Louisa Siefert, Rayons perdus, Paris, L’Harmattan, « Poésie(s) », avril 2022, 204 p., 18 €. Nouvelle édition réalisée par Adrien Bresson et Jérémie Pinguet. ISBN : 9782140252099. Disponible en version numérique : 13,99 €. ISBN : 9782140252105.

BIBLIOTHÈQUE POÉTIQUE DES FEMMES, 1

Retrouvez ces informations sur le site des éditions L’Harmattan. Vous pouvez également y feuilleter les premières pages de l’ouvrage.

Illustration de couverture :
Joseph Guichard (1806-1880), Louisa Siefert aux Ormes (1869),
huile sur toile (35,5 × 24,6 cm), Musée des Beaux-Arts de Lyon,
photographie d’Alain Basset.

Louisa Siefert (1845-1877) fait partie des grandes poétesses oubliées du XIXe siècle. En 1868 parut son premier recueil de poésie, Rayons perdus. Originalité de la voix féminine, sincérité des sentiments, profondeur de la pensée, clarté et vivacité du style, variété des formes, tout y contribue à l’élan poétique. La lecture et l’écriture apportèrent force et consolation à cette Lyonnaise frappée par la maladie : poète du souvenir, de la « remembrance », elle peint avec talent ses souffrances, ses espoirs, ses amours, ses rêves… Appréciée de Rimbaud et louée par Hugo, Siefert est aussi l’autrice de trois autres recueils de poèmes, de pièces de théâtre, d’un roman et de nombreux articles littéraires. Le présent volume, qui explore une vie et une œuvre tout à fait singulières, est le premier du projet collectif de la « Bibliothèque poétique des femmes », qui a pour but de rendre à nouveau accessibles des recueils de poétesses des siècles passés.

Adrien Bresson, ancien étudiant de l’ENS de Lyon, est agrégé de Lettres classiques. Il a publié des ouvrages pédagogiques pour le latin, tout en menant des travaux de recherche sur l’écriture de soi dans la poésie latine.

Jérémie Pinguet, est normalien et agrégé de Lettres classiques. Spécialiste de littérature néolatine et passionné de poésie, il est à l’origine de la « Bibliothèque poétique des femmes ». Il anime également les sites neoclassica.co et macrin.fr.

Œuvres de Louisa Siefert

Rayons perdus, Paris, Alphonse Lemerre, 1868 ; 2e éd., ibid., 1869, avec une préface de Charles Asselineau. 1re éd. : GallicaGoogle Books 2e éd. : GallicaGoogle BooksWikisource

L’Année républicaine, Paris, Alphonse Lemerre, 1869. GallicaGoogle Books

Les Stoïques, Paris, Alphonse Lemerre, 1870. Google Books

Les Saintes Colères, Paris, Alphonse Lemerre, 1871. GallicaGoogle Books

Comédies romanesques (ThéophileLe Recteur BertholdusLa BagueLe Retour), Paris, Alphonse Lemerre, 1872. Google Books

Méline, Paris, Alphonse Lemerre, 1876. GallicaGoogle Books

Adèle-Adrienne Siefert, née Belz, Souvenirs rassemblés par sa mère. Poésies inédites, Paris, G. Fischbacher, 1881. GallicaGoogle Books

Notice Data BnF

Nous vous recommandons vivement de visiter le site de la Professeuse Adrianna M. Paliyenko, qui enseigne à Colby College. Elle a écrit plusieurs articles sur Siefert et prépare plusieurs livres sur elle :

Redécouvrir Louisa Siefert. Richesse d’une œuvre de femme à l’ère de la modernité, avec Aimée Boutin et Catherine Witt, à paraître chez Honoré Champion.

Passion’s Edge: An Intellectual Biography of Louisa Siefert (1845-1877),
 à paraître à la Penn State University Press.

Les Stoïques, édition bilingue critique avec des traductions de Norman Shapiro, à paraître à la Penn State University Press.

Présentation de la « Bibliothèque poétique des femmes »

En terre de Poésie, les femmes ne sont pas seulement amantes, épouses, mères, filles, sœurs ou Muses : elles se sont également saisies de la plume et s’en sont servies pour se frayer un chemin dans les bruissements du langage. La « Bibliothèque poétique des femmes » a pour ambition de rendre à nouveau accessibles, dans une édition moderne disponible en librairie, des recueils de poétesses appartenant à notre passé littéraire, qui n’attendent que d’être éditées, lues et étudiées pour faire partie de notre présent. Il s’agit avant tout d’offrir au grand public le plaisir de lire ces poétesses, de cheminer à leurs côtés, de (re)découvrir leur contribution à l’histoire littéraire.

Chaque volume se veut une porte d’entrée vers un ailleurs trop longtemps oublié, mis à l’écart, voire déprécié. Les éditions que nous proposons sont réalisées avec tout le soin nécessaire pour faciliter une pleine compréhension des textes : c’est pourquoi une introduction nourrie, biographique et littéraire, un ensemble de notes explicatives et une bibliographie sélective les accompagnent. Nous privilégions délibérément les autrices et les recueils qui n’ont pas encore trouvé leur place dans le paysage éditorial d’aujourd’hui et nous nous intéressons principalement, pour le moment du moins, à des auteures françaises ou francophones des XIXe et XXe siècles.

Nous savons l’intérêt des anthologies et nous les estimons fort : cependant, nous souhaitons résolument proposer aux lectrices et lecteurs des recueils complets. On ne peut en effet apprécier à sa juste valeur le travail de ces femmes de lettres qu’en les lisant au sein d’un espace à elles, ordonné et réfléchi, et en ne se contentant pas de morceaux choisis, aussi charmants soient-ils.

Force est de constater que la poésie se vend peu. Tant mieux : c’est qu’elle n’a pas de prix ! Être femme et poète, c’est donc un double fardeau mais aussi une double chance : c’est être doublement mise au ban mais faire entendre une parole doublement essentielle. Quelques noms ont réussi à obtenir une place au sein du panthéon poétique : Marie de France, Christine de Pizan, Marguerite de Navarre, Louise Labé, Marceline Desbordes-Valmore, Anna de Noailles, Renée Vivien, Cécile Sauvage, Andrée Chedid… Mais ce ne sont là que les arbres, certes ô combien magnifiques, qui cachent de vastes forêts. En vérité, il ne faut pas chercher bien loin pour trouver des poétesses par dizaines et pour mettre au jour un supposé désert finalement bien peuplé, des trobairitz médiévales aux poétesses contemporaines, de la France au Québec, en passant par tous les pays de l’Afrique francophone, par la Belgique, les Caraïbes, le Luxembourg… Sans oublier toutes les autres langues, tous les autres horizons !

La poésie, fille de la mémoire, vit d’être imprimée, lue, formulée comme un enchantement enchanteur. Car poétesse rime avec richesse, liesse ou tristesse, promesse et prouesse, avec ivresse, avec jeunesse, avec tendresse, avec hardiesse… Il est donc vital d’écrire noir sur blanc les noms des poétesses, de les répéter ad libitum, tel un mantra, et, surtout, de faire vivre leurs œuvres et de connaître leurs vies singulières.

La poésie de ces éminentes poètes est une poésie hautement chamarrée, mouvante, vivante, vibrante. Or face aux écrits des « femmes poètes », il est tout aussi essentiel d’affirmer leur appartenance à l’universel de la République des Lettres que de s’intéresser à la spécificité des écrivaines. Les beaux vers n’ont assurément ni sexe ni genre, mais leur origine importe toutefois. Étudier ces artistes, c’est donc aussi poser une question fondamentale, celle d’une écriture féminine. Qu’est-ce qu’écrire lorsqu’on est une femme ? Et qu’est-ce qu’être une femme qui écrit ?

Notre projet est une étincelle dans laquelle nous mettons toutes nos espérances. Nous souhaitons qu’il amène d’autres personnes à partager notre amour de l’azur poétique et à prolonger la grande quête de sens de ces femmes qui riment, écrivent, pensent, ressentent, animent et inspirent. Faisons de la place à ces femmes libres, engagées, amoureuses, blessées, insolentes, talentueuses, combattives, uniques, puissantes, imaginatives, à ces mères de famille, à ces lesbiennes, à ces amantes, à ces penseuses, à ces rêveuses, à ces créatrices ! Bref, illustrons-les, défendons-les et explorons leurs univers poétiques !

Avec Louisa Siefert débute un grand voyage poétique : ce volume est en effet le premier de ce que nous espérons être une longue série. Plusieurs autres rééditions de recueils, parmi la multitude qui s’offre à nous, sont déjà en cours de préparation : Nouvelles poésies (1861) de Malvina Blanchecotte (1830-1897) ; Les Appels (1906) de Claudine Funck-Brentano (1863-1922) ; et Pour Axel de Missie (1923) de Marie Nizet (1859-1922). Puissent maintes autres les rejoindre sur les étagères de notre Bibliothèque !
 

Éléonore Rambaud, Anne Tannhof,
Adrien Bresson, Raphaël Lucchini et Jérémie Pinguet
janvier 2022