « Mesure de l’instant », chapitre V « Casanova », Paris, réédition dans la collection Pocket, 2017, p. 452.) 

Thème latin

CLÉOPÂTRE ET SES ENFANTS (1)

Mes enfants, prenez place. Enfin voici le jour
Si doux à mes souhaits, si cher à mon amour,
Où je puis voir briller sur une de vos têtes
Ce que j’ai conservé parmi tant de tempêtes,
Et vous remettre un bien, après tant de malheurs,
Qui m’a coûté pour vous tant de soins et de pleurs.
Il peut vous souvenir quelles furent mes larmes,
Quand Tryphon me donna de si rudes alarmes,
Que, pour ne pas vous voir exposés à ses coups,
Il fallut me résoudre à me priver de vous.
Quelles peines depuis, grands dieux, n’ai-je souffertes !
Chaque jour redoubla mes douleurs et mes pertes.
Je vis votre royaume entre ces murs réduit,
Je crus mort votre père, et sur un si faux bruit
Le peuple mutiné voulut avoir un maître.
J’eus beau le nommer lâche, ingrat, parjure, traître,
Il fallut satisfaire à son brutal désir,
Et, de peur qu’il n’en prît, il m’en fallut choisir.
Pour vous sauver l’État que n’eussé-je pu faire ?
Je choisis un époux avec des yeux de mère,
Votre oncle Antiochus, et j’espérai qu’en lui
Votre trône tombant trouverait un appui.
Mais à peine son bras en relève la chute,
Que par lui de nouveau le Sort me persécute :
Maître de votre État par sa valeur sauvé,
Il s’obstine à remplir ce trône relevé.
Qui lui parle de vous attire sa menace,
Il n’a défait Tryphon que pour prendre sa place,
Et, de dépositaire et de libérateur
Il s’érige en Tyran, et lâche usurpateur.
Sa main l’en a puni, pardonnons à son Ombre,
Aussi bien en un seul voici des maux sans nombre.

Pierre Corneille, Rodogune, princesse des Parthes,
Acte II, scène 3 (1647)
(286 mots)

(1) Traduire le titre.

Thème grec

LORENZO (1) – Je suis, en effet, précieux pour vous, car je tuerai Alexandre.
PHILIPPE – Toi ?
LORENZO – Moi, demain ou après-demain. Rentrez chez vous, tâchez de délivrer vos enfants ; si vous ne le pouvez pas, laissez-leur subir une légère punition ; je sais pertinemment qu’il n’y a pas d’autres dangers pour eux, et je vous répète que d’ici à quelques jours il n’y aura pas plus d’Alexandre de Médicis (2) à Florence (3) qu’il n’y a de soleil à minuit.
PHILIPPE – Quand cela serait vrai, pourquoi aurais-je tort de penser à la liberté ? Ne viendra-t-elle pas quand tu auras fait ton coup, si tu le fais ?
LORENZO – Philippe, Philippe, prends garde à toi. Tu as soixante ans de vertu sur ta tête grise ; c’est un enjeu trop cher pour le jouer aux dés.
PHILIPPE – Si tu caches sous ces sombres paroles quelque chose que je puisse entendre, parle ; tu m’irrites singulièrement.
LORENZO – Tel que tu me vois, Philippe, j’ai été honnête. J’ai cru à la vertu, à la grandeur humaine, comme un martyr croit à son dieu. J’ai versé plus de larmes sur la pauvre Italie que Niobé sur ses filles.
PHILIPPE – Eh bien, Lorenzo ?
LORENZO – Ma jeunesse a été pure comme l’or. Pendant vingt ans de silence, la foudre s’est amoncelée dans ma poitrine ; et il faut que je sois réellement une étincelle du tonnerre, car tout à coup, une certaine nuit que j’étais assis dans les ruines du colisée antique, je ne sais pourquoi, je me levai ; je tendis vers le ciel mes bras trempés de rosée, et je jurai qu’un des tyrans de ma patrie mourrait de ma main.

Alfred de Musset, Lorenzaccio (1834)

(1) Traduire par « le jeune homme ».
(2) Ne pas traduire « de Médicis ».
(3) « à Florence » : traduire par « dans la cité ». 

Version grecque

Poursuivi pour meurtre, le défendeur, qui clame son innocence, réfute la thèse de ses accusateurs selon laquelle il aurait assassiné la victime pour le compte de l’un de ses amis, Lycinos.

Ἔπειτα δ’, εἰ καὶ ὡς μάλιστα ἐϐούλετο αὐτὸν ὁ Λυκῖνος τεθνάναι (εἶμι γὰρ καὶ ἐπὶ τὸν τῶν κατηγόρων λόγον), οὗ αὐτὸς οὐκ ἠξίου αὐτόχειρ γενέσθαι, τοῦτο τὸ ἔργον ἐγώ ποτ’ ἂν ἐπείσθην ἀντ’ ἐκείνου ποιῆσαι ; Πότερα ὡς ἐγὼ μὲν ἦ τῷ σώματι ἐπιτήδειος διακινδυνεύειν, ἐκεῖνος δὲ χρήμασι τὸν ἐμὸν κίνδυνον ἐκπρίασθαι ; Οὐ δῆτα· τῷ μὲν γὰρ οὐκ ἦν χρήματα, ἐμοὶ δὲ ἦν. ᾿Αλλ’ αὖ τοὐναντίον ἐκεῖνος τοῦτο θᾶσσον ἂν ὑπ’ ἐμοῦ ἐπείσθη κατά γε τὸ εἰκὸς ἢ ἐγὼ ὑπὸ τούτου, ἐπεὶ ἐκεῖνός γ’ ἑαυτὸν οὐδ’ ὑπερήμερον γενόμενον ἑπτὰ μνῶν δυνατὸς ἦν λύσασθαι, ἀλλ’ οἱ φίλοι αὐτὸν ἐλύσαντο. Καὶ μὲν δὴ καὶ τῆς χρείας τῆς ἐμῆς καὶ τῆς Λυκίνου τοῦτο ὑμῖν μέγιστον τεκμήριόν ἐστιν, ὅτι οὐ σφόδρα ἐχρώμην ἐγὼ Λυκίνῳ φίλῳ ὡς πάντα ποιῆσαι ἂν τὰ ἐκείνῳ δοκοῦντα· οὐ γὰρ δή που ἑπτὰ μὲν μνᾶς οὐκ ἀπέτεισα ὑπὲρ αὐτοῦ δεδεμένου καὶ λυμαινομένου, κίνδυνον δὲ τοσοῦτον ἀράμενος ἄνδρα ἀπέκτεινα δι’ ἐκεῖνον. 

Ὡς μὲν οὖν οὐκ αὐτὸς αἴτιός εἰμι τοῦ πράγματος οὐδὲ ἐκεῖνος, ἀποδέδεικται καθ’ ὅσον ἐγὼ δύναμαι μάλιστα. Τούτῳ δὲ χρῶνται πλείστῳ λόγῳ οἱ κατήγοροι, ὅτι ἀφανής ἐστιν ὁ ἀνήρ (1), καὶ ὑμεῖς ἴσως περὶ τούτου αὐτοῦ ποθεῖτε ἀκοῦσαι. Εἰ μὲν οὖν τοῦτο εἰκάζειν με δεῖ, ἐξ ἴσου τοῦτό ἐστι καὶ ὑμῖν καὶ ἐμοί· οὔτε γὰρ ὑμεῖς αἴτιοι τοῦ ἔργου ἐστὲ οὔτε ἐγώ· εἰ δὲ δεῖ τοῖς ἀληθέσι χρῆσθαι, τῶν εἰργασμένων τινὰ ἐρωτώντων· ἐκείνου γὰρ ἄριστ’ ἂν πύθοιντο. ᾿Εμοὶ μὲν γὰρ τῷ μὴ εἰργασμένῳ τοσοῦτον τὸ μακρότατον τῆς ἀποκρίσεώς ἐστιν, ὅτι οὐκ εἴργασμαι· τῷ δὲ ποιήσαντι ῥᾳδία ἐστὶν ἡ ἀπόδειξις, καὶ μὴ ἀποδείξαντι εὖ εἰκάσαι. Οἱ μὲν γὰρ πανουργοῦντες ἅμα τε πανουργοῦσι καὶ πρόφασιν εὑρίσκουσι τοῦ ἀδικήματος, τῷ δὲ μὴ εἰργασμένῳ χαλεπὸν περὶ τῶν ἀφανῶν εἰκάζειν. Οἶμαι δ’ ἂν καὶ ὑμῶν ἕκαστον, εἴ τίς τινα ἔροιτο ὅ τι μὴ τύχοι εἰδώς, τοσοῦτον ἂν εἰπεῖν, ὅτι οὐκ οἶδεν· εἰ δέ τις περαιτέρω τι κελεύοι λέγειν, ἐν πολλῇ ἂν ἔχεσθαι ὑμᾶς ἀπορίᾳ δοκῶ. Μὴ τοίνυν ἐμοὶ νείμητε τὸ ἄπορον τοῦτο, ἐν ᾧ μηδ’ ἂν αὐτοὶ εὐποροῖτε· μηδὲ ἐὰν εὖ εἰκάζω, ἐν τούτῳ μοι ἀξιοῦτε τὴν ἀπόφευξιν εἶναι, ἀλλ’ ἐξαρκείτω μοι ἐμαυτὸν ἀναίτιον ἀποδεῖξαι τοῦ πράγματος. 

Antiphon, Plaidoyer sur le meurtre d’Hérode
(342 mots)

(1) Désigne la victime, dont le corps n’a jamais été retrouvé.

Version latine

MŒURS ET DEVOIRS DU RHÉTEUR

Ergo cum ad eas in studiis uires peruenerit puer ut quae prima esse praecepta rhetorum diximus mente consequi possit, tradendus eius artis magistris erit. Quorum in primis inspici mores oportebit : quod ego non idcirco potissimum in hac parte tractare sum adgressus, quia non in ceteris quoque doctoribus idem hoc examinandum quam diligentissime putem, sicut testatus sum libro priore, sed quod magis necessariam eius rei mentionem facit aetas ipsa discentium. Nam et adulti fere pueri ad hos praeceptores transferuntur et apud eos iuuenes etiam facti perseuerant ; ideoque maior adhibenda tum cura est, ut et teneriores annos ab iniuria sanctitas docentis custodiat et ferociores a licentia grauitas deterreat. Neque uero sat est summam praestare abstinentiam, nisi disciplinae seueritate conuenientium quoque ad se mores adstrinxerit.

Sumat igitur ante omnia parentis erga discipulos suos animum, ac succedere se in eorum locum a quibus sibi liberi tradantur existimet. Ipse nec habeat uitia nec ferat. Non austeritas eius tristis, non dissoluta sit comitas, ne inde odium, hinc contemptus oriatur. Plurimus ei de honesto ac bono sermo sit : nam quo saepius monuerit, hoc rarius castigabit ; minime iracundus, nec tamen eorum quae emendanda erunt dissimulator, simplex in docendo, patiens laboris, adsiduus potius quam immodicus. Interrogantibus libenter respondeat, non interrogantes percontetur ultro. In laudandis discipulorum dictionibus nec malignus nec effusus, quia res altera taedium laboris, altera securitatem parit. In emendando quae corrigenda erunt non acerbus minimeque contumeliosus ; nam id quidem multos a proposito studendi fugat, quod quidam sic obiurgant quasi oderint. Ipse aliquid, immo multa cotidie dicat quae secum auditores referant. Licet enim satis exemplorum ad imitandum ex lectione suppeditet, tamen uiua illa, ut dicitur, uox alit plenius, praecipueque praeceptoris quem discipuli, si modo recte sunt instituti, et amant et uerentur.

Quintilien, Institution oratoire, II, 2, 1-8
(282 mots)