Voir le Projet II.

Pour le moment, cette page regroupe seulement les sujets de compositions et de versions latines et grecques de l’Agrégation externe de Lettres modernes. Elle est progressivement complétée et contient actuellement 38 sujets in extenso.

Les programmes, sujets et rapports des quelques dernières années se trouvent, au format PDF, sur le site du ministère de l’Éducation nationale, de même que le descriptif des épreuves. Le site Arrête ton char propose, au format PDF, de nombreux programmes, sujets et rapports, sur plusieurs décennies. Une partie des programmes des sessions antérieures se trouve sur Wikipédia. On peut aussi en trouver de plus anciens dans les Bulletins officiels de l’Éducation nationale.

Les versions grecques et latines de 2008 à 2020 sont regroupés, en format PDF, sur le site du Département des Sciences de l’Antiquité de l’École normale supérieure de Paris, avec les rapports du jury de ces années-là. Les sujets de 1970 à 1999 ont fait l’objet d’une publication au format papier qui les regroupe tous.

Quelques copies de concours se trouvent sur cette page (voir le Projet I).

Les synopsis des sujets en début de page permettent de se faire une idée des auteurs et des textes qui tombent de manière récurrente. Si vous connaissez les quelques sujets manquants, n’hésitez pas à me les indiquer.

Lorsque le jury propose un corrigé pour les versions de langues anciennes, nous les reproduisons ici. Ces textes appartiennent évidemment à leurs autrices et auteurs et à https://www.devenirenseignant.gouv.fr. Les explications plus détaillées se trouvent dans les rapports de jury.

Cette agrégation a distingué deux jurys, l’un pour les femmes et l’autre pour les hommes, à partir de la session 1962. Le concours est redevenu mixte lors de la session 1976.

SYNOPSIS DES SUJETS

Version latine

POÉSIE : 7/71
PROSE : 64/71

1960 : Viau (prose épistolaire)
1961 : Du Bellay (poésie élégiaque)
1962 F : Sénèque le Jeune (prose philosophique)
1962 H : Cicéron (prose philosophique)
1963 F : Tite Live (prose historique)
1963 H : Cicéron (prose épistolaire)
1964 F : Cicéron (prose philosophique)
1964 H : Érasme (prose philosophique)
1965 F : Tite Live (prose historique)
1965 H : Cicéron (prose philosophique)
1966 F : Quintilien (prose didactique)
1966 H : Quintilien (prose didactique)
1967 F : Cicéron (prose philosophique)
1967 H : Tite Live (prose historique)
1968 F : /
1968 H : /
1969 F : Tite Live (prose historique)
1969 H : Tite Live (prose historique)
1970 F : ?
1970 H : Pline le Jeune (prose épistolaire)
1971 F : Sénèque le Jeune (prose philosophique)
1971 H : Sénèque le Jeune (prose philosophique)
1972 F : Tite Live (prose historique)
1972 H : Tite Live (prose historique)
1973 F : Pline le Jeune (prose épistolaire)
1973 H : Pline le Jeune (prose épistolaire)
1974 F : Aulu-Gelle (prose historique)
1974 H : ?
1975 F : Suétone (prose historique)
1975 H : Suétone (prose historique)
1976 : Cornélius Népos (prose historique)
1977 : César (prose historique)
1978 : Pline le Jeune (prose épistolaire)
1979 : Cicéron (prose philosophique)
1980 : Tacite (prose historique)
1981 : Tite Live (prose historique)
1982 : Vitruve (prose historique)
1983 : Tite Live (prose historique)
1984 : Sénèque le Jeune (prose philosophique)
1985 : Tite Live (prose historique)
1986 : Sénèque le Jeune (prose philosophique)
1987 : Cicéron (prose philosophique)
1988 : Sénèque le Jeune (prose philosophique)
1989 : Pline le Jeune (prose épistolaire)
1990 : Tite Live (prose historique)
1991 : Cicéron (prose épistolaire)
1992 : Virgile (poésie épique)
1993 : Sénèque le Jeune (prose philosophique)
1994 : Cicéron (prose philosophique)
1995 : Ovide (poésie élégiaque)
1996 : Quinte Curce (prose historique)
1997 : Pétrone (prose romanesque)
1998 : Cicéron (prose philosophique)
1999 : Tacite (prose historique)
2000 : Sénèque l’Ancien (prose philosophique)
2001 : Aulu-Gelle (prose historique)
2002 : Cicéron (prose épistolaire)
2003 : Sénèque le Jeune (prose philosophique)
2004 : ?
2005 : Tite Live (prose historique)
2006 : Cicéron (prose oratoire)
2007 : Virgile (poésie épique)
2008 : Salluste (prose historique)
2009 : Sénèque (prose philosophique)
2010 : Suétone (prose historique)
2011 : Cicéron (prose philosophique)
2012 : Quinte Curce (prose historique)
2013 : Properce (poésie élégiaque)
2014 : Tacite (prose historique)
2015 : Aulu-Gelle (prose historique)
2016 : Ovide (poésie épique)
2017 : Salluste (prose historique)
2018 : Justin (prose historique)
2019 : Sénèque le Jeune (prose philosophique)
2020 : Ovide (poésie épique)
2021 : Sénèque le Jeune (prose philosophique)

Version grecque

POÉSIE : 3/13
PROSE : 10/13

2009 : Longus (prose romanesque)
2010 : Lucien (prose romanesque)
2011 : Ménandre (poésie dramatique – comédie)
2012 : Xénophon (prose historique)
2013 : Aristophane (poésie dramatique – comédie)
2014 : Arrien (prose historique)
2015 : Flavius Josèphe (prose historique)
2016 : Platon (prose philosophique)
2017 : Épictète (prose philosophique)
2018 : Platon (prose philosophique)
2019 : Sophocle (poésie dramatique – tragédie)
2020 : Lysias (prose oratoire)
2021 : Xénophon (prose historique)

A. MIXTE

Session 1960

Version latine

LETTRE DE THÉOPHILE DE VIAU À SON FRÈRE PAUL

Cette lettre a été écrite probablement en décembre 1622 au moment où Théophile vient de se convertir au catholicisme. Son frère est resté protestant et combat dans les troupes qui luttent contre l’armée royale.

Quod a me nullas tot mensibus litteras acceperis in promptu causa est : intelligebam scilicet et fratri simul et hosti scribendum esse, atque eidem et convicia et salutem mittere me posse non putavi. Diutino itaque dissidio agitatus hæsi, donec illam animi mei litem et ratio et natura diremerunt ; neque fratrem ulterius odisse passus est naturalis amor, immo et tam strenuum hostem laudare nostri esse officii ratio persuasit. Licet tua consilia mihi prorsus improbanda sint et te nostrarum non esse partium quotidie meus amor ingemiscat, non possum tamen de magnanimitate tua tot audire citra maximam animi mei voluptatem ; tot labores etiam in perniciem nostram et feliciter coeptos et fortiter superatos tibi gratulor et, si quod est scelus fortem esse, tua etiam crimina non diligere non possum. Renuntiatum est nobis de cruento quodam proelio in quo a dux d’Elbeuf exercitui regio praeerat ; ibi te inter nostrorum cadavera et tuorum stragem obrutum hostium multitudine, pulvere et sanguine respersum, quidam mihi noti armis te spoliatum invenerunt ; et, quoniam meus fuisti frater, minus sunt sua sorte usi atque argento saltem tibi libertatem concesserunt. Est certe aliquod beneficium eos te dimisisse, sed vicisse et spoliasse longe gravior injuria est, nisique Martis propria atrocitas esset atque e nostris pauci, pejori fato collapsi, infortunio tuo vicem rependerent, vix condonarem etiam de me bene meritis militibus et inimici gratia in meos ipse hostilem animum gererem. At jam, frater, utrinque satis saevitum est, recipe te in tuum otium et, quod superest aetatis, utere gloria tua. Quod si tandem insanae religionis caecum amorem non meo exemplo, sed tuo ipsius ingenio discutere valeas, ad nos accede et in partem fortunae nostrae  veni  […]. Te, frater, cui Deus tantam indulsit perspicuitatem mentis in obscuritate plebeia delitescere foedum est. Consule te ipsum, obsequere rationi tuae et quam universi auctor atque adeo totius orbis structua animo tuo lucem effundit, admittito […]. Turpe est, quos infantia suscepit, pravos metus confirmatum jam animum et statam aetatem terrere. 

Théophile de Viau,
Ad Paulum fratrem charissimum
(318 mots)

Session 1961

Version latine

PATRIAE DESIDERIUM

Quicumque ignotis lentus terit ocia terris
          Et vagus externo quaerit in orbe domum, 
Quem non dulcis amor, quem non revocare parentes, 
          Nec potuit si quid dulcius esse potest, 
Ferreus est, dignusque olim cui matris ab alvo 
          Hyrcanae tigres ubera praebuerint. 
Non mihi saxea sunt durove rigentia ferro 
          Pectora, nec tigris, nec fuit ursa parens, 
Ut dulci patriae durus non tangar amore, 
          Totque procul menses exul ut esse velim. 
Quid namque exilium est aliud quam sidera nota, 
          Quam patriam et proprios deseruisse lares ? 
Annua ter rapidi circum acta est orbita solis, 
          Ex quo tam longas cogor inire vias, 
Ignotisque procul peregrinus degere tectis,
          Et Lyrii (1) tantum vix meminisse mei, 
Atque alios ritus, aliosque ediscere mores, 
          Fingere et insolito verba aliena sono. 
At quid Romana (dices) speciosius aula, 
          Aut quisnam toto pulchrior orbe locus ?
Roma orbis patria est, quique altae moenia Romae
          Incolit, in proprio degit et ille solo.
Forsan et est Romae (quod non contingere cuivis
         Hic solet externo) vivere dulci mihi : […]
At quoties studia antiqua, antiquosque sodales, 
          Et memini charam deseruisse domum, 
Quondam ubi sollicitas Persarum temnere gazas, 
          Et felix parvo vivere doctus eram :
Ipsa mihi patriae toties occurrit imago, 
          Et toties curis torqueor usque novis. 
Utque nihil desit, nobis tamen omnia desunt, 
          Dum miseris noto non licet orbe frui. 
Nec Ligeris ripas, saltus, sylvasque comantes 
          Cernere, et Andini (2) pinguia culta soli, 
Quae lacte et Baccho, flaventis et ubere campi 
          Antiquae certant laudibus Italiae.

Joachim du Bellay, 
PoemataÉlégies, VII, v. 1-24 et 29-40
(36 vers – 234 mots)

(1) Le « petit Liré ».
(2) Angevin.

B. FEMMES

Session 1962

Version latine

AVANT LES CIVILISATIONS

Terra ipsa fertilior erat illaborata et in usus populorum non diripientium larga. Quicquid natura protulerat, id non minus invenisse quam inventum monstrare alteri uoluptas erat. Nec ulli aut superare poterat aut deesse : inter concordes dividebatur. Nondum valentior imposuerat infirmiori manum ; nondum avarus, abscondendo quod sibi jaceret, alium necessariis quoque excluserat : par erat alterius ac sui cura. Arma cessabant incruentaeque humano sanguine manus odium omne in feras verterant. Illi, quos aliquod nemus densum a sole protexerat, qui adversus saevitiam hiemis aut imbris vili receptaculo tuti sub fronde vivebant, placidas transigebant sine suspirio noctes. Sollicitudo nos in nostra purpura versat et accerrimis excitat stimulis. At quam mollem somnum illis dura tellus dabat ! Non impendebant caelata laquearia, sed in aperto jacentes sidera superlabebantur et insigne spectaculum noctium. Mundus in praeceps agebatur, silentio tantum opus ducens. Tam interdiu illis quam noctu patebant prospectus hujus pulcherrimae domus. Libebat intueri signa, ex media caeli parte vergentia, rursus ex occulto alia surgentia. Quidni iuvaret vagare inter tam late sparsa miracula ? At vos ad omnem tectorum pavetis sonum et, inter picturas vestras siquid increpuit, fugitis attoniti. Non habebant domos instar urbium. Spiritus ac liber inter aperta perflatus et levis umbra rupis aut arboris et perlucidi fontes rivique non opere nec fistula nec ullo coacto itinere obsolefacti, sed sponte currentes et prata sine arte formosa, inter haec agreste domicilium, rustica positum manu. Haec erat secundum naturam domus, in qua libebat habitare.

Sénèque le Jeune,
Lettres à Lucilius, XIV, 91, 40-43
(232 mots)

Session 1963

Version latine

AU SÉNAT DE CARTHAGE, APRÈS LA NOUVELLE DE LA VICTOIRE DE CANNES

Secundum haec dicta Magonis (1) laetis omnibus, Himilco, vir factionis Barcinae, locum Hannonis increpandi esse ratus, « Quid est, Hanno ?  inquit ;  etiam nunc paenitet belli suscepti adversus Romanos ? Jube dedi Hannibalem ; veta in tam prosperis rebus grates Deis immortalibus agi ; audiamus Romanum senatorem in Carthaginiensium curia. » Tum Hanno : « Tacuissem hodie, Patres conscripti, ne quid in communi omnium gaudio, minus laetum quod esset vobis, loquerer ; nunc interroganti senatori, paeniteatne adhuc suscepti adversus Romanos belli, si reticeam, aut superbus aut obnoxius videar, quorum alterum est hominis alienae libertatis obliti, alterum suae. Respondeo, inquit, Himilconi non desisse paenitere me belli neque desiturum ante invictum vestrum imperatorem incusare quam finitum aliqua tolerabili condicione bellum videro ; nec mihi pacis antiquae desiderium ulla alia res quam pax nova finiet. Itaque ista, quae modo Mago jactavit, Himilconi ceterisque Hannibalis satellitibus jam laeta sint : mihi possunt laeta esse, quia res bello bene gestae, si volumus fortuna uti, pacem nobis aequiorem dabunt. Nam, si praetermittimus hoc tempus, quo magis dare quam accipere possumus videri pacem, vereor ne haec quoque laetitia luxuriet nobis ac vana evadat. Quae tamen nunc quoque qualis est ? « Occidi exercitus hostium – mittite milites mihi. » Quid aliud rogares, si esses victus ? « Hostium cepi bina castra, » praedae videlicet plena et commeatuum, « – frumentum et pecuniam date. » Quid aliud, si spoliatus, si exutus castris esses, peteres ? »

Tite Live, 
Histoire romaine, XXIII, 12, 6-14
(214 mots)

(1) Magon a été envoyé par Hannibal pour annoncer la victoire et demander des renforts et des subsides. Hannon est l’adversaire perpétuel de la famille Barca et de la politique d’Hannibal.

Session 1964

Première composition française

Voltaire loue le talent de Molière dans l’École des Maris : « C’est une pièce de caractère et d’intrigue. Quand il n’aurait fait que ce seul ouvrage, il eût pu passer pour un excellent auteur comique. » Pour l’École des Femmes, il fait état de jugements plus sévères et signale qu’elle « passe pour être inférieure en tout à l’École des Maris, et surtout dans le dénouement, qui est aussi postiche dans l’École des Femmes qu’il est bien amené dans l’École des Maris ». 

Quelle est votre opinion sur ces appréciations ?

[Le sujet est tiré de Voltaire (1697-1778), Vie de Molière, 1772.]

Deuxième composition française

Pour un critique contemporain, la nouvelle semble « n’être faite de rien, — sinon d’un instant, d’un geste, d’une lueur qu’elle isole, dégage et révèle, qu’elle emplit de sens et de pathétique ». 

Dans quelle mesure les nouvelles des auteurs du programme vous paraissent-elles répondre à cette définition ?

[Le sujet est tiré de Marcel Arland (1899-1986), dans la préface de Visite, un recueil de nouvelles de Jean Fougère, Paris, Éditions du Pavois, 1943.]

Version latine

LE PHILOSOPHE DEVANT LA MORT

Commemorat Socrates, ut cygni, qui non sine causa Apollini dicati sint, sed quod ab eo divinationem habere videantur, qua providentes quid in morte boni sit, cum cantu et voluptate moriantur, sic omnibus bonis et doctis esse faciendum. Nec vero de hoc quisquam dubitare posset, nisi idem nobis accideret diligenter de animo cogitantibus, quod iis saepe usu venit qui cum acriter oculis deficientem solem intuerentur, aspectum omnino amitterent : sic mentis acies se ipsa intuens non numquam hebescit, ob eamque causam contemplandi diligentiam amittimus. Itaque dubitans, circumspectans, haesitans, multa adversa reverens tamquam in rate in mari inmenso nostra vehitur oratio. […] Tota philosophorum vita commentatio mortis est.  Nam quid aliud agimus, cum a voluptate, id est a corpore, cum a re familiari, quae est ministra et famula corporis, cum a re publica, cum a negotio omni sevocamus animum, quid, inquam, tum agimus nisi animum ad se ipsum advocamus, secum esse cogimus maximeque a corpore abducimus ? Secernere autem a corpore animum, nec quicquam aliud, est mori discere. Quare hoc commentemur, mihi crede, disjungamusque nos a corporibus, id est consuescamus mori. Hoc, et dum erimus in terris, erit illi caelesti vitae simile, et cum illuc ex his vinclis emissi feremur, minus tardabitur cursus animorum. Nam qui in compedibus corporis semper fuerunt, etiam cum soluti sunt, tardius ingrediuntur, ut ii qui ferro vincti multos annos fuerunt. Quo cum venerimus, tum denique vivemus. Nam haec quidem vita mors est, quam lamentari possem, si liberet.

Cicéron, 
Tusculanes, I, 73-75
(237 mots)

Session 1965

Première composition française

Étudiez, en vous limitant aux textes de Diderot inscrits au programme, cette observation du critique Herbert Dieckmann : « En faisant de ses idées des êtres qui agissent dans un récit, Diderot se libère des conflits où tombait sa pensée. Il a trouvé dans la forme littéraire un nouveau mode d’expression conforme à l’attitude de son esprit face à ses idées. »

[Le sujet est tiré de Herbert Dieckmann (1906-1986), Cinq leçons sur Diderot, Paris, Minard, 1959.]

Deuxième composition française

« On peut dire de Gil Blas, écrit Sainte-Beuve dans ses Causeries du lundi, qu’il se laisse faire par les choses ; il ne devance pas l’expérience, il la reçoit. »

Dans quelle mesure cette réflexion vous paraît-elle s’appliquer aux personnages picaresques, tels qu’ils se présentent dans les trois romans inscrits au programme ?

[Le sujet est tiré de Charles Augustin de Sainte-Beuve (1804-1869), Causeries du lundi, 1851, II, « Le sage ».]

Version latine

DE LA PETITE À LA GRANDE HISTOIRE
UN ÉPISODE DES LUTTES DE LA PLÈBE POUR LE POUVOIR

M. Fabi Ambusti, potentis viri […], filiae duae nuptae Ser. Sulpicio maior, minor C. Licinio Stoloni erat, illustri quidem viro, tamen plebeio ; eaque ipsa affinitas haud spreta gratiam Fabio ad vulgum quaesierat. Forte ita incidit, ut in Ser. Sulpici, tribuni militum, domo sorores Fabiae cum inter se, ut fit, sermonibus tempus tererent, lictor Sulpici, cum is de foro se domum reciperet, forem, ut mos est, virga percuteret. Cum ad id, moris ejus insueta expavisset minor Fabia, risui sorori fuit, miranti ignorare id sororem. Ceterum is risus stimulos parvis mobili rebus animo muliebri subdidit. Frequentia quoque prosequentium rogantiumque num quid vellet, credo fortunatum matrimonium ei sororis visum, suique ipsam, malo arbitrio, quo a proximis quisque minime anteiri vult, paenituisse. Confusam eam ex recenti morsu animi cum pater forte vidisset, percontatus « Satin salve ? » avertentem causam doloris (quippe nec satis piam adversus sororem, nec admodum in virum honorificam) elicuit, comiter sciscitando, ut fateretur eam esse causam doloris, quod juncta impari esset, nupta in domo, quam nec honos nec gratia intrare posset. Consolans inde filiam Ambustus bonum animum habere jussit : eosdem propediem domi visuram honores, quos apud sororem videat. Inde consilia inire cum genero coepit.

Tite Live,
Histoire romaine, VI, 34, 5-11
(190 mots)

Session 1966

Première composition française

Dans quelle mesure vous semble-t-il possible d’appliquer aux Provinciales cette réflexion de Pascal lui-même :

« Rien ne nous plaît que le combat, mais non la victoire […]. Ainsi dans le jeu, ainsi dans la recherche de la vérité. On aime à voir dans les disputes le combat des opinions ; mais de contempler la vérité trouvée, point du tout ; pour la faire remarquer avec plaisir, il faut la faire voir naître de la dispute… »  

[Le sujet est tiré de Blaise Pascal (1623-1662), Pensées, 1669, XXIX.]

Deuxième composition française

En vous limitant aux œuvres inscrites au programme, vous étudierez ce jugement de Brunetière relatif au drame bourgeois :

« Presque tout ce que la sensibilité a gagné au XVIIIe siècle, c’est l’art qui l’a perdu. »

[Le sujet est tiré de Ferdinand Brunetière (1849-1906), Les époques du théâtre français, 1892.]

Version latine

L’ORATEUR DIGNE DE CE NOM N’EST PAS NÉCESSAIREMENT UN AVOCAT HABILE

Illud est diligentius docendum, eum demum dicere apte, qui non solum quid expediat sed etiam quid deceat inspexerit. Nec me fugit plerumque haec esse conjuncta. Nam quod decet fere prodest, neque alio magis animi judicum conciliari, aut, si res in contrarium tulit, alienari solent. Aliquando tamen et haec dissentiunt. Quotiens autem pugnabunt, ipsam utilitatem vincet quod decet. Nam quis nescit nihil magis profuturum ad absolutionem Socrati fuisse, quam si esset usus illo judiciali genere defensionis, et oratione summissa conciliasset judicum animos sibi crimenque ipsum sollicite redarguisset ? Verum id eum minime decebat ; ideoque sic egit ut qui poenam suam honoribus summis esset aestimaturus. Maluit enim vir sapientissimus quod superesset ex vita, sibi perire, quam quod praeterisset. Et quando ab hominibus sui temporis parum intelligebatur, posteriorum se judiciis reservavit, brevi detrimento jam ultimae senectutis aevum saeculorum omnium consecutus. Itaque quamvis Lysias, qui tum in dicendo praestantissimus habebatur, defensionem illi scriptam obtulisset, uti ea noluit, cum bonam quidem, sed parum sibi convenientem judicavisset. Quo vel solo patet non persuadendi sed bene dicendi finem in oratione servandum, cum interim persuadere deforme sit. Non fuit hoc utile absolutioni, sed, quod est majus, homini fuit.

Quintilien, 
Institution oratoire, XI, 1, 8-11
(189 mots)

C. HOMMES

Session 1962

Version latine

ORIGINE DE L’HARUSPICINE, ABSURDITÉ DE CELLE-CI

Ortum videamus haruspicinae ; sic facillime, quid habeat auctoritatis, judicabimus. Tages quidam dicitur in agro Tarquiniensi (1), cum terra araretur et sulcus altius esset impressus, extitisse repente et eum affatus esse qui arabat. Is autem Tages, ut in libris est Etruscorum, puerili specie dicitur visus, sed senili fuisse prudentia. Ejus adspectu cum obstupuisset bubulcus clamoremque majorem cum admiratione edidisset, concursum esse factum, totamque brevi tempore in eum locum Etruriam convenisse ; tum illum plura locutum multis audientibus, qui omnia verba ejus exceperint litterisque mandarint ; omnem autem orationem fuisse eam qua haruspicinae disciplina contineretur ; eam postea crevisse rebus novis cognoscendis et ad eadem illa principia referendis. Haec accepimus ab ipsis, haec scripta conservant, hunc fontem habent disciplinae. Num ergo opus est ad haec refellenda Carneade (2) ? Num Epicuro ? estne quispiam ita desipiens, qui credat exaratum esse… deum dicam an hominem ? Si deum, cur se contra naturam in terram abdiderat, ut patefactus aratro lucem aspiceret ? quid ? idem nonne poterat deus hominibus disciplinam superiore e loco tradere ? Si autem homo ille Tages fuit, quonam modo potuit terra oppressus vivere ? unde porro illa potuit quae docebat alios, didicisse ? Sed ego insipientior quam illi ipsi qui ista credunt, qui quidem contra eos tam diu disputem. Vetus autem illud Catonis admodum scitum est, qui mirari se aiebat quod non tideret haruspex, haruspicem cum vidisset. Quota enim quaeque res evenit praedicta ab istis ? aut, si evenit quippiam, quid afferri potest, cur non casu id evenerit ? […] Quid ego haruspicum responsa commemorem (possum equidem innumerabilia) quae aut nullos habuerint exitus aut contrarios ?

Cicéron, 
De la divination, II, 50-52
(249 mots)

(1) de Tarquinies, une grande ville d’Étrurie
(2) Carnéade, philosophe de l’école néo-académique et Épicure opposaient des arguments sceptiques à ceux qui croyaient à la divination.

Session 1963

Version latine

UNE REQUÊTE SANS VERGOGNE

Dans une lettre à l’historien Lucceius, Cicéron le prie d’écrire l’histoire de son consulat.

Coram me tecum eadem haec agere saepe conantem deterruit pudor quidam paene subrusticus, quae nunc expromam absens audacius : epistula enim non erubescit. Ardeo cupiditate incredibili, neque, ut ego arbitror, reprehendenda, nomen ut nostrum scriptis illustretur et celebretur tuis. Quod etsi mihi saepe ostendisti te esse facturum, tamen ignoscas velim huic festinationi meae. Genus enim scriptorum tuorum, etsi erat a me vehementer exspectatum, tamen vicit opinionem meam meque ita vel cepit vel incendit, ut cuperem quam celerrime res nostras monimentis commendari tuis. Neque enim me solum commemoratio posteritatis ad spem quamdam immortalitatis rapit, sed etiam illa cupiditas ut vel auctoritate testimonii tui, vel indicio benevolentiae, vel suavitate ingenii, vivi perfruamur. […] 

Neque tamen ignoro quam impudenter faciam, qui primum tibi tantum oneris imponam (potest enim mihi denegare occupatio tua), deinde etiam ut ornes me postulem. Quid, si illa tibi non tanto opere videntur ornanda ? 

Sed tamen, qui semel verecundiae fines transierit, eum bene et naviter oportet esse impudentem. Itaque te plane etiam atque etiam rogo, ut et ornes ea vehementius etiam quam fortasse sentis, et in eo leges historiae neglegas gratiamque illam, de qua suavissime quodam in prooemio scripsisti, a qua te flecti non magis potuisse demonstras quam Herculem Xenophontium (1) illum a Voluptate, eam, si me tibi vehementius commendabit, ne aspernere amorique nostro plusculum etiam quam concedet veritas largiare. 

Quod si te adducemus, ut hoc suscipias, erit, ut mihi persuadeo, materies digna facultate et copia tua… […] Multam etiam casus nostri varietatem tibi in scribendo suppeditabunt plenam cujusdam voluptatis, quae vehementer animos hominum in legendo te scriptore tenere possit. Nihi est enim aptius ad delectationem lectoris quam temporum varietates fortunaeque vicissitudines. 

Cicéron, 
Lettres aux familiers, V, 12, 1-4
(268 mots)

(1) Allusion à l’apologue d’Hercule, entre la vertu et la volupté, rapporté par Xénophon.

Session 1964

Première composition française

Rousseau écrit dans une lettre du 4 novembre 1764 : « On ne peut être heureux sur la terre qu’à proportion qu’on s’éloigne des choses et qu’on se rapproche de soi. » 

Cette définition vous paraît-elle confirmée par les analyses que Rousseau fait de son propre bonheur dans les Rêveries du Promeneur solitaire 

[Le sujet est tiré de Jean-Jacques Rousseau (1712-1778), Lettre à Henriette, 4 novembre 1764.]

Deuxième composition française

Discuter à propos des œuvres mises au programme cette opinion de Theodor Storm :

« La nouvelle est devenue aujourd’hui la sœur du drame et la forme la plus rigoureuse à l’intérieur de l’art de la prose. Tout comme le drame, elle traite les problèmes les plus profonds parmi ceux qui concernent la vie humaine ; comme lui, elle réclame, pour parvenir à l’achèvement, un conflit central autour duquel tout s’organise, par conséquent la mise en œuvre la plus stricte et l’élimination de tout détail secondaire ; non contente d’accepter les suprêmes efforts de l’art, elle les requiert. » 

[Le sujet est tiré de Theodor Storm (1817-1888), Sämtliche Werke, éd. Köster, t. VIII, 1917, p. 122.]

Version latine

L’ENTHOUSIASME D’UN HUMANISTE POUR CICÉRON

Profanum dici non debet quidquid pium est et ad bonos mores conducens. Sacris quidem litteris ubique prima debetur auctoritas, sed tamen ego nonnunquam offendo quaedam vel dicta a veteribus, vel scripta ab ethnicis, etiam poetis, tam caste, tam sancte, tam divinitus, ut mihi non possim persuadere quin pectus illorum, cum illa scriberent, numen aliquod bonum non agitaverit. […] Fateor affectum meum apud amicos : non possum legere librum Ciceronis de Senectute, de Amicitia, de Officiis, de Tusculanis Quaestionibus quin aliquoties exosculer codicem ac venerer sanctum illud pectus afflatum caelesti numine… […] Cum plerique libri M. Tullii, […] divinitatis quiddam spirare videntur, tum ille quem senex scripsit de Senectute, plane mihi videtur « cycneum asma », quemadmodum Graecis est in proverbio. Eum hodie relegi atque haec verba, quoniam prae ceteris arridebant, edidici :

« Si quis deus mihi largiatur ut ex hac aetate repuerascam et in cunis vagiam, valde recusem nec vero velim quasi decurso spatio ad carceres a calce revocari. Quid habet vita commodi ? quid non potius laboris ? Sed non habeat sane, habet certe tamen aut satietatem aut modum. Non libet mihi deplorare vitam, quod multi, et ii docti, saepe fecerunt, neque me vixisse paenitet quoniam ita vixi, ut frustra me natum non existimem et ex vita discedo tanquam ex hospitio, non tanquam e domo ; commorandi enim natura deversorium nobis, non habitandi dedit. O praeclarum diem cum in illud divinum animorum concilium coetumque proficiscar cumque ex hac turba et colluvione discedam ! »

Quid ab homine Christiano dici potuit sanctius ?

Érasme,
Convivium religiosum
(240 mots)

Session 1965

Première composition française

On lit dans une des Cinq Grandes Odes, La Muse qui est la Grâce (1907) : « Je chanterai le grand poème de l’homme soustrait au hasard ! […]
Le grand poème de l’homme enfin par-delà les causes secondes réconcilié aux forces éternelles,
La grande Voie triomphale au travers de la Terre réconciliée pour que l’homme soustrait au hasard s’y avance ! »

De quelle manière Claudel a-t-il réalisé ce poème dans le Soulier de Satin ?

[Le sujet est tiré de Paul Claudel (1868-1955), Cinq Grandes Odes, « La Muse qui est la Grâce », Paris, Gallimard, 1913.]

Deuxième composition française

Dans ses Considérations sur l’histoire de France (1840) Augustin Thierry, protestant contre le succès contemporain de la philosophie de l’histoire, écrit :

« Dans une science qui a pour objet les faits réels et les témoignages positifs, on a vu s’introduire et dominer des méthodes empruntées à la métaphysique […]. L’histoire a été ainsi jetée hors des voies qui lui sont propres ; elle a passé du domaine de l’analyse et de l’observation exacte dans celui des hardiesses synthétiques… »

Vous expliquerez et discuterez ce jugement en fonction de l’ensemble des textes du programme. 

[Le sujet est tiré d’Augustin Thierry (1795-1856), Considérations sur l’histoire de France, 1840, chapitre V.]

Version latine

ROMULUS A EU RAISON DE NE PAS FONDER ROME AU BORD DE LA MER

Hoc vir excellenti providentia sensit ac vidit non esse opportunissimos situs maritimos urbibus eis quae ad spem diuturnitatis conderentur atque imperii, primum quod essent urbes maritimae non solum multis periculis oppositae, sed etiam caecis. Nam terra continens adventus hostium non modo expectatos sed etiam repentinos multis indiciis et quasi fragore quodam et sonitu ipso ante denuntiat ; neque vero quisquam potest hostis advolare terra quin eum non modo esse, sed etiam quis et unde sit scire possimus. Maritimus vero ille et navalis hostis ante adesse potest quam quisquam venturum esse suspicari queat, nec vero, cum venit, prae se fert aut qui sit aut unde veniat aut etiam quid velit ; denique ne nota quidem ulla, pacatus an hostis sit, discerni ac judicari potest. Est autem maritimis urbibus etiam corruptela quaedam ac demutatio morum ; admiscentur enim novis sermonibus ac disciplinis, et inportantur non merces solum adventiciae, sed etiam mores, ut nihil possit in patriis institutis manere integrum. Jam qui incolunt eas urbes non haerent in suis sedibus, sed volucri semper spe et cogitatione rapiuntur a domo longius ; atque etiam cum manent corpore, animo tamen exsulant et vagantur […]. Multa etiam ad luxuriam invitamenta perniciosa civitatibus suppeditantur mari, quae vel capiuntur vel importantur ; atque habet etiam amoenitas ipsa vel sumptuosas vel desidiosas illecebras multas cupiditatum.

Cicéron, 
De la république, II, 5-8
(210 mots)

Session 1966

Première composition française

Dans ses Propos de Littérature, Alain juge ainsi Stendhal romancier : « C’est bien un genre de cynique, et qui porte, comme Diogène, sa lanterne à découvrir l’homme ; mais c’est un cynique qui aime l’homme. »

Vous commenterez cette formule à l’aide des romans inscrits au programme.

[Le sujet est tiré d’Alain (1868-1951), Propos de Littérature, Paris, Paul Hartmann, 1934.]

Deuxième composition française

Discuter cette opinion de Madame de Staël :

« On croit trouver plus d’intérêt dans le drame, parce qu’il nous représente ce que nous voyons tous les jours ; mais une imitation trop rapprochée du vrai n’est pas ce que l’on cherche dans les arts. Le drame est à la tragédie ce que les figures de cire sont aux statues : il y a trop de vérité et pas assez d’idéal ; c’est trop, si c’est de l’art, et jamais assez pour que ce soit la nature. »

[Le sujet est tiré de Germaine de Staël (1766-1817), De l’Allemagne, 1813, seconde partie, chapitre XVI.]

Version latine

TOUS LES ENFANTS SONT CAPABLES DE FAIRE DES ÉTUDES

Nato filio, pater spem de illo primum quam optimam capiat. Ita diligentior a principiis fiet. Falsa enim est querela, paucissimis hominibus vim percipiendi quae tradantur esse concessam, plerosque vero laborem ac tempora tarditate ingenii perdere. Nam contra plures reperias et faciles in excogitando et ad discendum promptos. Quippe id est homini naturale ; ac, sicut aves ad volatum, equi ad cursum, ad saevitiam ferae gignuntur, ita nobis propria est mentis agitatio atque sollertia, unde origo animi caelestis creditur. Hebetes vero et indociles non magis secundum naturam hominis eduntur quam prodigiosa corpora et monstris insignia, sed hi pauci admodum. Fuerit argumentum, quod in pueris elucet spes plurimorum ; quae cum emoritur aetate, manifestum est non naturam defecisse, sed curam. Praestat tamen ingenio alius alium. Concedo, sed plus efficiet aut minus ; nemo reperitur, qui sit studio nihil consecutus. Hoc qui perviderit, protinus ut erit parens factus, acrem quam maxime curam spei futuri oratoris inpendat. […]

In parentibus vero quam plurimum esse eruditionis optaverim. Nec de patribus tantum loquor ; nam Gracchorum eloquentiae multum contulisse accepimus Corneliam matrem, cujus doctissimus sermo in posteros quoque est epistulis traditus […]. Nec tamen ii, quibus discere ipsis non contigit, minorem curam docendi liberos habeant, sed sint propter hoc ipsum ad cetera magis diligentes.

Quintilien,
Institution oratoire, I, 1, 1-3 et 6-7
(202 mots)

D. MIXTE

Session 2005

Version latine

DISCOURS D’HANNIBAL À SES TROUPES
AVANT LA PREMIÈRE BATAILLE CONTRE L’ARMÉE ROMAINE

« Hic uincendum aut moriendum, milites, est, ubi primum hosti occurristis. Et eadem fortuna, quae necessitatem pugnandi imposuit, praemia uobis ea uictoribus proponit quibus ampliora homines ne ab dis quidem immortalibus optare solent. Si Siciliam tantum ac Sardiniam parentibus nostris ereptas nostra uirtute reciperaturi essemus, satis tamen ampla pretia essent ; quicquid Romani tot triumphis partum congestumque possident, id omne uestrum cum ipsis dominis futurum est ; in hanc tam opimam mercedem, agite dum, dis bene iuuantibus arma capite. Satis adhuc in uastis Lusitaniae Celtiberiaeque montibus pecora consectando nullum emolumentum tot laborum periculorumque uestrorum uidistis ; tempus est iam opulenta uos ac ditia stipendia facere et magna operae pretia mereri, tantum itineris per tot montes fluminaque et tot armatas gentes emensos. Hic uobis terminum laborum fortuna dedit ; hic dignam mercedem emeritis stipendiis dabit. Nec, quam magni nominis bellum est, tam difficilem existimaritis uictoriam fore ; saepe et contemptus hostis cruentum certamen edidit et incliti populi regesque perleui momento uicti sunt. Nam dempto hoc uno fulgore nominis Romani, quid est cur illi uobis comparandi sint ? Vt uiginti annorum militiam uestram cum illa uirtute, cum illa fortuna taceam, ab Herculis columnis, ab Oceano terminisque ultimis terrarum per tot ferocissimos Hispaniae et Galliae populos uincentes huc peruenistis ; pugnabitis cum exercitu tirone, hac ipsa aestate caeso, uicto, circumsesso a Gallis, ignoto adhuc duci suo ignorantique ducem. »

Tite Live, 
Histoire romaine, XXI, 43, 5-14
(217 mots)

Corrigé proposé par le jury

« C’est ici, soldats, qu’il vous faut vaincre ou mourir, ici où vous vous trouvez face à l’ennemi pour la première fois. Et le même sort qui vous a imposé la nécessité de combattre vous propose, en cas de victoire, des récompenses telles que les hommes n’ont pas l’habitude d’en souhaiter de plus grandes, fût-ce de la part des dieux immortels. Même s’il ne s’agissait que de reconquérir par notre courage la Sicile et la Sardaigne arrachées à nos pères, la récompense serait suffisamment belle ; mais c’est tous les biens que les Romains possèdent pour les avoir acquis et amassés après tant de triomphes, c’est tous ces biens qui seront à vous, avec leurs propriétaires eux-mêmes. Pour une si magnifique récompense, allez, prenez les armes avec l’aide bienveillante des dieux. Vous avez assez jusqu’ici poursuivi des troupeaux dans les montagnes désertes de Lusitanie et de Celtibérie sans tirer le moindre profit de tant de fatigues et de dangers que vous avez connus. Il est temps à présent de mener des campagnes enrichissantes et fructueuses et de retirer une large rétribution de votre peine, vous qui avez parcouru tant de chemin à travers tant de montagnes et de fleuves et tant de peuples en armes. C’est ici que le sort a assigné un terme à vos épreuves ; c’est ici qu’il vous donnera une récompense digne des campagnes accomplies. Et n’allez pas croire que la difficulté de la victoire sera à la mesure du grand nom que porte cette guerre : il est souvent arrivé qu’un ennemi dont on faisait peu de cas donne lieu à un combat sanglant, et inversement, que des peuples et des rois illustres soient vaincus d’une chiquenaude. De fait, si l’on enlève seulement cet éclat que possède le nom de Rome, en quoi vous sont-ils comparables? Sans parler de vos vingt années de campagne menées avec la bravoure, avec le succès que l’on sait, partis des Colonnes d’Hercule, de l’Océan et des confins des terres, à travers tant de peuples si sauvages d’Espagne et de Gaule, vous êtes parvenus jusqu’ici en vainqueurs ; vous allez affronter une armée de jeunes recrues, qui cet été même a été taillée en pièces, vaincue, cernée par les Gaulois, qui n’est pas encore connue de son général et qui ne connaît pas encore son général. »

Session 2006

Version latine

Prudentissima ciuitas Atheniensium, dum ea rerum potita est, fuisse traditur ; eius porro ciuitatis sapientissimum Solonem dicunt fuisse, eum qui leges quibus hodie quoque utuntur scripserit. Is cum interrogaretur cur nullum supplicium constituisset in eum qui parentem necasset, respondit se id neminem facturum putasse. Sapienter fecisse dicitur, cum de eo nihil sanxerit quod antea commissum non erat, ne non tam prohibere quam admonere uideretur. Quanto nostri maiores sapientius ! Qui, cum intellegerent nihil esse tam sanctum quod non aliquando uiolaret audacia, supplicium in parricidas singulare excogitauerunt ut, quos natura ipsa retinere in officio non potuisset, ii magnitudine poenae a maleficio summouerentur. Insui voluerunt in culleum uiuos atque ita in flumen deici.

O singularem sapientiam, iudices ! Nonne uidentur hunc hominem ex rerum natura sustulisse et eripuisse cui repente caelum, solem, aquam terramque ademerint, ut, qui eum necasset unde ipse natus esset, careret iis rebus omnibus ex quibus omnia nata esse dicuntur ? Noluerunt feris corpus obicere, ne bestiis quoque quae tantum scelus attigissent immanioribus uteremur ; non sic nudos in flumen deicere, ne, cum delati essent in mare, ipsum polluerent quo cetera quae uiolata sunt expiari putantur ; denique nihil tam uile neque tam uulgare est cuius partem ullam reliquerint. Etenim quid tam est commune quam spiritus uiuis, terra mortuis, mare fluctuantibus, litus eiectis?

Cicéron, 
Plaidoyer pour Sextus Roscius d’Amérie, XXV, 70 — XXVI, 72
(208 mots)

Corrigé proposé par le jury

La cité d’Athènes, tant qu’elle fut puissante, fut, à ce qu’on rapporte, la plus sage ; en outre, le plus sage de cette cité fut Solon, dit-on, lui qui rédigea les lois dont on se sert encore aujourd’hui. Alors qu’on lui demandait pourquoi il n’avait prévu aucun supplice contre un coupable de parricide, il répondit qu’il avait cru que personne ne commettrait ce crime. Il passe pour avoir agi sagement, quand il ne punit en rien ce qui n’avait pas été commis auparavant, dans la crainte de donner l’impression non pas tant de chercher à empêcher ce crime que de vouloir attirer l’attention dessus. Comme nos ancêtres ont agi bien plus sagement ! En effet, alors qu’ils avaient saisi que rien n’était à ce point sacré que l’audace ne vienne le violer un jour, ils mirent au point un supplice spécial contre/pour les parricides afin que ceux que la nature elle-même ne pouvait maintenir dans le respect de leurs devoirs fussent détournés du crime par l’énormité de la peine. Ils voulurent qu’on les couse vivants en un sac et qu’on les jette ainsi à la rivière.

Ô extraordinaire sagesse, messieurs les juges ! Ne semblent-ils pas avoir ôté et fait disparaître cet homme du monde, cet homme à qui ils ont enlevé d’un coup le ciel, le soleil, l’eau et la terre ? De sorte que lui qui a tué celui dont il était né lui-même, il est privé de tous ces éléments par lesquels tout est né dit-on. Ils n’ont pas voulu jeter son corps aux bêtes sauvages, afin que nous n’ayons pas affaire à des bêtes aussi plus monstrueuses, pour les avoir mises en contact avec un tel crime ; ils n’ont pas voulu les jeter à la rivière ainsi nus, afin qu’ils n’aillent pas, une fois emportés dans la haute mer, polluer cet élément même par lequel toutes les autres souillures sont, pense-t-on, expiées ; enfin, il n’est rien de si répandu et de si commun dont ils lui aient laissé une part. Et de fait, quoi d’aussi commun que l’air pour les vivants, que la terre pour les morts, que la mer pour ceux qui sont ballottés sur les flots, que le rivage pour ceux que les flots ont rejetés ?

Session 2007

Version latine

Virgile,
Énéide
, I, v. 338-366

Session 2008

Version latine

HÉROÏSME DE DEUX CARTHAGINOIS

Au temps où Carthage était maîtresse de la plus grande partie de l’Afrique, elle avait en Cyrène une rivale aussi riche que puissante.

Ager in medio harenosus, una specie ; neque flumen neque mons erat, qui fi nis eorum discerneret ; quae res eos in magno diuturnoque bello inter se habuit. Postquam utrimque legiones, item classes saepe fusae fugataeque et alteri alteros aliquantum adtriuerant, ueriti ne mox uictos uictoresque defessos alius aggrederetur, per indutias sponsionem faciunt uti certo die legati domo profi ciscerentur : quo in loco inter se obuii fuissent, is communis utriusque populi finis haberetur. Igitur Carthagine duo fratres missi, quibus nomen Philaenis erat, maturauere iter pergere : Cyrenenses tardius iere. Id socordiane an casu acciderit parum cognoui. Ceterum solet in illis locis tempestas haud secus atque in mari retinere : nam ubi per loca aequalia et nuda gignentium uentus coortus harenam humo excitauit, ea, magna ui agitata, ora oculosque implere solet ; ita prospectu impedito morari iter. Postquam Cyrenenses aliquanto posteriores se esse uident, et ob rem corruptam domi poenas metuunt, criminari Carthaginiensis ante tempus domo digressos, conturbare rem, denique omnia malle quam uicti abire. Sed cum Poeni aliam condicionem, tantummodo aequam, peterent, Graeci (1) optionem Carthaginiensium faciunt ut uel illi, quos fi nis populo suo peterent, ibi uiui obruerentur, uel eadem condicione sese quem in locum uellent processuros. Philaeni, condicione probata, seque uitamque suam rei publicae condonauere : ita uiui obruti.

Salluste,
La Guerre de Jugurtha, 79, 1-9
(204 mots)

(1) Graeci : Cyrène est une colonie grecque.

Corrigé proposé par le jury

Le territoire entre elles était sablonneux, uniforme ; il n’y avait ni fleuve ni montagne pour déterminer leurs frontières; et cette situation les entraîna dans une guerre sévère et prolongée. Après que de part et d’autre leurs troupes, de même que leurs flottes, furent souvent mises en déroute et en fuite, et que les deux camps se furent l’un l’autre passablement affaiblis, de peur qu’un troisième n’attaquât bientôt vaincus et vainqueurs épuisés, à l’occasion d’une trêve, ils prennent l’engagement qu’en un jour fixé leurs représentants partiraient de chaque ville : l’endroit où ils se seraient rencontrés serait reconnu comme la frontière commune de chacun des deux peuples. Ainsi donc deux frères envoyés de Carthage, qui s’appelaient les Philènes, firent la route très vite mais les Cyrénéens allèrent plus lentement. Légèreté ou accident, je ne le sais pas. Du reste dans ces contrées la tempête, comme sur mer, retarde souvent le trajet: en effet dans des régions uniformes et dépourvues de végétation, lorsque le vent qui s’est levé a soulevé le sable du sol celui-ci, mu par une énorme force, a l’habitude de remplir les yeux et la bouche. Ainsi l’impossibilité de voir empêche d’avancer. Comme les Cyrénéens voient qu’ils sont sensiblement en arrière, et qu’ils craignent une fois revenus chez eux d’être punis pour avoiréchoué, ils accusent les Carthaginois d’être partis en avance de chez eux, ils embrouillent l’affaire, en somme ils préfèrent tout plutôt que repartir vaincus. Mais comme les Carthaginois demandaient de fixer une autre condition, qui fût seulement équitable, les Grecs leur proposent l’alternative suivante : soit les Carthaginois seraient enterrés vivants là où ils réclamaient pour leur peuple la frontière, soit en s’appliquant la même règle eux- mêmes avanceraient à l’endroit qu’ils voudraient. Les Philènes, ayant approuvé cette proposition, firent don de leur personne et de leur vie à leur cité: ils furent donc enterrés vivants.

Session 2009

Version latine

RÉFLEXIONS SUR LE SUICIDE

Non est quod existimes magnis tantum uiris hoc robur fuisse quo seruitutis humanae claustra perrumperent ; non est quod iudices hoc fieri nisi a Catone non posse, qui quam ferro non emiserat animam manu extraxit : uilissimae sortis homines ingenti impetu in tutum euaserunt, cumque e commodo mori non licuisset nec ad arbitrium suum instrumenta mortis eligere, obuia quaeque rapuerunt et quae natura non erant noxia ui sua tela fecerunt. Nuper in ludo bestiariorum unus e Germanis, cum ad matutina spectacula pararetur, secessit ad exonerandum corpus : nullum aliud illi dabatur sine custode secretum ; ibi lignum id quod ad emundanda obscena adhaerente spongia positum est totum in gulam farsit et interclusis faucibus spiritum elisit. Hoc fuit morti contumeliam facere. Ita prorsus, parum munde et parum decenter : quid est stultius quam fastidiose mori ? O uirum fortem, o dignum cui fati daretur electio ! Quam fortiter ille gladio usus esset, quam animose in profundam se altitudinem maris aut abscisae rupis inmisisset ! Vndique destitutus inuenit quemadmodum et mortem sibi deberet et telum, ut scias ad moriendum nihil aliud in mora esse quam uelle. Existimetur de facto hominis acerrirni ut cuique uisum erit, dum hoc constet, praeferendam esse spurcissimam mortem seruituti mundissimae. Quoniam coepi sordidis exemplis uti, perseuerabo : plus enim a se quisque exiget, si uiderit hanc rem etiam a contemptissimis posse contemni.

Sénèque le Jeune,
Lettres à Lucilius, 70

Corrigé proposé par le jury

Non, il n’y a pas de raison de considérer qu’il n’y ait que des grands hommes qui aient possédé cette force (d’âme) qui leur permît de briser les chaînes de la servitude humaine. Il n’y a pas de raison d’estimer que Caton soit le seul qui puisse le faire, lui qui arracha avec sa main l’âme qu’il n’avait pu faire expirer avec son épée. Des hommes de la plus basse extraction, avec un effort immense, se refugièrent en lieu sûr et, puisqu’il ne leur avait pas été donné de mourir comme il leur convenait ni de choisir à leur guise les moyens de se donner la mort, ils se saisirent de tout ce qui put leur tomber sous la main et mirent leur énergie à faire d’objets qui, en soi, n’étaient pas dangereux des armes. Récemment, lors d’un jeu qui mettait aux prises les gladiateurs à des bêtes, un Germain, alors qu’on le préparait pour les combats du matin, se retira pour se soulager. On ne lui permettait d’aller dans aucun autre endroit qui fût à l’abri des regards d’un garde. Là, il s’enfonça complètement dans le gosier le bâton qui est y placé avec une éponge accrochée au bout pour nettoyer les excréments et il rendit l’âme, la gorge obstruée. [Mais, diras-tu,] cette attitude revint à faire un affront à la mort ! Oui, tout à fait : de façon bien peu propre et bien peu décente. Mais qu’y aurait-il de plus stupide que de mourir en jouant les délicats ? Ô homme courageux, ô homme qui méritait qu’on lui donnât le choix de son destin ! Avec quel courage cet homme aurait manié l’épée, avec quelle hardiesse il se serait précipité dans un gouffre profond en mer ou au fond d’un ravin, à flanc d’un rocher abrupt ! Abandonné de toutes parts, il trouva le moyen de ne se devoir qu’à lui-même tant la mort que son arme, pour qu’on sache que, pour mourir, rien d’autre ne nous retarde que notre volonté. Que chacun apprécie l’acte de cet homme si impétueux comme bon lui semblera, pourvu que l’on tienne pour avéré qu’il faut préférer la mort la plus immonde à la servitude la plus propre. Puisque j’ai commencé à prendre des exemples triviaux, eh bien ! je vais continuer dans cette voie. Chacun exigera en effet davantage de soi-même s’il constate que même les êtres les plus méprisables peuvent mépriser cette chose qu’est la mort.

Session 2010

Version latine

LES PREMIÈRES ANNÉES DE NÉRON

De genitura eius statim multa et formidolosa multis coiectantibus praesagio fuit etiam Domitii patris uox, inter gratulationes amicorum negantis « quicquam ex se et Agrippina nisi detestabile et malo publico nasci potuisse ». Eiusdem futurae infelicitatis signum euidens die lustrico (1) extitit ; nam C. Caesar (2), rogante sorore (3) ut infanti quod uellet nomen daret, intuens Claudium patruum suum, a quo mox principe Nero adoptatus est, « eius se » dixit « dare », neque ipse serio sed per iocum et aspernante Agrippina, quod tum Claudius inter ludibria aulae erat. Trimulus patrem amisit ; cuius ex parte tertia heres, ne hanc quidem integram cepit correptis per coheredem Gaium (2) uniuersis bonis. Et subinde matre etiam relegata paene inops atque egens apud amitam Lepidam nutritus est sub duobus paedagogis saltatore atque tonsore. Verum Claudio imperium adepto non solum paternas opes reciperuit, sed et Crispi Passieni uitrici sui hereditate ditatus est. Gratia quidem et potentia reuocatae restitutaeque matris usque eo floruit, ut emanaret in uulgus missos a Messalina uxore Claudii, qui eum meridiantem, quasi Britannici aemulum, strangularent. Additum fabulae eosdem dracone e puluino se proferente conterritos refugisse. Quae fabula exorta est deprensis in lecto eius circum ceruicalia serpentis exuuiis ; quas tamen aureae armillae ex uoluntate matris inclusas dextro brachio gestauit aliquandiu ac taedio tandem maternae memoriae abiecit rursusque extremis suis rebus frustra requisiit.

Suétone, 
Vie de Néron, 6, 2-8
(214 mots)

(1) Jour où les nouveau-nés, après une cérémonie de purification, recevaient leur nom. 
(2) Gaius Caesar, ou Gaius désignent tous deux l’empereur Caligula.
(3) Agrippine, la mère du nouveau-né.

Corrigé proposé par le jury

Les nombreuses personnes qui, en consultant son horoscope, firent aussitôt mille prédictions terribles virent aussi un présage dans une parole de son père Domitius : celui-ci, tandis que ses amis le félicitaient, affirma que « de lui et d’Agrippine, il n’avait pu naître qu’une chose détestable et destinée à causer le malheur de l’Etat ». Un signe très clair de la triste destinée du même enfant se manifesta le jour de sa purification, car Caligula, tandis que sa sœur lui demandait de donner à l’enfant le nom de son choix, regarda son oncle Claude – celui qui devait peu après devenir empereur et adopter Néron – et dit qu’il lui donnait le nom de Claude ; lui-même ne parlait pas sérieusement mais en manière de plaisanterie, et Agrippine méprisa cette suggestion, parce que Claude était alors l’objet des plaisanteries de la cour. Agé de trois ans, Néron perdit son père ; héritier du tiers de sa fortune, il ne reçut même pas cette part dans son intégralité, car Caligula, son co-héritier, s’empara de l’ensemble des biens. Et comme immédiatement après, sa mère aussi fut bannie, il fut élevé, quasiment sans ressource et manquant de tout, chez sa tante Lepida, avec deux maîtres pour s’occuper de lui, un danseur et un barbier. Mais, Claude une fois devenu empereur, non seulement Néron récupéra les biens de son père, mais il s’enrichit également de l’héritage de son beau-père Crispus Passienus. La faveur et la puissance de sa mère, qui avait été rappelée d’exil et rétablie dans ses droits, furent telles que se répandait dans la foule le bruit selon lequel des hommes avaient été envoyés par Messaline, l’épouse de Claude – qui considérait Néron comme un rival de Britannicus – pour l’étrangler pendant sa sieste. On ajouta à cette légende le fait que ces mêmes hommes s’étaient enfuis, terrorisés par un serpent qui se dressait depuis un coussin. Ce qui fit naître cette légende, c’est qu’on retrouva dans son lit, autour de son oreiller, des peaux de serpent ; ces peaux furent, sur la volonté de sa mère, enchâssées dans un bracelet d’or : Néron le porta au bras droit quelque temps puis enfin, quand le souvenir de sa mère lui devint pénible, il rejeta ce bracelet, et le réclama de nouveau, mais en vain, à la fin de sa vie.

Session 2011

Version latine

ÉLOGE DU SAGE STOÏCIEN

Quam grauis uero, quam magnifica, quam constans conficitur persona sapientis ! qui, cum ratio docuerit, quod honestum esset, id esse solum bonum, semper sit necesse est beatus uereque omnia ista nomina possideat, quae irrideri ab imperitis solent. Rectius enim appellabitur rex quam Tarquinius, qui nec se nec suos regere potuit, rectius magister populi (is enim est dictator) quam Sulla, qui trium pestiferorum uitiorum, luxuriae, auaritiae, crudelitatis, magister fuit, rectius diues quam Crassus, qui nisi eguisset, numquam Euphraten (1) nulla belli causa transire uoluisset. Recte eius omnia dicentur, qui scit uti solus omnibus, recte etiam pulcher appellabitur (animi enim liniamenta sunt pulchriora quam corporis), recte solus liber nec dominationi cuiusquam parens nec oboed.iens cupiditati, recte inuictus, cuius etiamsi corpus constringatur, animo tamen uinoula inici nulla possint. Nec (2) expectet ullum tempus aetatis, ut tum denique iudicetur, beatusne fuerit, cum extremum uitae diem morte confecerit, quod ille unus e septem sapientibus, non sapienter, Croesum monuit ; nam si beatus umquam fuisset, beatam uitam usque ad illum a Cyro extructum rogum pertulisset (3). Quod si ita est, ut neque quisquam nisi bonus uir et omnes boni beati sint, quid philosophia magis colendum aut quid est uirtute diuinius ?

Cicéron, 
Des termes extrêmes des biens et des maux, III, 75-76
(190 mots)

(1) Euphraten : accusatif (forme grecque).
(2) nec (ici) = neue.
(3) Crésus, roi de Lydie réputé pour sa richesse, perdit son royaume au profit de Cyrus,
qui le condamna à mort, puis décida in extremis de l’épargner.

Corrigé proposé par le jury

Et certes, qu’il est imposant, qu’il est magnifique, qu’il est constant, le personnage du sage ainsi élaboré ! Celui-ci, une fois que la raison lui aura enseigné qu’il n’y a d’autre bien que l’honnêteté, ne peut faire autrement que d’être toujours heureux et de posséder véritablement tous ces noms que les profanes ont l’habitude de railler. En effet, il méritera qu’on l’appelle roi mieux que Tarquin, qui ne sut être roi ni de lui-même, ni des siens ; il méritera qu’on l’appelle maître du peuple (c’est-à-dire dictateur) mieux que Sylla, qui ne fut le maître que de trois vices délétères : le goût du luxe, l’avarice et la cruauté ; il méritera qu’on l’appelle riche mieux que Crassus, qui, s’il avait été comblé, n’aurait jamais eu le désir de traverser l’Euphrate sans aucun motif de guerre. Il méritera bien qu’on dise qu’il a tout, lui qui est seul à savoir user de tout. Il méritera même bien qu’on l’appelle beau (car les linéaments de l’âme sont plus beaux que ceux du corps) ; que seul on l’appelle libre, délivré de la domination de quiconque et de l’emprise de la passion ; qu’on l’appelle invincible, car même si son corps est enchaîné, nuls liens ne peuvent pourtant emprisonner son âme. Et il n’a pas à attendre, pour qu’on juge enfin s’il a été heureux, d’avoir atteint l’âge où la mort aura mis un terme au dernier jour de sa vie, comme l’un des sept sages, avec peu de sagesse, le conseilla à Crésus ; car si ce dernier avait jamais été heureux, il aurait jusqu’au bout mené une vie heureuse, y compris jusqu’à ce bûcher élevé pour lui par Cyrus. Si donc il est vrai que personne n’est heureux sinon l’homme de bien, et que tous les hommes de bien sont heureux, y a-t-il rien qu’on doive cultiver davantage que la philosophie ? et y a-t-il rien de plus divin que la vertu ?

Session 2012

Version latine

ALEXANDRE VICTIME D’UNE HYDROCUTION

Mediam (1) Cydnus amnis, de quo paulo ante dictum est, interfluit ; et tunc aestas erat, cuius calor non aliam magis quam Ciliciae oram uapore solis accendit, et diei feruidissimum tempus esse coeperat. Puluere simul ac sudore perfusum regem (2) inuitauit liquor fluminis, ut calidum adhuc corpus ablueret ; itaque, ueste deposita, in conspectu agminis, – decorum quoque futurum ratus, si ostendisset suis leui ac parabili cultu corporis se esse contentum – descendit in flumen. Vixque ingressi subito horrore artus rigere coeperunt ; pallor deinde suffusus est, et totum propemodum corpus uitalis calor liquit. Expiranti similem ministri manu excipiunt, nec satis compotem mentis in tabernaculum deferunt. Ingens sollicitudo et paene iam luctus in castris erat. Flentes querebantur in tanto impetu cursuque rerum omnis aetatis ac memoriae clarissimum regem non in acie saltem, non ab hoste deiectum, sed abluentem aqua corpus ereptum esse et extinctum : « instare Dareum (3) uictorem antequam uidisset hostem ; sibi easdem terras, quas uictoria peragrassent, repetendas : omnia aut ipsos, aut hostes populatos. Per uastas solitudines, etiam si nemo insequi uelit, euntes fame atque inopia debellari posse ». Rursus in ipsum regem misericordia uersa, illum florem iuuentae, illam uim animi, eundem regem et commilitonem diuelli a se et abrumpi inmemores sui querebantur.

Quinte-Curce,
Histoire d’Alexandre
(193 mots)

(1) mediam : comprendre mediam urbem (il s’agit de la ville de Tarse, en Cilicie). (2) regem : Alexandre, roi de Macédoine.
(3) Dareus : Darius, roi de Perse, ennemi d’Alexandre.

Corrigé proposé par le jury

Le Cydnus, dont il a été question un peu plus haut, traverse la ville en son milieu. C’était alors l’été ; nul endroit ne brûle en cette chaude saison comme le rivage de Cilicie sous l’ardeur du soleil ; et le moment de la journée où la chaleur est la plus accablante avait commencé. La limpidité de l’eau invita le roi, recouvert à la fois de poussière et de sueur, à se baigner alors que son corps était encore échauffé ; c’est pourquoi, ayant retiré ses vêtements, sous les yeux de l’armée — il pensait que ce serait aussi un bon exemple s’il montrait aux siens qu’il se contentait de prendre soin de son corps simplement et à peu de frais —, il descendit dans le fleuve. À peine fut-il entré dans l’eau qu’un frisson soudain s’empara de ses membres et qu’ils devinrent rigides ; puis la pâleur l’envahit et la chaleur de la vie abandonna son corps presque entièrement. Semblable à un mourant, ses serviteurs le recueillent dans leurs bras, et le portent à sa tente, à demi conscient. Une angoisse terrible, presque déjà un sentiment de deuil régnaient dans le camp. En larmes, ses hommes déploraient que, alors que le cours des événements se précipitait ainsi, le roi le plus illustre dont les siècles eussent gardé la mémoire leur eût été arraché, se fût éteint, non pas du moins en pleine bataille, non pas fauché par l’ennemi, mais en prenant un bain. Darius s’approchait, victorieux avant d’avoir vu son ennemi; eux, il leur faudrait regagner les mêmes terres qu’ils avaient parcourues en vainqueurs : tout avait été dévasté, soit par eux-mêmes, soit par les ennemis. En traversant ces immenses déserts, même si personne ne décidait de les poursuivre, ils pouvaient être vaincus par la faim et l’absence de ressources. Puis ils reportaient leur pitié sur le roi lui-même et, à l’idée que cette florissante jeunesse, cette force d’âme, ce roi qui était aussi leur compagnon d’armes leur était enlevé, arraché, oublieux de leur propre sort, ils se lamentaient.

Session 2013

Version latine

PORTRAIT DE L’AMOUR

Le poète justifie l’iconographie traditionnelle de l’amour.

Quicumque ille fuit, puerum qui pinxit Amorem,                   
       nonne putas miras hunc habuisse manus ? 
Is primum uidit sine sensu uiuere amantes 
       et leuibus curis magna perire bona. 
Idem non frustra uentosas addidit alas,                                     
       fecit et humano corde uolare deum, 
scilicet alterna quoniam iactamur in unda, 
       nostraque non ullis permanet aura locis.
Et merito hamatis manus est armata sagittis,
       et pharetra ex umero Cnosia utroque iacet,            
ante ferit quoniam tuti quam cernimus hostem,
       nec quisquam ex illo uulnere sanus abit.
In me tela manent, manet et puerilis imago ; 
       sed certe pennas perdidit ille suas,
euolat heu nostro quoniam de pectore nusquam,                   
       assiduusque meo sanguine bella gerit. 
Quid tibi iucundum est siccis habitare medullis ? 
       Si pudor est, alio traice tela tua ! 
Intactos isto satius temptare ueneno :
       non ego, sed tenuis uapulat umbra mea.                
Quam si perdideris, quis erit qui talia cantet 
       (haec mea Musa leuis gloria magna tua est), 
qui caput et digitos et lumina nigra puellae, 
       et canat ut soleant molliter ire pedes ?

Properce,
Élégies, II, 12
(161 mots)

Corrigé proposé par le jury

Celui, quel qu’il fût, qui peignit l’Amour comme un enfant, ne crois- tu pas que son geste fut admirable ? Il vit d’abord que les amants vivent privés de raison, et que pour de légers soucis, de grands biens périssent. Ce n’est pas non plus sans motif qu’il lui ajouta des ailes gonflées par le vent, et qu’il fit voler un dieu dans le cœur de l’homme : c’est qu’il est bien évident que nous sommes ballottés sur les flots en des directions contraires, et que la brise qui nous pousse ne demeure jamais en place. Et c’est à juste titre que sa main est armée de flèches crochues, et qu’un carquois de Cnossos est suspendu à ses deux épaules : c’est en effet qu’il frappe quand nous nous croyons à l’abri, avant que nous ne discernions l’ennemi, et que personne ne sort indemne de cette blessure. En moi ses traits demeurent, comme demeure son image d’enfant ; mais sans doute a-t-il perdu ses ailes : car – hélas ! – il n’est aucun lieu où il s’envole loin de mon cœur, et il est assidu à mener la guerre dans mon sang. Quel plaisir trouves- tu à habiter un cœur desséché ? Si tu as quelque vergogne, va lancer ailleurs tes traits ! Mieux vaut faire tâter ton venin à ceux que tu n’as pas encore touchés : ce n’est pas moi que tu fustiges, seulement l’ombre ténue qui reste de moi. Si tu causes sa perte, qui y aura-t-il pour continuer à chanter comme je le fais (cette muse légère que je cultive fait ta grande gloire), pour chanter la tête, les doigts et les yeux noirs de ma mie, et la douceur de son pas ?

Session 2014

Version latine

CRIME PASSIONNEL

À Rome, en l’année 58 de notre ère, sous le règne de Néron. Voici le récit que Tacite nous fait de l’affaire Sagitta, qui défraya en son temps la chronique judiciaire

Per idem tempus, Octauius Sagitta, plebei tribunus, Pontiae mulieris nuptae amore uaecors, ingentibus donis adulterium et mox ut omitteret maritum emercatur, suum matrimonium promittens ac nuptias eius pactus. Sed, ubi mulier uacua fuit, nectere moras, aduersam patris uoluntatem causari repertaque spe ditioris coniugis promissa exuere. Octauius contra modo conqueri, modo minitari, famam perditam, pecuniam exhaustam obtestans, denique salutem, quae sola reliqua esset, arbitrio eius permittens. Ac, postquam spernebatur, noctem unam ad solacium poscit, qua delenitus modum in posterum adhiberet. Statuitur nox et Pontia consciae ancillae custodiam cubiculi mandat. Ille uno cum liberto ferrum ueste occultum infert. Tum, ut adsolet in amore et ira, iurgia, preces, exprobratio, satisfactio, et pars tenebrarum libidini seposita. Ea quasi incensus, nihil metuentem ferro transuerberat et accurrentem ancillam uulnere absterret cubiculoque prorumpit. Postera die, manifesta caedes, haud ambiguus percussor : quippe mansitasse una conuincebatur. Sed libertus suum illud facinus profiteri, se patroni iniurias ultum esse ; commoueratque quosdam magnitudine exempli, donec ancilla ex uulnere refecta uerum aperuit. Postulatusque apud consules a patre interfectae, postquam tribunatu abierat (1), sententia patrum et lege de sicariis condemnatur.

Tacite, 
Annales, XIII, 44
(175 mots)

(1) On ne pouvait faire passer un magistrat en jugement qu’à l’expiration de sa charge. 

Corrigé proposé par le jury

À la même époque, le tribun de la plèbe Octavius Sagitta, fou d’amour pour Pontia, une femme mariée, au prix de somptueux présents, la pousse à l’adultère et, bientôt, à quitter son mari, en lui promettant le mariage et après en avoir obtenu son consentement. Mais la femme, dès qu’elle fut libre, d’enchaîner les délais, de prétexter l’opposition de son père, et dans l’espoir recouvré d’un plus riche parti, de se dégager de ses promesses. Octavius, en réponse, tantôt de se lamenter, tantôt de menacer, invoquant son honneur bafoué, sa fortune dilapidée, remettant finalement son salut – le seul bien qui lui restait – entre ses mains. Et, comme on le repoussait, il demande en consolation une nuit, une seule, pour s’apaiser et se réfréner à l’avenir. On décide d’une nuit et Pontia confie à une servante dans le secret la garde de sa chambre. Lui, accompagné d’un seul affranchi, y introduit une arme, dissimulée sous ses vêtements. Alors, comme d’habitude dans l’amour et la colère, s’ensuivirent querelles, prières, récriminations, justifications et l’on réserva à la passion une partie des ténèbres. Comme embrasé par la passion, il transperce de son arme la femme sans méfiance, se débarrasse, en la blessant, de la servante qui accourt et se précipite hors de la chambre. Le lendemain, découverte du meurtre, sans aucun doute possible sur l’identité de l’agresseur : il était de fait prouvé qu’il avait souvent passé du temps en sa compagnie. Mais l’affranchi de déclarer que le crime était son œuvre, qu’il avait vengé les torts faits à son patron, et il en avait déjà bouleversé certains par la grandeur de son exemple, quand la servante, remise de sa blessure, révéla la vérité. Traduit en justice devant les consuls par le père de la victime au sortir du tribunat, il est condamné par un jugement des Pères, en vertu de la loi sur l’assassinat.

Session 2015

Version latine

LA MASCOTTE DU RÉGIMENT

Quelque part en Hispanie, dans les années 80 avant notre ère. Soldat d’exception, organisateur né, le général romain Sertorius était un meneur d’hommes, qu’il n’hésitait pas à manipuler pour parvenir à ses fins. En voici un exemple demeuré célèbre, qui contribua à faire de lui un héros de légende.

Sertorius, uir acer egregiusque dux et utendi regendique exercitus peritus fuit. Is in temporibus difficillimis et mentiebatur ad milites, si mendacium prodesset, et litteras compositas pro ueris legebat et sornnium simulabat et falsas religiones conferebat, si quid istae res eum apud militum animos adiutabant. Illud adeo Sertorii nobile est : cerna alba eximiae pulchritudinis et uiuacissimae celeritatis a Lusitano ei quodam dono data est. Hanc sibi oblatam diuinitus et instinctam Dianae numine conloqui secum monereque et docere quae utilia factu essent persuadere omnibus instituit ac, si quid durius uidebatur quod imperandum militibus foret, a cerna esse monitum praedicabat. Id cum dixerat, uniuersi tamquam si deo libentes parebant. Ea cerna quodam die, cum incursio esset hostium nuntiata, festinatione ac tumultu constemata in fugam se prornpit atque in palude proxima delituit et postea requisita perisse creditast (1). Neque multis diebus post inuentam esse cernam Sertorio nuntiatur. Tum qui (2) nuntiauerat iussit tacere ac ne cui palam diceret interminatus est praecepitque ut eam postera die repente in eum locum in quo ipse cum amicis esset inmitteret. Admissis deinde amicis postridie uisum sibi esse ait in quiete cernam quae perisset ad se reuerti et, ut prius consuerat, quod opus esset facto praedicere ; tum serno quod imperauerat significat, cerna emissa in cubiculum Sertorii intrornpit, clamor factus et orta admiratio est.

Aulu-Gelle, 
Les Nuits attiques, XV, 22
(212 mots)

(1) Creditast = credita est.
(2) Tum qui = tum eum qui.

Corrigé proposé par le jury

Sertorius était un esprit affûté et un chef d’élite, également expert en manipulation et en gestion de l’armée. Ce dernier, dans les moments les plus critiques, mentait à ses troupes, si le mensonge pouvait s’avérer utile, lisait comme authentiques des lettres de son invention, feignait d’avoir eu un rêve prémonitoire et rapportait de fausses croyances, si ces ruses lui donnaient quelque emprise sur le moral des troupes. Voici d’ailleurs un stratagème célèbre de Sertorius : un Lusitanien lui fit don d’une biche blanche d’une rare beauté et d’une exceptionnelle vitesse. Il entreprit de persuader tout le monde que cette biche lui avait été offerte par les dieux et que, sous l’inspiration de la puissance céleste de Diane, elle s’entretenait avec lui, le conseillait et l’instruisait de ce qu’il était utile de faire ; de plus, si un ordre à donner aux troupes paraissait trop dur, il proclamait que cela avait été conseillé par la biche. À peine le disait-il que tous lui obéissaient de bon cœur, comme à un dieu. Un jour qu’on avait annoncé une incursion ennemie, la biche en question, effarouchée par le tumulte et l’effervescence, prit brusquement la fuite et se réfugia dans un marais tout proche ; après l’avoir en vain recherchée, on la crut morte. Or voici que, quelques jours plus tard, on annonce à Sertorius que la biche a été retrouvée. Il ordonna alors à l’homme qui lui avait annoncé la nouvelle de garder le silence, lui interdit formellement d’en parler ouvertement à quiconque et lui donna pour mission de lâcher subitement la bête le lendemain à l’endroit où il se trouverait lui-même en compagnie de ses alliés. Puis, le lendemain, après y avoir fait entrer ses alliés, il déclare avoir vu en songe la biche qui était morte lui revenir et lui dicter, comme elle en avait eu auparavant l’habitude, ce qu’il était besoin de faire ; il fait alors signe à l’esclave d’exécuter l’ordre qu’il lui avait donné : une fois relâchée, la biche bondit dans les quartiers de Sertorius et il s’éleva un grand cri d’émerveillement.

Session 2016

Version latine

AFFRES DE LA JALOUSIE


Hercule revient victorieux auprès de son épouse Déjanire, mais il aurait une nouvelle amante…


Victor ab Oechalia Cenaeo sacra parabat
uota Ioui, cum fama loquax praecessit ad aures,
Deianira, tuas, quae ueris addere falsa
gaudet, et e minimo sua per mendacia crescit,
Amphitryoniaden (1) Ioles ardore teneri.
Credit amans uenerisque nouae perterrita fama
indulsit primo lacrimis flendoque dolorem
diffudit miseranda suum ; mox deinde : « Quid autem
flemus ? » ait « paelex lacrimis laetabitur istis.
Quae quoniam adueniet, properandum aliquidque nouandum est,
dum licet, et nondum thalamos tenet altera nostros.
Conquerar an sileam? Repetam Calydona (2), morerne ?
Excedam tectis an, si nihil amplius, obstem?
Quid si me, Meleagre (3), tuam memor esse sororem
forte paro facinus, quantumque iniuria possit
femineusque dolor, iugulata paelice testor ? »
In cursus animus uarios abit ; omnibus illis
praetulit imbutam Nesseo sanguine uestem
mittere, quae uires defecto reddat amori ;
ignaroque Lichae (4), quid tradat nescia, luctus
ipsa suos tradit blandisque miserrima uerbis
dona det illa uiro mandat ; capit inscius heros
induiturque umeris Lemaeae uirus echidnae (5).
Tura dabat primis et uerba precantia flammis
uinaque marmoreas patera fundebat in aras ;
incaluit uis illa mali resolutaque flammis
Herculeos abiit late dilapsa per artus.

Ovide,
Métamorphoses, IX, v. 136-162
(171 mots)

(1) Amphitryoniaden est un accusatif de forme grecque.
(2) Calydona est également un accusatif de forme grecque.
(3) Méléagre est le frère de Déjanire. Il a tué ses oncles par vengeance.
(4) Lichas est un compagnon d’Hercule.
(5) Hercule a tué le centaure Nessus, qui tentait d’abuser de Déjanire, grâce à des flèches enduites du poison de
l’hydre de Lerne.

Corrigé proposé par le jury

Revenu, vainqueur, d’Œchalie, il préparait les sacrifices promis à Jupiter de Cenaeum lorsque parvint, la première, à tes oreilles, Déjanire, la rumeur bavarde, qui se plaît à ajouter le mensonge à la vérité et qui, d’infime, grandit sous l’effet de ses propres mensonges : le fils d’Amphitryon était sous l’emprise d’une ardente passion envers Iole. Comme elle l’aime, elle le croit et, terrifiée par la rumeur d’une nouvelle passion, elle s’abandonna d’abord à ses larmes et, en pleurant, donna libre cours à son chagrin, la malheureuse ! Peu après : « Pourquoi pleurons-nous ?, dit-elle, ma rivale se réjouira de ces larmes. Or, puisqu’elle va arriver, il faut rapidement trouver une solution, tant que cela est possible et que l’autre n’occupe pas encore notre couche. Faut-il me plaindre ou demeurer silencieuse ? Regagner Calydon ou rester ici ? Quitter mon toit ou, si je ne peux rien de plus, faire front ? Qu’en sera-t-il, Méléagre, si, me souvenant que je suis ta soeur, je prépare un courageux forfait et que je montre tout ce que peut la douleur d’une femme offensée, en égorgeant ma rivale ? » Son esprit s’engage dans des directions diverses ; elle préféra à toutes celles-là envoyer une tunique imprégnée du sang de Nessus pour rendre des forces à un amour affaibli ; et, sans savoir ce qu’elle confie, à Lichas, qui l’ignore aussi, elle confie elle-même ce qui causera son désespoir, et, pour son plus grand malheur, elle le charge, par des paroles caressantes, de donner ce présent à son mari ; le héros le reçoit, inconscient du danger, et, sur ses épaules, revêt le poison de l’hydre de Lerne Aux premières flammes, il présentait de l’encens et des paroles de prières et, à l’aide d’une patère, répandait du vin sur les autels de marbre ; la terrible puissance du mal s’échauffa et, libérée par les flammes, en se dispersant largement, pénétra à travers les membres d’Hercule.

Session 2017

Version latine

Corrigé proposé par le jury

Session 2018

Version latine

Corrigé proposé par le jury

Session 2019

Version latine

Corrigé proposé par le jury

Session 2020

Version latine

Corrigé proposé par le jury

Session 2021

Rapport du jury 2021

Composition française (Littérature française)

« Cette recherche de l’ambiguïté, ces mots suspects qui comportent plusieurs sens, cet émiettement du langage visent à rendre évidente l’incertitude du monde qu’il est impossible d’appréhender dans sa réalité. Êtres, sentiments, langages, tout nous échappe, tout nous trompe, dans un glissement et un chevauchement continus desapparences […] ».

Jean Dufournet, Nouvelles recherches sur Villon, Paris, Honoré Champion, 1980, p. 16.

Vous analyserez et discuterez ces propos : dans quelle mesure éclairent-ils votre lecture des œuvres de François Villon au programme ?

Composition française (Littérature générale et comparée)

« Parlez-moi des formes, j’ai grand besoin d’inquiétude », écrit Paul Éluard dans le poème « Pour se prendre au piège » (Mourir de ne pas mourir [1924], Œuvres complètes, Marcelle Dumas et Lucien Scheler éd., t. I, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1968, p. 139.)

Dans quelle mesure ce propos éclaire-t-il votre lecture des trois œuvres du programme « Formes de l’amour. Sonnets de la modernité » ?

Version latine

TROP DE SPORT TUE LA SANTÉ

Stulta est enim, mi Lucili, et minime conueniens litterato uiro occupatio exercendi lacertos et dilatandi ceruicem ac latera firmandi : cum tibi feliciter sagina cesserit et tori creuerint, nec uires umquam opimi bouis nec pondus aequabis. Adice nunc quod maiore corporis sarcina animus eliditur et minus agilis est. Itaque quantum potes, circumscribe corpus tuum et animo locum laxa. Multa sequuntur incommoda huic deditos curae : primum exercitationes quarum labor spiritum exhaurit et inhabilem intentioni ac studiis acrioribus reddit ; deinde copia ciborum subtilitas impeditur. Accedunt pessimae notae mancipia in magisterium (1) recepta, homines inter oleum et uinum occupati, quibus ad uotum dies actus est, si bene desudauerunt, si, in locum eius quod effluxit, multum potionis altius in ieiunio iturae regesserunt. Bibere et sudare uita cardiaci est. Sunt exercitationes et faciles et breues, quae corpus et sine mora lassent et tempori parcant, cuius praecipua ratio habenda est : cursus et cum aliquo pondere manus motae et saltus uel ille qui corpus in altum leuat, uel ille qui in longum mittit, uel ille – ut ita dicam – Saliaris aut – ut contumeliosius dicam – fullonius (2) : cuiuslibet ex his elige usum rudem, facilem. Quidquid facies, cito redi a corpore ad animum ; illum noctibus ac diebus exerce : labore modico alitur ille. Hanc exercitationem non frigus, non aestus impediet, ne senectus quidem : id bonum cura quod uetustate fit melius.

Sénèque le Jeune,
Lettres à Lucilius, II, 15, 2-5
(216 mots)

(1) Comprendre magisterium au sens de « entraîneur ».
(2) Voir fullonicus.

Corrigé proposé par le jury

Il est déraisonnable, mon cher Lucilius, et très peu convenable, pour un homme cultivé, de passer son temps à faire travailler ses bras, à élargir son cou, à fortifier sa poitrine. Quand tu auras achevé un bel engraissage, quand tes muscles auront pris du volume, jamais tu n’égaleras la puissance ni le poids d’un bœuf bien nourri. Ajoute désormais le fait que le bagage trop imposant d’un corps écrase l’esprit et le rend moins agile. Dans ces conditions, réduis, autant que possible, la part de ton corps, et fais de la place à ton esprit. S’ensuivent de nombreux ennuis pour ceux qui se sont consacrés (ou se consacrent) à cette préoccupation : d’abord, les exercices dont l’effort nous coupe le souffle et nous rend incapables d’une attention et d’études plus poussées ; ensuite, le trop de nourriture entrave la finesse de la pensée. S’ajoutent les esclaves de la pire espèce considérés comme entraîneurs, des hommes partagés entre la burette d’huile et le pot de vin, pour lesquels la journée s’est passée à souhait s’ils ont bien transpiré pour compenser la perte de sueur qui s’est échappée, s’ils ont avalé une grande quantité de liquide qui les imbibera plus intensément, puisqu’ils sont à jeun. Boire et transpirer est le mode de vie du malade de l’estomac (dyspeptique). Il y a des exercices faciles et courts qui, à la fois fatiguent le corps immédiatement et te font gagner du temps, dont il faut tenir le plus grand compte : la course, le mouvement des mains avec quelque poids (le maniement des haltères), le saut en hauteur, le saut en longueur, ou – pour ainsi dire – le pas des Saliens, ou – pour parler plus outrageusement – celui du foulon. Adopte une pratique élémentaire, facile, de n’importe lequel d’entre eux. Quoi que tu fasses, reviens (passe) vite du corps à l’esprit ; exerce-le nuit et jour : un effort modéré l’entretient. Cette pratique, ni le froid, ni le chaud ne la gêneront, ni même la vieillesse : cultive le bien qui devient meilleur avec le temps.

Version grecque

DU COURAGE DES FEMMES

Socrate vient d’assister avec les autres convives d’un banquet au numéro d’une danseuse acrobate.

Καὶ ὁ Σωκράτης εἶπεν· « Ἐν πολλοῖς μέν, ὦ ἄνδρες, καὶ ἄλλοις δῆλον καὶ ἐν οἷς δ’ ἡ παῖς ποιεῖ ὅτι ἡ γυναικεία φύσις οὐδὲν χείρων τῆς τοῦ ἀνδρὸς οὖσα τυγχάνει, ῥώμης δὲ καὶ ἰσχύος δεῖται. Ὥστε εἴ τις ὑμῶν γυναῖκα ἔχει, θαρρῶν διδασκέτω ὅ τι βούλοιτ’ ἂν αὐτῇ ἐπισταμένῃ χρῆσθαι. » Καὶ ὁ Ἀντισθένης, « Πῶς οὖν, ἔφη, ὦ Σώκρατες, οὕτω γιγνώσκων οὐ καὶ σὺ παιδεύεις Ξανθίππην, ἀλλὰ χρῇ γυναικὶ τῶν οὐσῶν, οἶμαι δὲ καὶ τῶν γεγενημένων καὶ τῶν ἐσομένων χαλεπωτάτῃ ; — Ὅτι, ἔφη, ὁρῶ καὶ τοὺς ἱππικοὺς βουλομένους γενέσθαι οὐ τοὺς εὐπειθεστάτους ἀλλὰ τοὺς θυμοειδεῖς ἵππους κτωμένους. Νομίζουσι γάρ, ἂν τοὺς τοιούτους δύνωνται κατέχειν, ῥᾳδίως τοῖς γε ἄλλοις ἵπποις χρήσεσθαι. Κἀγὼ δὴ βουλόμενος ἀνθρώποις χρῆσθαι καὶ ὁμιλεῖν ταύτην κέκτημαι, εὖ εἰδὼς ὅτι εἰ ταύτην ὑποίσω, ῥᾳδίως τοῖς γε ἄλλοις ἅπασιν ἀνθρώποις συνέσομαι. » Καὶ οὗτος μὲν δὴ ὁ λόγος οὐκ ἀπὸ τοῦ σκοποῦ ἔδοξεν εἰρῆσθαι. Μετὰ δὲ τοῦτο κύκλος εἰσηνέχθη περίμεστος ξιφῶν ὀρθῶν. Εἰς οὖν ταῦτα ἡ ὀρχηστρὶς ἐκυβίστα τε καὶ ἐξεκυβίστα ὑπὲρ αὐτῶν. Ὥστε οἱ μὲν θεώμενοι ἐφοβοῦντο μή τι πάθῃ, ἡ δὲ θαρρούντως τε καὶ ἀσφαλῶς ταῦτα διεπράττετο. Καὶ ὁ Σωκράτης καλέσας τὸν Ἀντισθένην εἶπεν· « Οὔτοι τούς γε θεωμένους τάδε ἀντιλέξειν ἔτι οἴομαι, ὡς οὐχὶ καὶ ἡ ἀνδρεία διδακτόν, ὁπότε αὕτη καίπερ γυνὴ οὖσα οὕτω τολμηρῶς εἰς τὰ ξίφη ἵεται. »

Xénophon,
Le Banquet, II, 9-12
(216 mots)

Corrigé proposé par le jury

Socrate dit alors : « Dans de nombreux domaines, messieurs, et en particulier par ce qu’accomplit la jeune fille, il est évident que la nature féminine ne se trouve être en rien inférieure à celle de l’homme, si ce n’est qu’elle manque de force et de vigueur. Par conséquent, si l’un de vous a une femme, qu’il n’hésite pas à lui enseigner ce qu’il voudrait qu’elle sache pour vivre avec lui. » Antisthène dit alors : « Comment se fait-il donc, Socrate, puisque tu es de cet avis, que toi non plus tu ne fasses pas l’éducation de Xanthippe, mais que tu vives avec la plus désagréable des femmes d’aujourd’hui, et même, je pense, des femmes passées et futures ? — C’est que, dit Socrate, je vois que ceux qui veulent devenir d’habiles cavaliers n’acquièrent pas les chevaux les plus dociles, mais les chevaux rétifs. Car ils pensent que s’ils sont capables de maîtriser de telles montures, assurément, ils manieront facilement les autres chevaux. Et moi donc, qui voulais avoir commerce avec les êtres humains et les fréquenter, j’ai épousé cette femme, sachant bien que, si je supportais celle-ci, je vivrais facilement avec tous les autres êtres humains. » Et l’on trouva cette rÈponse bien envoyée. Après cela, on apporta un cercle garni d’épées dressées. La danseuse entrait alors dans ce cercle d’une culbute et d’une culbute en ressortait en franchissant les épées. Les spectateurs craignaient donc qu’il ne lui arrivât quelque malheur tandis qu’elle accomplissait ce tour avec hardiesse et sans se blesser. Alors Socrate interpella Antisthène et lui dit : « Non, en vérité, je ne crois pas que ceux qui voient ce spectacle contesteront encore que le courage est une qualité qui peut être enseignée, quand cette danseuse, bien que femme, s’élance si hardiment au milieu des épées. »